Stranger Things

STRANGER THINGS : Quand les gamins de Hawkins branchent leurs amplis (et ne sauvent pas que le monde)

par | 3 Mar 2026 | Actus, Festivals

Temps de lecture : 8 min

Stranger Things. Le buffet à volonté de la nostalgie, l’usine à vélos Chopper et le fonds de commerce exclusif de la laque pour cheveux extra-forte. On pensait avoir pigé le truc : un parc d’attractions pour trentenaires en crise de larmes dès qu’ils voient un talkie-walkie ou entendent un synthé analogique qui pleure. On se disait : « Tiens, des enfants acteurs mignons qui vont finir par vendre des parfums ou faire des pubs pour des cryptomonnaies foireuses. »

Grosse erreur de casting, mon pote.

Derrière les monstres en latex qui bavent et les vestes en jean trop grandes, une partie de la clique de Hawkins mène une double vie. Et on ne parle pas de collectionner des cartes Pokémon. On parle de sueur, de larsen, de cordes de guitare qui pètent en plein milieu d’un rade moisi et de batteries martyrisées. Pour ces gosses, le rock n’est pas un accessoire de styliste pour faire « cool » chez Jimmy Fallon. C’est leur thérapie, leur bouclier anti-Hollywood, et parfois, leur vraie nature de sales gosses de la distorsion. Bienvenue dans le Stranger Rock Universe, là où on ne joue pas la comédie quand l’ampli affiche 11.

En bref : plusieurs acteurs de Stranger Things (2016-2025) sont aussi musiciens : Joe Keery (Post Animal, puis Djo), Finn Wolfhard (Calpurnia, The Aubreys), Charlie Heaton (ancien batteur de Comanechi), Jamie Campbell Bower (Counterfeit, carrière solo, BloodMagic), Maya Hawke (folk) et Joseph Quinn, qui a appris « Master of Puppets » pour la série avant de jammer avec Metallica.

Joe Keery : de la mèche impeccable au garage poisseux

Commençons par le roi, le daron, celui qui a la chevelure la plus aérodynamique de l’histoire du streaming : Joe Keery. Pour toi, c’est Steve Harrington, le babysitter au grand cœur et à la batte cloutée. Mais avant de devenir le fantasme absolu des ados (et de leurs mères), Joe était un gratteux de l’ombre dans la scène psych-rock de Chicago.

Avec son groupe Post Animal, Joe ne connaissait pas les loges avec corbeilles de fruits bio. Son quotidien ? Un van qui sentait le vieux chien et la bière tiède, et huit heures de route pour jouer devant trois pelés et deux tondus dans des clubs où le sol colle aux pompes. À l’époque, il portait ses caisses de matos lui-même, sans assistant pour lui tenir son café. Post Animal, c’est du lourd : du rock spatial, des riffs qui te font voir des couleurs et une dose de fuzz qui ferait passer Kevin Parker pour un joueur de flûte à bec.

 

 

Le move le plus rock de sa carrière ? Arrêter de tourner avec le groupe dès 2017, puis le quitter officiellement en 2018, parce que la série lui prenait tout son temps. Pas de scène de ménage, pas de communiqué larmoyant : un départ propre, dans un milieu qui n’en connaît pas beaucoup.

Mais le virus est tenace. Sous le nom de Djo, il a opéré une mutation digne d’un film de Cronenberg. Fini les guitares de bûcheron, place à une pop psyché, bizarre, limite schizophrène. Résultat : End of Beginning, sortie en 2022, a fini par envahir les charts des années plus tard. Le mec a réussi à devenir une pop-star planétaire en sortant d’un groupe de garage. Si ça, c’est pas un beau doigt d’honneur au système, je ne sais pas ce qu’il te faut.

Finn Wolfhard : le gamin qui en avait marre de s’appeler Mike

À côté, Finn Wolfhard (Mike Wheeler) fait figure de vétéran. À 14 ans, alors que tu galérais encore à faire un nœud de cravate pour le mariage de ta cousine, lui montait déjà Calpurnia. Ce n’était pas un projet Disney Channel pour vendre des t-shirts, mais un vrai groupe de garage qui vénérait les Arctic Monkeys et les Strokes comme si c’était le Nouveau Testament.

Leur premier clip, City Boy, c’est quatre gamins dans un studio qui essaient de capturer l’énergie de New York en 2001. Le groupe s’est séparé fin 2020. Finn a expliqué au NME que tout était allé trop vite pour lui, et il n’a pas traîné pour passer à autre chose.

 

 

Quelques semaines plus tard, il lançait The Aubreys, une aventure plus lo-fi et plus artisanale, loin des plateaux de tournage. Pour lui, la musique est l’endroit où personne ne lui crie « Action ! » ou ne lui demande de se placer sur sa marque au sol.

 


 

Maya Hawke et Charlie Heaton : l’ombre et la lumière brute

Maya Hawke (Robin), elle, a choisi le chemin de traverse. Fille d’Ethan Hawke et d’Uma Thurman, elle aurait pu signer un contrat en or pour faire de la pop de supermarché. Elle a préféré la folk dépouillée, avec trois albums à son actif (Blush, Moss et Chaos Angel). Ses morceaux, c’est du murmure, de la poésie de fin de soirée, plus proche de la confidence que de la démonstration de puissance.

 

 

 

Et puis il y a Charlie Heaton. Jonathan Byers dans la série a toujours l’air d’avoir passé la nuit à pleurer. Avant de fuir des Démogorgons, il était batteur dans plusieurs groupes de rock, dont Comanechi, un duo de noise rock : un album en 2013, dix-huit mois de tournée, et une première partie pour Gossip. Il a aussi tenu les fûts dans d’autres projets, comme Half Loon et Luxury Apartments.

On oublie le glamour de la Croisette, là. Comanechi, c’était du bruit, pas de la mise en scène : le Jonathan timide et introverti de la série cache un batteur qui tape.

 

 

 

Sadie Sink : la rousse qui a ressuscité Kate Bush

On ne peut pas parler de musique et de Stranger Things sans évoquer celle qui a remis « Running Up That Hill » de Kate Bush dans les charts : Sadie Sink. Précisons : elle n’a pas de groupe de rock à son actif, et on ne va pas lui en inventer un. Avant Hawkins, elle chantait sur les planches de Broadway dans Annie, et elle est apparue dans le court-métrage All Too Well de Taylor Swift. Pas exactement la cave punk, mais la musique l’a rattrapée quand même.


 

Jamie Campbell Bower : le Seigneur des Ténèbres fait du bruit

Et puis, il y a le patron. Le boss final : Jamie Campbell Bower, alias Vecna. Lui, ce n’est pas du rock de chambre d’ado. Avant de porter des prothèses gluantes, Jamie était chanteur et guitariste de Counterfeit, un groupe de punk rock actif de 2015 à 2020. Depuis, il mène une carrière solo, avec des références assumées à Pornography de The Cure et au black metal, et il a formé en 2024 un nouveau groupe, BloodMagic. Un poète maudit qui a trouvé dans le rock un langage assez violent pour son chaos intérieur.


 

Les oubliés de la distorsion

Le reste du casting n’est pas en reste. Gaten Matarazzo (Dustin) est un gamin de Broadway, un mec qui chantait dans Les Misérables avant d’avoir mué. Pas de groupe de punk énervé à signaler, mais une voix qui pourrait en humilier plus d’un.


 

Et on ne peut pas finir sans parler du paradoxe Joseph Quinn. Il nous a pondu la scène métal la plus marquante de la télé récente avec Eddie Munson. Son solo de « Master of Puppets » sur un toit dans le monde à l’envers ? Mythique. Joseph, lui, n’était pas guitariste : il a passé des mois à apprendre le morceau pour la série. Résultat : Metallica l’a retrouvé en coulisses au Lollapalooza pour jammer avec lui. C’est ça, la magie du rock : si tu y crois assez fort, même en partant de zéro, tu deviens une icône.


 

 

Le verdict : Hawkins, nouvelle capitale du rock ?

Ce qui est génial avec cette bande, c’est que leur musique n’est jamais traitée comme un produit dérivé. Il n’y a pas d’album « Stranger Songs » avec des duos forcés pour faire monter l’action de Netflix. Ces acteurs jouent, écrivent et enregistrent parce que ça leur plaît. C’est leur zone de liberté, leur sanctuaire loin des scripts millimétrés et des budgets à neuf chiffres.

Dans une industrie où tout est calculé par des algorithmes, la musique reste leur dernier espace de liberté totale, le seul endroit où ils peuvent se permettre d’être imparfaits, bruyants ou mélancoliques sans qu’un producteur ne leur demande de sourire pour la caméra.

Hawkins est officiellement devenue, au fil des années, une véritable pépinière de talents indés. Entre la noise brutale de Charlie, la pop spatiale de Joe, l’urgence de Finn et la poésie de Maya, le cast ne se contente pas de mimer les années 80 : ils font vibrer le présent avec une sincérité qu’on ne trouve plus beaucoup chez les rockeurs « professionnels ».

Alors, si tu trouves que tout ce boucan est excessif, c’est sans doute que tu es déjà devenu un monstre sans âme du monde d’en-dessous. Pour les autres, montez le son. Hawkins n’a pas fini de faire trembler vos murs de chambre.

Les acteurs de Stranger Things et leurs groupes de rock

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