Chaque année musicale dessine sa propre cartographie. Des sommets attendus, des routes balisées, et puis des sentiers de traverse où l’on aime à se perdre. 2025 n’a pas dérogé à la règle : elle a offert des retours scrutés à la loupe, des confirmations éclatantes, mais aussi des disques surgis sans prévenir, capables de bouleverser nos certitudes et de réorienter nos écoutes. Entre valeurs sûres et révélations, ce top 50 raconte autant l’époque que nos manières de l’habiter. Ce qui frappe aussi, cette année encore, c’est à quel point les grands disques savent se donner à voir avant même de se faire entendre.
Une bonne pochette n’est jamais un simple écrin : elle prolonge l’intention, elle annonce la couleur, elle installe un climat. Qu’il s’agisse du vertige sombre et frontal de Blindness de The Murder Capital, de l’abstraction menaçante de Private Music de Deftones, de la beauté crépusculaire de Jessica93 ou de la clarté presque spirituelle de Forever Is A Feeling de Lucy Dacus, les images racontent déjà une histoire. Elles fixent une émotion, un trouble, une promesse, et souvent, elles ne mentent pas.
Ce classement navigue ainsi en permanence entre disques (déjà) phares et surprises du plus bel effet. Des albums attendus depuis des années croisent des premiers coups d’éclat, des groupes déjà installés dialoguent avec des projets encore hardis mais brûlants. Du chaos contrôlé de Turnstile à l’élégance douloureuse de Garbage, de la fureur politique de Massa Nera à la grâce suspendue de BRUIT ≤, c’est tout un spectre d’émotions, de colères et de lumières qui se déploie. Ce top 50 n’est pas une hiérarchie figée, encore moins un verdict définitif.
C’est une photographie sensible de l’année, prise sur le vif, avec ses élans, ses obsessions et ses dissonances. Une manière de dire que le rock — sous toutes ses formes, de l’indie le plus intime au metal le plus écrasant — continue de muter, de surprendre, et surtout de nous plaire, sans se lasser.
50 — Black Country, New Road – Forever Howlong

Forever Howlong sonne comme l’album d’un groupe qui s’amuse. Il aura fallu mourir pour renaître, se relever, se révéler au monde autrement, sous un jour nouveau, féminin. Sous un ciel plus doux, plus lumineux et plus clément. Une métamorphose rare et profondément touchante.
Top Tracks : Besties, Happy Birthday, Nancy Tries To Takes The Night
49 — Novelists – Coda

Avec l’arrivée de Camille Contreras au chant, Novelists renaît de ses cendres et frappe fort avec Coda, un album intense et varié qui traverse rage, mélancolie et virtuosité technique. Chaque morceau brille par l’alchimie du groupe et l’album oscille entre morceaux dansants Coda, passages plus calmes Sleepless Nights et surprises audacieuses comme Maledicion de la Bruja, avec phrasé rappé et espagnol. L’auto-production renforce cette authenticité, donnant un son précis mais organique. Coda s’impose comme une pépite metal française à découvrir : riche, technique et toujours captivante, à écouter du début à la fin.
Top Tracks : All For Nothing, Coda, Sleepless Nights
48 — Pinkshift – Earthkeeper

Avec Earthkeeper, Pinkshift transforme le chaos générationnel en un cri musical viscéral. Le trio du Maryland y mêle riffs massifs, breakdowns hardcore et moments plus aériens, entre rage et mélancolie, pour livrer un disque brut et lumineux à la fois. Ashrita, Paul et Myron donnent corps à l’anxiété, à la colère et à l’espoir de leur génération, prouvant que le punk peut grandir sans renier ses racines.
Top Tracks : Love It Here, Evil Eye, Anita Ride
47 — They Are Gutting A Body Of Water – Lotto

LOTTO fait entrer They Are Gutting a Body of Water dans une nouvelle lumière. En moins de trente minutes, TAGABOW mêle grunge, shoegaze et expérimentations lo-fi avec une délicatesse chaotique. Des riffs abrasifs, des voix fragiles rappelant Cobain, des couches sonores complexes qui s’entrechoquent et s’élèvent. C’est étrange, lumineux, imparfait et profondément humain. Un album qui respire la nostalgie des 90’s tout en affirmant une audace contemporaine. Brûlant, vulnérable, irrésistible
Top Tracks : Trainers, Slow Crostic, Violence iii
46 — Viagra Boys – Viagr Aboys

Viagra Boys restent irrévérencieux, absurdes et étonnamment vulnérables sur Viagr Aboys. Entre riffs massifs, rythmes disco-punk et touches électroniques, le quintet suédois déploie un chaos joyeux où l’humour le dispute à la mélancolie. Un album qui secoue, fait rire et attrape par surprise l’oreille et le cœur.
Top Tracks : Man Made Of Meat, Uno II, Dirty Boyz
45 — Royel Otis – Hickey

Royel Otis confirme tout le bien qu’on pensait d’eux. Hickey capte la lumière australienne : guitares flottantes, synthés subtils et voix voilée, chaque morceau va droit au cœur. Des titres comme « Car » ou « Good Times » saisissent l’ivresse et l’incertitude de la jeunesse avec une évidence solaire. Simple, lumineux, sincère : un duo qui trouve son univers et y reste fidèle.
Top Tracks : Car, I Hate This Tune, Say Something
44 — Sword II – Electric Hour

Sorti d’Atlanta, Sword II est un trio à découvrir d’urgence. Avec Electric Hour, ils livrent un rock alternatif à la fois lumineux et mélodique où chaque morceau révèle un univers inattendu, entre guitares passées de main en main et harmonies délicates, où l’intimité prime sur la virtuosité. Mari González touche avec sa voix aérienne, Certain Zuko séduit par son ténor fragile, et Travis Arnold ajoute une tension dramatique subtile. Les échanges entre eux sur Gun You Hold ou les textes forts de Sentry et Even If It’s Just a Dream offrent une écoute captivante, comme une exploration d’un territoire sonore secret.
Top Tracks : Disconection, Gun You Hold, Violence Of The Star
43 — downy – Untitled

downy signe l’un des disques les plus hors-catégorie de 2025 : un labyrinthe sonore où post-rock, noise, dissonances et textures électroniques se télescopent sans jamais chercher le confort. C’est un album volontairement instable, mouvant, qui refuse choisit d’aller vers l’étranger, la tension, sans se refuser à la beauté immédiate. Un objet sonore rare, radical, qui se mérite et qui hante longtemps après la dernière note.
Top Tracks : 日蝕 [Eclipse], foundyou, spectrum
42 — Model/Actriz – Pirouette

Model Actriz revient cette année avec Pirouette, et c’est un peu comme tomber dans une ruelle sombre où quelque chose vous observe sans jamais se montrer complètement. Ici, la nervosité est vraie, le danger palpable, les riffs sont des morsures et chaque note semble chercher à vous arracher un frisson. La musique est brute, métallique, presque violente, mais sous cette peau d’acier, il y a des mélodies qui vous collent à la peau, des éclats de désir et des instants de tension qui vous prennent aux tripes. Model Actriz transforme l’inquiétude en beauté, et la noirceur en poésie. On est à la fois fascinés et mal à l’aise, happés par cette énergie qui oscille entre chaos et contrôle.
Top Tracks : Cinderella, Verspers, Acid Rain
41 — Silly Goose – Keys To The City

Dans un contexte où beaucoup de groupes cherchent à ressusciter le nu-metal ou le rap-rock en mode revival, Silly Goose ne se contente pas de copier : ils y injectent leur personnalité, un humour assumé et un goût pour le chaos, tout en maîtrisant parfaitement leur énergie. Keys To The City est un OVNI capable de réveiller les fans du Rap Core des années 2000 tout en séduisant ceux qui aiment les productions modernes.
Top tracks : The Great Dino Escape, Split, Keys To The City
40 — Honningbarna – Soft Spot

Avec Soft Spot, Honningbarna confirme son talent pour balancer un punk/hardcore noisy, furieux et viscéral, sans jamais perdre son identité. Les guitares acérées, la batterie martelante et les voix rugueuses en norvégien donnent à l’album une urgence permanente, mais le groupe sait aussi ménager des respirations ou des instants mélodiques qui rendent le chaos encore plus addictif. Impossible d’écouter Soft Spot sans se faire secouer de bout en bout : un disque brut, intelligent et qui a la fièvre dans le sang.
Top Tracks : Schäfer, Amor Fati, MP5
39 — Soul Blind – Red Sky Mourning

Soul Blind continue de creuser cette veine entre alt-metal 90’s et grunge poisseux, avec une aisance presque déconcertante. Alors oui, l’ombre d’Alice in Chains plane ici, mais au lieu de singer, le groupe ravive un langage que plus personne n’ose vraiment parler. Les riffs lourds comme peut l’être l’asphalte mouillé. L’album slalome entre des relents shoegaze métalliques et des passages plus vaporeux hérités de la vague Deftones et trace son propre relief sans jamais se perdre dans les références. Et dans une année déjà dense en alt-metal, Soul Blind s’impose comme l’un des rares à réussir ce mélange sans chichis, avec une sincérité brute qui fait mouche.
Top Tracks : Dyno, Billy, Closer To You
38 — Cigarettes For Breakfast – Slow Motion

Dans la masse d’albums shoegaze qui sortent chaque mois — un milieu ultra saturé où trop de groupes débarquent avec les mêmes voix noyées et les mêmes nappes interchangeables — Cigarettes for Breakfast fait partie des rares à vraiment s’imposer. Sur Slow Motion, les riffs sortent nettement du lot et ont tous ce petit quelque chose qui accroche immédiatement l’oreille. La basse-batterie, elle, avance comme un battement obstiné, presque hypnotique, qui donne à tout le disque un caractère obsédant. Matt Whiteford signe un album intime, cohérent et profondément sincère, qui redonne de la substance, de la surprise et du relief à un genre saturé. L’un des projets shoegaze les plus vibrants et authentiques de 2025.
Top tracks : Solitaire, Glue, Mesmerised
37 — Suede – Antidepressants

Suede ne revisitent pas leurs vieux démons, ils les réinventent — plus sombres, plus aiguisés, plus urgents. Ce dixième album balance des guitares angulaires, une ambiance post-punk tendue, et des textes qui parlent de paranoïa, d’angoisse et de névrose moderne. C’est un disque qui ne se drape pas dans la nostalgie : il assume ses cicatrices, son malaise, son désir de connexion dans un monde déconnecté — et le fait avec une classe crue, presque douloureuse. Antidepressants prouve que Suede ne vieillit pas car Suede mûri — capable encore de frapper fort, de déranger, de résonner.
Top Tracks : Disintegrate, Dancing With The Europeans, Life Is Endless, Life Is A Moment
36 — Pogo Car Crash Control – Negative Skills

Pogo Car Crash Control continue de prouver qu’on peut grandir sans jamais s’assagir. Enregistré à New York avec Jon Markson, Negative Skills pousse leur chaos contrôlé à un niveau supérieur : un mélange brut de rage, de fun et de vulnérabilité, où le français et l’anglais se répondent sans jamais perdre l’identité du groupe.C’est abrasif, inventif, débordant d’idées, et porté par un duo vocal plus solide que jamais. Un album qui confirme leur singularité et leur place dans le rock français d’aujourd’hui : sans calcul, sans compromission, juste leurs tripes — et une énergie qui ne faiblit jamais.
Top Tracks : You Came To Me, Comme Toi, Cerveau Mort
35 — Rise Of The Northstar – Chapter 04

Avec Chapter 04, Rise of the Northstar revient en mode uppercut total : un mélange frontal de metal, hardcore et rap qui groove autant qu’il fracasse. Le groupe pousse encore plus loin son univers furyo/manga, sans jamais perdre ce sens du riff massif et du mosh-part qui fait décoller les salles.
Top Tracks : Back To Basics, Neo Paris, A.I.R. Max
34 — Twenty One Pilots – Breach

Breach boucle dix ans de labyrinthe mental chez Twenty One Pilots. L’album commence sous cloche, puis s’ouvre comme une brèche : textures électroniques, ballades suspendues, synthés diaphanes. Chaque morceau libère la tension accumulée, jusqu’à « Intentions », moment de pure lumière où Tyler et Josh semblent enfin respirer, laissant derrière eux Dema et ses fantômes. Un disque qui vient clore un chapitre, qui élève et qui apaise, à la fois aboutissement et renaissance.
Top Tracks : One Way, Tally, Intentions
33 — Massa Nera – The Emptiness of All Things

Massa Nera signe avec The Emptiness of All Things un disque qui transforme le chaos contemporain en un screamo mutant, fiévreux, traversé de folk spectral et de violence lucide. C’est un album qui ne cherche pas l’immédiat, mais qui nous ronge peu à peu, révélant une profondeur émotionnelle et politique rare. Une œuvre brûlante, abrasive et nécessaire.
Top tracks : The Best Is Over, Lavender, The Emptiness Of All Things
32 — La Dispute – No One Was Driving The Car

Avec No One Was Driving The Car, La Dispute signe l’un de ses disques les plus ambitieux — un album-concept où la ville de Grand Rapids devient un personnage à part entière, hantée par la foi, la nature et la mort. Jordan Dreyer n’a jamais sonné aussi habité : sa voix passe de murmures tremblés à des cris qui fissurent tout, comme si chaque phrase menaçait d’imploser. Le groupe tisse autour de lui un véritable thriller psychologique, mêlant entretiens, sermons et chaos instrumental qui recrée un monde entier. On en ressort secoué, tremblant, presque témoin d’une vie qui n’est pas la nôtre mais qui nous arrache quand même quelque chose.
Top Tracks : Environmental Catastrophe Film, Steve, Man With Hands And Ankles Bound
31 — Kingfishr – Halcyon

Kingfishr prouve qu’on peut mêler folk irlandais et énergie indie sans tomber dans le cliché : Halcyon respire la sincérité, l’âme du vert émeraude, et des mélodies qui te collent au cœur. Addictif, chaleureux, conscient de ses racines, Halcyon convoque le meilleur de la tradition celte et de la country alternative, pour un voyage à la fois intime et vibrant.
Top Tracks : I Cried I Wept, Killeagh, Shot In The Dark
30 — BRUIT ≤ – The Age of Ephemerality

BRUIT ≤ continue d’élargir son territoire avec The Age of Ephemerality, un disque instrumental d’une intensité rare. Ici, le groupe toulousain sculpte un post-rock profondément organique, traversé d d’oscillations électroniques et d’élans quasi liturgiques. Chaque morceau avance comme une marée lente, où la beauté et la menace se superposent sans jamais s’annuler. On y entend l’ombre de notre époque — ses emballements, ses dérives technologiques, ses illusions de progrès. BRUIT ≤ signe un album à la fois politique et sensoriel, qui nous remet face à nous-mêmes sans un mot, mais avec une puissance bouleversante.
Top Tracks : Data, The Intoxication Of Power, Ephemeral
29 — Thornhill – Bodies

Thornhill signe avec Bodies un disque hybride qui pioche partout : riffs djent massifs, nappes shoegaze brumeuses, pulsations indus et éclats nu metal qui se répondent sans jamais vraiment choisir un camp. Cette boulimie d’esthétiques peut dérouter, mais elle donne aussi à l’album une énergie immédiate, presque physique, qui emporte tout sur son passage. Un disque-frontière, instable mais irrésistible, qui montre un groupe en pleine mutation.
Top Tracks : Silver Swarm, Nerv, Obsession
28 — Basic Partner – New Decade

Basic Partner impose un style qui ne demande pas la permission : subtil, habité, jamais frontal pour rien. Le quatuor nantais joue de contrastes, entre guitares électriques acérées, passages psychés et atmosphères aériennes, pour raconter la fatigue du monde moderne, la charge mentale et les absurdités de notre époque. Chaque morceau de ce premier albums très réussi oscille entre mélancolie diffuse et déflagration maîtrisée, toujours avec une sincérité et une cohérence rare. Basic Partner est déjà solidement installé dans notre radar, et leur récent single Fadeless confirme que le groupe mérite toute notre attention.
Top Tracks : New Decade, Them, Wasting Time
27 — King Yosef – Spire Of Fear

Spire Of Fear consume tout sur son passage. King Yosef transforme chaque hurlement, chaque nappe noise et industrielle en brasier sensoriel : douleur et musique fusionnent, brûlant le cerveau et l’âme. Entre fulgurances hardcore et parenthèses presque aériennes, l’album plonge l’auditeur dans un vertige où la lucidité se dissout, laissant flotter l’émerveillement au cœur de l’incendie.
Top Tracks : Molting Fear, Lichen, Walter
26 — Geese – Getting Killed

Avec Getting Killed, Geese prouve qu’ils n’ont pas fini de secouer la poussière : l’album est un carnage psych-rock / post-punk joliment cru et imprévisible. Entre guitares tranchantes, rythmiques nerveuses et un chant enragé, chaque morceau sonne comme un uppercut sourd — pas d’effets faciles, juste l’énergie vive d’un groupe qui se fout bien des conventions. Un disque qui mélange urgence, étrangeté et mélodies tordues, parfait pour qui aime l’indé brut, sale, sans filtre.
Top Tracks : Cobra, Au Pays Du Cocaine, Long Island Here I Come
25 — Bar Italia – Some Like It Hot

Avec Some Like It Hot, Bar Italia passe un cap. Fini l’ombre lo-fi et le mystère feutré, ils entrent dans la lumière avec des morceaux calibrés pour le rock, les stades et les nuits sans fin. Les riffs claquent, les voix se croisent, les refrains entrent direct dans l’oreille, et le trio garde cette tension noire qui le rend unique. C’est un album qui mixe pop-rock, nervosité post-punk et instants atmosphériques, magique comme un film en technicolor. Bar Italia semble prêt à tout : charme, danger, mélange des genres.
Top Tracks : Fundraiser, Marble Arch, rooster
24 — Lucie Sue – Battlestation

Battlestation explose et ensorcelle. Lucie Sue y déploie une rage tendre et décomplexée, entre riffs qui frappent et instants suspendus de délicatesse. Chaque morceau respire sa sincérité : drôle, audacieuse, touchante, elle transforme ses blessures en hymnes et ses galères en éclats de vie. Un album qui te prend par la main, te secoue, et te laisse à la fois ému et électrisé.
Top Tracks : Hush, The Famous Last Word, Reckless
23 — Lucy Dacus – Forever Is A Feeling

Forever Is A Feeling enveloppe et élève. Lucy Dacus y déploie une lumière fragile et intime, où douceur et tragique coexistent, chaque note flottant dans un espace suspendu. Entre confidences aériennes et guitares qui éveillent, l’album capte la vulnérabilité humaine avec une clarté rare : une expérience sonore qui touche et ne lâche plus, une respiration pleine de chaleur et d’absolu.
Top Tracks : Ankles, Big Deal, Talk
22 — Wet Leg – Moisturizer

Avec Moisturizer, Wet Leg confirme son flair pour le rock indé à la fois mordant et irrésistiblement drôle. Des riffs acérés, des beats qui frappent, et des refrains imparables se mêlent à des moments plus vulnérables et étranges, donnant au disque une profondeur inattendue. Jubilatoire, déjanté et fiévreux, l’album capture l’énergie live du groupe tout en la transformant en chansons solides.
Top Tracks: CPR, Liquidize, Catch These Fists
21 — Militarie Gun – God Owes Me Money

God Owes Me Money n’est pas un disque poli, c’est une plongée dans le chaos d’Ian Shelton : addiction, dépression, excès. Militarie Gun devient, sous nos yeux qui n’ont plus assez de larmes, une confession brutale et intime, chaque riff frappant comme un écho de vulnérabilité. Les mélodies pop-punk cachent à peine la fragilité, les textes frappent là où ça fait mal, entre désespoir et rares éclats de lumière.Un album qui brûle et qui marque, qui tire l’auditeur au bord du gouffre, le laissant, tel un rescapé d’un naufrage, reprendre son souffle au cœur de la tempête.
Top Tracks : Fill Me With Paint, Throw Me Away, Thought You Were Waving
20 — Mirador – Mirador

Mirador est né dans l’entre-deux : celui des tournées, des silences et des envies de brûler autrement. Mené par Jake Kiszka et Chris Turpin, le projet livre un premier album brut et organique, enregistré live, où blues ancestral, folk mystique et rock incandescent se confondent. Un disque habité, exigeant, qui ne s’écoute pas distraitement mais s’impose comme une traversée.
Top Tracks : Feels Like Gold, Raider, Must I Go Bound
19 — Lola Young – I’m Only Fking Myself**

À 24 ans, Lola Young frappe encore plus fort avec I’m Only F**king Myself, un troisième album brut et désarmant où chaque morceau est un uppercut émotionnel. Cru, introspectif, provocant, ce disque navigue entre colère, groove et vulnérabilité, et nous embarque dans un tourbillon intense et sincère. Lola Young confirme qu’elle est déjà une artiste majeure, capable de secouer et d’émouvoir comme peu savent le faire.
Top Tracks : Spiders, Post Sex Clarity, One Thing
18 — Mammoth – The End

Avec The End, Wolfgang Van Halen confirme que Mammoth est bien plus qu’un héritage : un projet solo maîtrisé de bout en bout, taillé pour le panache et l’adrénaline. Entre rock alternatif, élans 90s et refrains fédérateurs, l’album aligne les titres énergiques et charismatiques, faits pour faire hocher la tête et lever le poing. Un disque plus grand que nature, généreux et direct, qui rappelle que le rock peut encore être fun, intense et viscéralement vivant.
Top Tracks : The End, The Spell, All In Good Time
17 — Squid – Cowards

Squid donne l’impression de réinventer son propre langage sous nos yeux. On retrouve leur chaos organisé, mais teinté d’une vulnérabilité nouvelle. Il y a des moments où tout semble s’effondrer, d’autres où une clarté totale surgit — et c’est précisément à cet endroit que l’album nous saisit. Squid signe ici son disque le plus humain, celui où leur agitation devient une forme de vérité.
Top Tracks : Crispy Skin, Building 650
16 — Sam Fender – People Watching

Un troisième album pleinement accompli, ancré dans le réel, mais ouvert vers d’autres horizons, preuve éclatante qu’il est devenu bien plus qu’un espoir du rock britannique : un narrateur majeur de son époque. People Watching est un disque qui le voit grandir sans rien renier de ce qui fait sa force : une lucidité sociale implacable et une tendresse rugueuse pour les siens. Il fait foi d’un songwriting patiemment affiné où chaque mélodie semble chercher la vérité plutôt que le tube. L’ombre de Springsteen plane encore parfois, mais Fender paraît s’en détacher avec élégance, trouvant une voix plus resserrée, plus intime.
Top Tracks : People Watching, Chin Up, Remember My Name
15 — Deafheaven – Lonely People With Power

Avec Lonely People With Power, Deafheaven signe un sommet de leur discographie, mêlant puissance black-metal et sophistication post-rock. L’album explore le pouvoir, la culpabilité et la masculinité avec une intensité rare, tout en offrant un son affûté et captivant. Deafheaven parvient à combiner brutalité et émotion, créant un album dense mais accessible, à découvrir absolument pour tout amateur de blackgaze ou de métal intense et réfléchi.
Top Tracks : Doberman, Heathen, Winona
14 — Wednesday – Bleeds

Bleeds confirme Wednesday comme l’un des groupes les plus sincères et audacieux de l’indie rock actuel : leur « country-gaze » mêle grunge râpeux, bruit noisy et mélodies sudistes avec une justesse troublante. Karly Hartzman balance des récits crus — chagrin, violence, souvenirs du Sud profond — avec une voix à la fois fragile et tranchante, sur des guitares qui cognent, des pedal steel qui gémissent, et une ambiance à la fois sale, poétique, obsédante. Un disque “à vif”, qui ne prend pas les chemins faciles, mais fouille l’âme, secoue les certitudes et reste en tête longtemps après la dernière note.
Top Tracks : Townies, Elderberry Wine, Bitter Everyday
13 — Miles Kane – Sunlight In The Shadows

Miles Kane revient avec Sunlight In The Shadows, un album lumineux qui confirme son statut de dandy du rock britannique. Ça respire l’analogique et l’énergie brute, entre riffs vintage et mélodies soignées, chaque morceau révèle une facette de Kane : du rock garage nerveux de Without You, aux ambiances cinématographiques de Love Is Cruel, en passant par les grooves théâtraux de Sing A Song To Love. On y sent un équilibre parfait entre instinct brut et élégance sonore, idéal pour ceux qui aiment découvrir un rock moderne profondément attaché à ses racines. Un disque qui groove, charme et surprend, parfait pour explorer l’univers d’un musicien qui sait réinventer le passé à sa manière.
Top Tracks : SIng A Song To Love, Without You, Love Is Cruel
12 — Wolf Alice – The Clearing

Avec The Clearing, Wolf Alice montre qu’ils ne sont pas là pour ressasser leurs gloires passées, mais pour écrire un nouveau chapitre — plus mûr, plus large, et toujours habité. Les guitares s’effacent parfois, laissant la voix d’Ellie Rowsell éclore, fragile et puissante à la fois, pour porter un subtil mélange d’émotion brute et d’ambition pop/rock. L’album respire l’ouverture : 70’s, rock atmosphérique, chanson intimiste — mais sans renier l’âme indie du groupe. Un disque de transition, de confiance retrouvée, et d’avenir bien tracé.
Top Tracks : Two Girls, Leaning Against The Wall, The Sofa
11 — Bleed – Bleed

Bleed fait partie de ces groupes qui excellent dans ce qu’on pourrait appeler le Deftones-core : un croisement fulgurant entre riffs nu-metal et esthétiques shoegaze 90’s baignées de lumière sale. C’est un mélange mille fois tenté, souvent épuisé, mais quand c’est bien fait — comme ici — ça devient irrésistible. Leur premier EP, Somebody’s Closer, portait déjà l’ombre de My Bloody Valentine, avec ce petit supplément de riffage façon Around the Fur.
Mais ce premier album va beaucoup plus loin : c’est nettement plus nu-metal, avec des clins d’œil assumés à Linkin Park et même quelques scratches qui rappellent l’âge d’or du genre. On songe même parfois à Staind, quand les guitares se font plus larges et que la mélancolie déborde sous les couches de saturation. Un album dense, fiévreux, parfaitement incarné : un vrai Coup de Cœur Rock Sound.
Top Tracks : Climbing Down, Through The Cylinder
10 — Biffy Clyro – Futique

Avec Futique, Biffy Clyro prouve qu’ils sont capables de mêler puissance rock, mélodie et émotion avec une maturité rare après vingt ans de carrière. L’album balance riffs massifs, rythmiques explosives et balades plus intimes — un mélange entre nostalgie, colère et renaissance. Futique sonne comme le retour d’un groupe à la fois sûr de lui et vulnérable, prêt à revisiter son passé tout en regardant vers l’avenir.
Top Tracks : Hunting Season, True Believer, Two People In Love
9 — Karaba FC – SYNBIONTS

Karaba FC livre avec SYMBIONTS un premier album fulgurant où éclats post-hardcore, mélodies indie rock et sursauts emo s’entrelacent comme des organismes qui ne survivent qu’ensemble.. Le groupe change d’humeur avec la précision d’un symbiote qui adapte sa forme : cavalcades nerveuses, breaks éthérés, guitares tantôt incisives, tantôt consolatrices. Un premier LP puissant et sensible, qui affirme un groupe déjà capable de faire circuler la même vie dans toutes ses courants intérieurs.
Top Tracks : Trails, Life, Tides
8 — LANDMVRKS – The Darkest Place I’ve Ever Been

The Darkest Place I’ve Ever Been plonge Landmvrks dans les abysses du metalcore avec une intensité rare. Entre mélancolie pesante, rage brute et éclairs de lumière salvatrice, les Marseillais transcendent la souffrance et la solitude, mêlant growls, screams et voix claires avec un sens du relief renforcé par l’expérience de Florent Salfati en rap. Des morceaux comme A Line in the Dust ou The Great Unknown apportent des ouvertures lumineuses, tandis que l’artwork de Guy Mishima illustre parfaitement ce voyage intérieur : chaos, tempête et fragilité. Sincère, viscéral et maîtrisé, cet album confirme Landmvrks comme une référence incontournable du metalcore français et mondial.
Top Tracks : A Line In The Dust, Creature, The Great Unknown
7 — Deportivo – Reptile

Douze ans de silence, et pourtant Reptile sonne comme si Deportivo n’était jamais parti. Pas un retour nostalgique : une véritable résurrection. Le groupe revient plus affûté, plus rageur, presque rajeuni, comme si la hibernation avait concentré leur énergie au lieu de l’éteindre. On retrouve cette poésie en clair-obscur, ce mélange de vacarme et de tendresse qui n’appartient qu’à eux, cette façon de réveiller des colères enfouies tout en nous prenant par l’épaule. Reptile n’est pas seulement un comeback : c’est peut-être leur disque le plus sincère, le plus fidèle à ce qu’ils sont, celui où leur langue — directe, vibrante — retrouve toute sa force. Un retour triomphant, qui fait battre le cœur un peu plus fort.
Top Tracks : (L’)Ego, Perdu, J’aurais Dû T’en Parler
6 — Hayley Williams – Ego Death At A Bachelorette Party

Hayley Williams frappe encore plus fort en 2025 : son nouvel album s’impose déjà comme un succès fulgurant, captivant critiques et fans dès les premières notes. Ego Death At a Bachelorette Party est sans doute son meilleur album solo à ce jour, et peut-être même l’un de ses travaux les plus impressionnants si on pense à Paramore. Le titre annonce la couleur, Williams est confiante et complètement libre, offrant des morceaux qui n’ont rien à envier aux sommets de Riot! ou After Laughter. Cet album confirme qu’elle n’est pas seulement la voix de Paramore, mais une artiste solo capable de se réinventer avec force, panache et sincérité.
Top Tracks : Parachute, Hard, True Believer
5 — Turnstile – Never Enough

Quatre ans après Glow On, Turnstile aurait pu capitaliser sur son statut de groupe le plus cool du hardcore. À la place, ils cassent le moule avec Never Enough, un album qui préfère la profondeur au clinquant, la tension au déluge. On y avance comme en apnée : moins de violence frontale, plus de lumière filtrée, de textures inattendues, d’élans presque spirituels.
Top Tracks : Never Enough, Sunshower, Look Out For Me
4 — Garbage – Let All That We Imagine Be The Light

Garbage prouve avec Let All That We Imagine Be The Light qu’ils n’ont rien perdu de leur aura. Shirley Manson et sa bande transforment la rage en lumière, mêlant guitares anguleuses, synthés brumeux et textes à fleur de peau. Chaque chanson explore douleur, résilience et tendresse avec une élégance rare, oscillant entre urgence et méditation. Un album lumineux et intense, qui confirme Garbage comme un des groupes les plus essentiels du rock made in USA.
Top Tracks : Hold, Sysyphus, R U Happy Now
3 — Jessica93 – 666 Tours de Périph’

Huit ans après son précédent album, Jessica93 revient avec 666 Tours de Périph’, un disque comme une virée nocturne sous la pluie, obstinée et hypnotique. Chaque riff, chaque boucle, chaque mesure fait tourner le moteur de l’album comme un périphérique sans fin, entre urgence, mélancolie et violence sourde. Les chansons alternent entre amour, colère et désir de purger le monde, avec une intensité qui saisit au ventre.
C’est un retour de flamme : obsédant, viscéral, un disque qui persiste, qui tourne, et qui ne te laisse jamais tranquille. La pluie qui tombe, la lumière des phares, l’asphalte qui glisse : tout semble se répéter, mais chaque tour révèle un détail, une émotion, une fracture nouvelle. Jessica93 n’offre rien de poli ou de confortable : la sincérité est brute, la poésie vient de la crasse et du chaos, de la persistance. Les huit chansons, acérées et essentielles, créent une boucle hypnotique où douleur et beauté cohabitent, imposant leur loi.
Top Tracks : Bébé Requin, La Colline Du Crack, Purifier
2 — Deftones – Private Music

Trente ans après Adrenaline, Deftones sortent Private Music, un album qui défie les étiquettes et brouille les frontières entre nu-metal, shoegaze et post-rock. Riffs massifs et refrains à scander en stade côtoient des silences suspendus et la voix aérienne de Chino, pour un paradoxe permanent où brutalité et délicatesse se répondent. Produit par Nick Raskulinecz, le disque respire, explose et s’écoute comme un rituel : immersif, physique, presque cinématographique. Le groupe semble enfin dompter sa propre tempête, celle qui les avait cloués au sol depuis un Gore un peu décevant. Ils nous offrent là un album à la fois féroce, sensible et incandescent. Un crépuscule en braises rouges et à peau de serpent à ne jamais lâcher.
Top Tracks : Infinite Source, My Mind Is A Mountain, I Think About You All The Time
1 — The Murder Capital – Blindness

The Murder Capital confirme avec Blindness qu’ils sont bien plus qu’un groupe de post-punk irlandais prometteur : ils sculptent la douleur et l’angoisse avec une précision hypnotique. Chaque morceau nous aspire dans un vertige émotionnel, entre riffs tendus, basse martelée et voix désespérée, transformant le désespoir en catharsis collective. Brut, intense et incroyablement mature, Blindness prouve que le groupe est capable de réinventer son propre genre tout en frappant droit au cœur.
Top Tracks : Words Lost Meaning, Love Of Country, Swallow
The Murder Capital : themurdercapital.com
Deftones : deftones.com
Jessica 93 : jessica93.bandcamp.com





