La chaleur écrase Clisson, les silhouettes avancent au ralenti, et le dernier jour du Hellfest ressemble à une scène de film… Tout n’est que poussière qui colle à la peau et fatigue générale : l’enfer porte bien son nom. Dans ce décor brûlant, Lee Jennings débarque avec le sourire, prêt à parler de comédies musicales, de mythologie gothique et de vérité personnelle. Entre souvenirs d’enfance, révélations emo, tournées XXL et univers théâtral, il déroule son histoire avec l’enthousiasme d’un storyteller. Un moment suspendu, une rencontre sincère et lumineuse avec un artiste qui a fait de la scène un espace de vérité.

En interview avec Lee Jennings
Caro (Rock Sound) On y va, c’est partiiii !
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Génial !
Caro (Rock Sound) Ravie de te rencontrer Lee. Nous voilà au Hellfest, quatrième jour… et il fait vraiment très chaud.
Lee Jennings (The Funeral Portrait) La journée la plus chaude du Hellfest, c’est pour nous, mais on est prêts ! On est arrivés à huit heures ce matin.
Caro (Rock Sound) Ah, ce matin ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oui. On venait de faire douze heures de route depuis les Pays-Bas. Je ne me souviens plus du nom de la ville, mais les salles là-bas sont incroyables.
Caro (Rock Sound) Oui ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Elles sont financées par le gouvernement, parce qu’ils soutiennent énormément les arts. Du coup, les lieux sont super beaux, la restauration est top… Et le meilleur dans tout ça, c’est de voyager, de découvrir des endroits différents. Même être ici au Hellfest, c’est fou.
Caro (Rock Sound) Tu t’attendais à ce que le Hellfest soit aussi spectaculaire ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) J’adore le Hellfest. J’ai grandi en regardant des vidéos de groupes jouant ici. Pour moi, c’est dingue d’être enfin sur cette scène. Tous les gars du groupe ressentent la même chose. Et chaque année, ils ajoutent des trucs ici, ça devient de plus en plus fou. Ce serait juste parfait… si ce n’était pas aussi chaud. Littéralement l’enfer. Le festival porte bien son nom !
Caro (Rock Sound) Je m’y suis habituée à force. C’est toujours étouffant mais c’est vrai qu’aujourd’hui on bat tous les records précédents.
Lee Jennings (The Funeral Portrait) C’est incroyable. La chaleur est vraiment intense. L’air est si chaud qu’on dirait qu’un sèche-cheveux géant et possédé te souffle dessus. Si tu restes au soleil la peau brûle très vite, je m’attendais pas à ça par contre, regarde je suis tout rouge du set !
Caro (Rock Sound) Ahaha tu as fait ton baptême de Mainstage en plein cagnard ! Comment as-tu vécu le set ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) C’était vraiment fou ! Le public était hyper nombreux malgré le soleil et la chaleur qui montait du sol. Il y eu du circle pit de compétition, c’était beau ! J’espère retrouver le public français bientôt, vous êtes vraiment trop cool et ultra réceptifs à notre musique. Quand le public t’envoie une telle vibe et autant d’amour… c’est vraiment ce qui me motive à faire des concerts ! Cette sensation d’une foule qui vibre ensemble et qui t’envoie son énergie, je n’échangerais ça contre rien au monde !
C’est incroyable. La chaleur est vraiment intense. L’air est si chaud qu’on dirait qu’un sèche-cheveux géant et possédé te souffle dessus.

On a chaud mais on papote – Photo Sarah Cross
Retour en enfance
Caro (Rock Sound) Quand je rencontre un artiste pour la première fois, j’aime faire une interview “Back to the Future” : on remonte à tes premiers souvenirs musicaux, puis on revient au présent et à tes projets. Ça te va ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Bien sûr. J’adore l’idée. Voyageons dans le temps.
Caro (Rock Sound) Tu te souviens de ton premier souvenir musical ? Peut-être ta mère qui chantait ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oui. Ma mère adorait la musique des années 80. Blondie, entre autres. Tu ressembles vraiment beaucoup à Debbie Harry d’ailleurs, on te l’a déjà dit ? Et moi, j’étais aussi très fan de comédies musicales. L’Étrange Noël de Mr Jack, par exemple : je suis assez vieux pour l’avoir vu au cinéma à sa sortie. Depuis ce moment-là, j’ai su que j’aimais profondément la musique. J’ai commencé à chanter très jeune, avec des cours particuliers.
Caro (Rock Sound) Tu avais quel âge ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Six ans, à peu près. Je chantais déjà en latin, en allemand… plein de langues différentes. C’était ma première passion, et surtout la première chose dans laquelle j’étais vraiment bon. Je n’étais doué pour rien d’autre. Alors j’ai continué. J’ai même intégré un lycée spécialisé en comédie musicale.
Caro (Rock Sound) Et ensuite, tu es passé au rock.
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Exactement.
Caro (Rock Sound) Tu te souviens d’un album que tu écoutais en boucle ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oui : Fallen d’Evanescence et Three Cheers for Sweet Revenge de My Chemical Romance. Ces deux disques ont façonné qui je suis. La voix d’Amy Lee était tellement liée à l’opéra, tellement différente… Je m’y retrouvais, parce que je chantais de manière très classique. Et Gerard Way était théâtral — j’étais un gamin de théâtre musical, donc forcément. Ces albums m’ont donné un endroit où exister. Même dans mon lycée artistique, je me sentais comme un outsider. Ces disques m’ont sauvé.
Quelques mois après les avoir découverts, j’ai vu Evanescence en concert, puis My Chem. Et là… révélation. J’ai su que c’était ce que je voulais faire.
Caro (Rock Sound) Donc tu t’es dit : “Je veux faire ça quand je serai grand.”
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Exactement. Et aujourd’hui, c’est fou : on joue dans les mêmes festivals qu’eux. L’an dernier, on était sur un festival avec Evanescence. Cette année, on va jouer avec My Chem. C’est un vrai moment de boucle bouclée.

Lee Jennings – The Funeral Portrait
Fallen d’Evanescence et Three Cheers for Sweet Revenge de My Chemical Romance étaient mes albums fétiches en grandissant. Ces deux disques ont façonné qui je suis.
Caro (Rock Sound) On compare parfois votre univers à celui de My Chemical Romance. Tu trouves ça cool ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Bien sûr. Mais on est aussi très différents. On a un côté plus “radio rock”, plus proche de Three Days Grace, Papa Roach ou Avenged Sevenfold. On mélange ça avec l’esthétique emo. C’est ce qui nous rend uniques.
Caro (Rock Sound) Et la dimension théâtrale est essentielle chez vous. Quand est-ce que c’est devenu indispensable ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Il y a environ deux ans, avec notre album Greetings From Suffocate City. C’est ce disque qui a tout changé. On a compris que c’était notre identité.
Caro (Rock Sound) Tu te vois plutôt comme musicien, storyteller, performer ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Un peu tout. J’adore raconter des histoires. J’adore performer. Je veux que les gens laissent leurs problèmes à la porte, qu’ils vivent un moment à part, qu’ils soient eux-mêmes pendant une heure.
Caro (Rock Sound) Il y a eu un moment décisif pour le groupe ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oui, il y a deux ans. On a fait une énorme tournée aux États-Unis avec Five Finger Death Punch. Puis la radio américaine, puis la radio européenne. Ensuite, des dates avec Ice Nine Kills, The Used, tous les grands festivals… On a aussi tourné avec The Rasmus, et j’ai sorti un morceau avec eux, Weirdo. J’ai grandi en les écoutant, donc c’était un moment énorme.
Caro (Rock Sound) Quel est ton meilleur souvenir de live ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Janvier dernier. On était épuisés : 290 jours de tournée en un an. Mais on a joué un énorme concert dans notre ville, Atlanta. Salle pleine. Des fans venus d’Allemagne, du Royaume-Uni, du Canada, du Mexique… C’était un moment où on s’est dit : “Voilà pourquoi on fait ça.” Je m’en souviendrai toute ma vie.
Caro (Rock Sound) À l’inverse, un fail épique ? Un truc drôle maintenant, mais pas sur le moment ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oh oui. Un concert au milieu de nulle part, entre la Géorgie et la Floride. Un gars dans le public se mettait à bousculer des enfants. Je l’ai appelé à se calmer. Il n’a pas aimé. Il est monté sur scène et m’a mis un coup de poing. Gros œil au beurre noir, coupure sous l’œil… et on a dû finir la tournée comme ça.
Caro (Rock Sound) Oula, c’est moyen marrant ça se prendre une patate sur scène. Mais ça veut dire que tu es proche de ton public et que tu ne laisses pas faire quand tu vois des comportements inacceptables.
Lee Jennings (The Funeral Portrait) C’est essentiel je pense. Et vu le look du gars et son attitude je pense qu’il était juste là pour se battre et pas pour la musique, il avait pas une tête à aimer notre musique ou notre univers…

The Funeral Portrait – Lee Jennings au Hellfest
J’adore raconter des histoires. J’adore performer. Je veux que les gens laissent leurs problèmes à la porte, qu’ils vivent un moment à part, qu’ils soient eux-mêmes pendant une heure.
Caro (Rock Sound) Et un loupé plus marrant sur scène ? Les classiques : pantalon déchiré ou roulade imprévue ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Je déchire mes pantalons tout le temps ahaha. Je fais des high kicks sur scène… c’est catastrophique. Je suis tombé de scènes, j’ai fait tomber mon micro… tout ce que tu peux imaginer, je l’ai fait. Et je m’améliore même pas avec les années.
Caro (Rock Sound) S’il y avait un morceau qui représente le groupe aujourd’hui, quel serait-il ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Dark Thoughts. On ne pensait pas que ce serait notre titre le plus streamé… et pourtant. Il parle d’anxiété et d’OCD (TOC, trouble obsessionnel compulsif en français). J’en souffre, et je voulais capturer ça dans une chanson. C’est un morceau important pour nous.
Caro (Rock Sound) Tu te sens bien sur scène ? C’est vraiment ton élément on dirait que tu es né pour ça !
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Oui. C’est complètement moi. C’est thérapeutique. J’extériorise tout sur scène, je m’y sens bien. Je puise l’énergie dans le public pour me recharger.
Caro (Rock Sound) On arrive déjà à la fin de l’interview, ça passe très vite ! Qu’aimerais-tu dire à nos lecteurs ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Tout commence quand on est vraiment soi-même. Le jour où j’ai arrêté de jouer un rôle, les portes se sont ouvertes. Et je vois la même chose chez les autres. J’espère que chacun pourra être vrai, sans peur.
Caro (Rock Sound) Merci beaucoup. C’était un très beau mot de la fin. Ravie de t’avoir rencontré. Tu reviens en France bientôt ? Peut-être Paris ?
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Probablement en mars prochain.
Caro (Rock Sound) Super. À très vite, alors. Merci Lee !
Lee Jennings (The Funeral Portrait) Merci à toi. C’était vraiment très cool de parler avec toi !

Une interview de Caro @Zi.only.Caro shootée par Sarah Cross, dans l’enfer de Clisson le dernier jour du Hellfest de l’an de grâce 2026.





