Miles-Kane

INTERVIEW : Miles Kane « Je sais qui je suis, et je crois que ça s’entend dans la musique. »

par | 22 Avr 2026 | À la Une, Interview

Temps de lecture : 14 min

Quelques heures avant d’enflammer un Trianon sold out, Miles Kane m’accueille en loge avec ce mélange de classe, de malice et d’énergie brute qui fait sa signature. À 40 ans tout juste, le dandy le plus rock d’Angleterre est plus magnétique que jamais : charmeur, irrévérencieux, élégant jusqu’au bout des doigts. Il parle comme il joue… avec précision, passion et une désinvolture so British irrésistible. Showman à la voix de velours, guitariste affûté, compositeur instinctif, il raconte son histoire entre humour, confidences, éclats de style et visions cinématographiques. Pour Rock Sound, il revient sur les racines qui l’ont façonné, les métamorphoses qui l’ont guidé et la liberté nouvelle qui traverse Sunlight In The Shadows… juste avant de faire chavirer Paris.

 

 

 

Caro (Rock Sound) : Je suis vraiment ravie de te rencontrer, Miles ! Je t’écoute depuis ton premier album solo et avec The Last Shadow Puppets avant cela… J’adore ton accent. Il est moins prononcé quand tu chantes, mais tellement musical quand tu parles !

Miles Kane Merci ! Et moi j’adore ta voix ! Tu devrais travailler à la radio ou chanter dans un groupe de rock si ce n’est pas déjà le cas.

Caro (Rock Sound) : Si une radio t’entend, je suis partante ahaha ! D’habitude, quand je rencontre un artiste pour la première fois, j’aime faire ce que j’appelle une interview “retour vers le futur”…

Miles Kane Je t’en prie. Let’s go back !

Caro (Rock Sound) : On remonte un peu dans ton enfance, je te demande tes premières amours musicales, ce qui a façonné ton oreille, puis on revient au présent, à l’artiste que tu es aujourd’hui. Ça te va ?

Miles Kane Oui. J’adore ton approche. Voyageons dans le temps ensemble !

Caro (Rock Sound) : Alors, tu te souviens de la toute première musique qui t’a fait tomber amoureux de la musique ?

Miles Kane Tu sais quoi ? Ce serait sûrement quelque chose comme… En grandissant avec ma mère, chez ma grand-mère, il y avait beaucoup de Dean Martin, de Motown, de soul, Diana Ross, les Four Tops, les Beatles, T-Rex… Et je crois que je n’en suis jamais sorti. C’est gravé dans mon âme, et c’est encore aujourd’hui ce vers quoi je reviens. Si tu viens chez moi, c’est ce qui tourne en fond. Et aussi la Northern Soul. Donc je dois beaucoup à ma mère.

Caro (Rock Sound) : Et tu te souviens s’il y avait une chanson que tu passais en boucle, encore et encore ?

Miles Kane Probablement Sugar Pie Honey Bunch des Four Tops.

Caro (Rock Sound) : Oui ?

Miles Kane Oui. Et sûrement aussi des morceaux de Bowie, comme Queen Bitch, Hang On To Yourself, Five Years, et T-Rex, Get It On.

Caro (Rock Sound) : Et quand tu étais ado, tu avais des posters sur tes murs ?

Miles Kane Oui. Il devait y avoir Oasis, The Verve, les Beatles, probablement quelques filles de Page Three… Et sûrement The Enemy. Quand j’étais gamin, j’étais à fond dans ça. Et aussi dans The Strokes, The Libertines, tout ce genre de trucs.

img 9227 Larry Niehues

 

Caro (Rock Sound) : Tu avais des héros musicaux que tu imitais devant le miroir ?

Miles Kane Oui : The Libertines, The Strokes, les Beatles, The Coral, plein. Quand je rentrais de l’école, ma mère travaillait encore au marché. Avant qu’elle rentre, j’avais deux heures. Je mettais la musique à fond dans ma chambre et je chantais devant le miroir.

Caro (Rock Sound) : Oui ? Et tu as eu une sorte de révélation rock à un moment ? Peut-être en voyant un concert quand tu étais ado ?

Miles Kane Oui, sûrement avec No Wave aussi. J’étais très fan des Super Furry Animals, un groupe gallois, et je me souviens les avoir vus vers mes 14 ans. C’était la première fois que j’étais dans un mosh pit. C’était très fort, très bruyant, et cette sensation d’être en sueur… Ma mère dit que je n’ai plus jamais été le même après ce concert. Donc je pense que les Super Furry Animals y sont pour beaucoup.

Caro (Rock Sound) : Tu avais quel âge ?

Miles Kane 14 ans, je dirais.

Caro (Rock Sound) :  Et tu te souviens de ton tout premier groupe ? Peut-être un groupe de lycée ?

Miles Kane À l’école, on avait un groupe, mais personne ne voulait vraiment jouer. Je crois que tout le monde aimait l’idée, mais on avait une salle de répète à Liverpool, et je me souviens que ma mère m’emmenait faire le tour des maisons des gars pour récupérer l’argent du loyer de la salle. J’ai toujours été déterminé à jouer, mais personne n’en voulait autant que moi.

Caro (Rock Sound) : Oui. Et la première fois que tu es monté sur scène avec un vrai groupe ?

Miles Kane Oui, dans un pub à Liverpool.

Caro (Rock Sound) : Et ça t’a fait quoi ?

Miles Kane Dans ma tête, j’étais à Wembley Stadium. Ahaha !

Caro (Rock Sound) : Ahaha ! Parfait ça !

Miles Kane Et ça n’a pas changé, honnêtement.

Caro (Rock Sound) : À ce moment-là, tu t’es dit : “OK, je suis à ma place” ?

Miles Kane Pour être honnête, oui.

Caro (Rock Sound) : Le mode de vie rock star t’attirait, ou c’était plutôt : “je dois faire de la musique, j’ai quelque chose à dire” ?

Miles Kane Les deux, je pense. Le fantasme, l’idée d’échapper à un boulot normal, ça m’attirait. Et puis exprimer mes inquiétudes dans des putains de chansons, ça n’a pas changé.

Caro (Rock Sound) : Tu avais un plan B à l’époque, ou la musique était la seule voie ?

Miles Kane J’espère ne jamais avoir besoin d’un plan B. J’ai fait tout ce chemin, j’espère continuer.

Caro (Rock Sound) : Tu ne t’es jamais dit : “Je veux être chanteur, mais si ça ne marche pas, je serai pompier” ?

Miles Kane Ou coiffeur. Je serais un bon coiffeur, moi. Un très bon coiffeur.

Caro (Rock Sound) : Et en regardant en arrière, quand as-tu senti pour la première fois que tu avais ta propre voix, ton propre style ?

Miles Kane Les fringues et le style, j’ai toujours adoré. Je n’ai jamais eu de styliste, j’ai toujours tout fait moi-même. Même avant d’être dans un groupe, chez nous, même à l’école, si on portait un survêt, il était assorti, tout noir Lacoste. On a toujours eu un sens du style.

Caro (Rock Sound) : Tout le monde ne l’a pas.

Miles Kane Non, pas tout le monde. Mais moi, ça m’a toujours attiré. J’aime les fringues. Certains jours, tu veux mettre tes bottes léopard, d’autres tu veux être simple. Je suis toujours comme ça. Tu passes par des phases : parfois plus extravagant, parfois non, selon ton ressenti. Et j’ai toujours fonctionné comme ça.

mileskanetrianon 11

Miles Kane au Trianon – Arthur Loiseau

 

Caro (Rock Sound) : Tu as traversé beaucoup de chapitres et de collaborations. Comment ces expériences ont-elles façonné ta confiance et ton approche de l’écriture ?

Miles Kane Elles m’ont toutes façonné différemment. Et à chaque fois, j’étais hors de ma zone de confort, que ce soit avec quelqu’un, un producteur différent… J’ai toujours pris le risque d’essayer des choses, parfois ça marche, parfois non. Même faire cet album avec Dan Auerbach, c’était hors de ma zone. Je ne le connaissais pas. Je suis allé à Nashville seul, quelques jours, comme une période d’essai. On a vraiment accroché. Il m’a mis à l’aise, son énergie était aussi excitée que la mienne. Il m’a donné confiance. Je pouvais lui demander : “C’est assez bien ou pas ?” Et il répondait oui ou non, sans ego. Il faut faire confiance aux gens avec qui tu travailles, c’est comme ça que tu donnes le meilleur. Et laisser ton ego à la porte, sinon ça ne sert à rien de collaborer. J’ai envie d’entendre ce que l’autre a à dire, puis on trouve un terrain d’entente, ou je me dis : “Oui, t’as raison.”

Caro (Rock Sound) : Tu as exploré tellement de genres — glam, punk, garage — et pourtant il y a toujours une touche Miles Kane, on te reconnaît. Comment décrirais-tu cette énergie ?

Miles Kane C’est gentil de dire ça, et je suis content que tu le remarques. C’est ça, le but. Que ce soit en solo ou en projet, à moins que je fasse un album de techno allemande, tu reconnaîtras toujours mon son. J’adore les guitares surf, j’adore un gros refrain. Je sais qui je suis, et ça s’entend, que ce soit seul, en duo ou en projet. Mon identité est là.

Caro (Rock Sound) : Avec Sunlight In The Shadows, on dirait que tu te reconnectes à quelque chose d’essentiel. Qu’est-ce que tu voulais retrouver dans ce disque ?

Miles Kane Oui, c’est un retour à l’essentiel musicalement. Et en tant qu’homme, je viens d’avoir 40 ans. Peut-être que tu le ressens aussi. Je ne sais pas si c’est pareil pour toi, mais j’ai senti un changement ces dernières années. J’ai commencé à vraiment l’écouter l’an dernier, à le laisser me guider. Je me suis demandé : est-ce qu’on continue en roue libre, ou est-ce qu’on change d’approche ? Et c’est là où j’en suis. Disons que la partie “fête, alcool, drogues”, je l’ai mise de côté pour un moment, et j’apprécie ça. Je ne dis jamais jamais, mais ça m’emmène quelque part de clair, de présent. Je ne sais pas si c’est pour toujours, je prends jour après jour, mais je trouve ça attirant.

Caro (Rock Sound) : Pour moi avoir 40 ans m’a fait penser que la vie n’est pas éternelle, qu’il faut lui donner du sens, faire ce qui me plait… comme des interviews et des concerts ! Une forme de sagesse et d’urgence mélangées.

 

 

 

 

 

Miles Kane Exactement, je te rejoins. On n’est pas éternels mais il faut donner le meilleur de nous-même maintenant. Tu bois, toi en soirée ?

Caro (Rock Sound) : Pas trop, non, je fais gaffe. Je suis même capable de refuser les shots des potes au bar pour survivre aux aftershows. Je fais la fête, mais je profite mieux de la fête si je suis claire. Et j’ai bien meilleure mine le lendemain ahaha ! Secret de beauté… pas de gueule de bois !

Miles Kane Ahaha tu as tellement raison, on est en phase ! Les shots c’est l’enfer.

Caro (Rock Sound) : Revenons à cet album… il est à la fois classique et moderne. Tu connais tes racines, mais tu n’y es pas coincé. Comment tu trouves l’équilibre entre nostalgie et réinvention ?

Miles Kane Je crois que c’est ce qu’on disait : écouter son instinct. Le feeling, c’est puissant. Parfois tu l’ignores, parfois tu n’y vas qu’à moitié. Maintenant, j’essaie de tout faire en suivant ça, même si ce n’est pas facile. Comme ça, tu n’as pas de ressentiment envers toi-même. Ça peut ne pas atteindre tes attentes, que ce soit en musique ou en amour, mais au moins tu sais que tu as suivi ce qui te semblait juste. Et si ça ne marche pas, on passe à autre chose.

Caro (Rock Sound) : J’ai beaucoup écouté Sunlight in the Shadows. Je l’adore, il n’y a aucune mauvaise chanson. Que des très bonnes chansons.

Miles Kane Merci ! Je l’aime aussi je crois que c’est un de mes préférés depuis longtemps. On a commencé la tournée en janvier, et dans la setlist… C’est mon sixième album, donc il y a du choix, mais on joue neuf chansons du nouvel album. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai fait ça. D’habitude, tu en joues trois, quatre max. Mais ces morceaux sont tellement bons à jouer, ils sonnent bien, il y a une liberté, une confiance sur scène… C’était évident d’en jouer neuf, mélangés aux anciens. Le plus dur, ça a été de choisir.

mileskanetrianon 2 scaled

Miles Kane au Trianon by Arthur Loiseau

 

Caro (Rock Sound) : Il y a tout : des chansons d’amour, des chansons pour danser, des chansons joyeuses. Et tu as quelque chose de très cinématographique dans ta façon d’écrire et de chanter. Je me demandais : quand tu écris, tu as des images en tête ? Ou c’est le côté cinématographique qui vient après ?

Miles Kane Non, j’ai vraiment des images. Dans Love Is Cruel, dès qu’on a trouvé le riff et qu’on enregistrait, j’imaginais Clint Eastwood dans un désert, un poncho… Oui, je pense que c’est assez visuel, un peu à la Tarantino. Je vois ça dans ma tête.

Caro (Rock Sound) : Oui. On sent que le cinéma compte pour toi. Pas seulement les images que tu portes en toi, mais celles que tu apportes avec tes chansons.

Miles Kane Oui, oui. Et ça se retrouve dans mon style aussi.

Caro (Rock Sound) : En parlant de style et de passion : quand tu montes sur scène en costume ou en blouson de cuir, est-ce que ça dit quelque chose de ton état d’esprit ?

Miles Kane En ce moment, je ne suis pas trop costume. Je suis plus chemises satinées, pantalons légèrement évasés, bottes, peut-être une chaussure un peu brillante. Pas trop… En fait, un peu comme ce que tu portes. Les boots léopard, le jean serré et la veste en velours qui brille, j’adore ! Avec le débardeur Rock Sound, c’est cool, sexy, oui. Si tu faisais ma taille je t’aurais piqué tes fringues… ou bien tu m’emmènes faire du shopping avec toi ! Ahaha !

Caro (Rock Sound) : Avec plaisir ! Je serai ton shopping tour guide à Paris si tu veux ! On te décrit souvent comme un dandy moderne. Ça te parle ?

Miles Kane On m’a appelé beaucoup de choses, donc je prends “dandy moderne” avec plaisir, ahaha !

Caro (Rock Sound) : C’est comme mêler élégance et énergie brute.

Miles Kane Merci.

Miles Kane Le Trianon 20260320 David Poulain 130

Miles Kane au Trianon par David Poulain

 

Caro (Rock Sound) : Tu sens que ton look et ton son viennent du même endroit ? Une même expression ?

Miles Kane Oui. Pour moi, c’est assez équilibré. Ce sont mes deux addictions. Et c’est visuel dans les deux cas.

Caro (Rock Sound) : Tu as dit un jour que l’élégance est une attitude plus qu’une tenue. Je l’ai lu quelque part. J’ai trouvé ça très pertinent…

Miles Kane Wow, quelle citation. Putain, j’en ai besoin de quelques autres en plus comme ça ! Ahaha !

Caro (Rock Sound) : Qu’est-ce que l’élégance signifie pour toi aujourd’hui, musicalement ou personnellement ?

Miles Kane Une chanson comme Walk On The Ocean sur le nouvel album est élégante. Elle t’emmène quelque part, elle peut t’hypnotiser. Quand tu te sens libre en chantant, l’élégance vient avec, non ? Parce que tu ne penses plus à rien d’autre.

Caro (Rock Sound) : Tu as fait tellement de concerts… Tu as un meilleur souvenir ?

Miles Kane Il y en a eu plein. On a joué en Serbie il y a quelques semaines, un endroit où je n’étais jamais allé, et le concert était dingue. Et puis tous les concerts en France, vraiment. La France, c’est comme une deuxième maison pour moi.

Caro (Rock Sound) : Oui, on peut être bruyants.

Miles Kane J’espère que ce soir conclura tout ça parfaitement, ce serait la cerise sur le gâteau.

Caro (Rock Sound) : Et qu’aimerais-tu que le public ressente ?

Miles Kane Qu’il soit putain de bruyant, énergique, non-stop. C’est ce que je veux ce soir !

Caro (Rock Sound) : Je pense que ça va arriver. Le show est sold out, les gens attendent déjà dehors ! Et si tu as un dernier mot, en France, on appelle ça “le mot de la fin”, le mot de la fin de l’interview, tu voudrais dire quelque chose à nos lecteurs ?

Miles Kane Tu viens au concert ce soir ?

Caro (Rock Sound) : Bien sûr. Je ne vais pas louper ça !

Miles Kane : Ah bien ! Je ne sais pas trop quoi dire… Je dirais que je ne prends rien de tout ça pour acquis. J’ai fait une interview juste avant toi, ils avaient tous les albums que j’ai sortis… parfois tu ne prends pas le temps de regarder en arrière. Je ne suis pas du genre à me poser et à repenser au passé, mais j’aime le chemin que j’ai parcouru. Ça a été chaotique parfois, mais le fait d’être encore là, de continuer à rocker, c’est tout ce qui compte pour moi.

Caro (Rock Sound) : C’est un très beau mot de la fin.  Merci beaucoup. C’était un vrai plaisir de parler avec toi, Miles ! J’espère à bientôt !

Miles Kane : Pareillement. C’était un plaisir de papoter avec toi ! En plus on a les mêmes goûts en matière de fringues et de musique ! On est faits pour s’entendre ! Merci pour ce chouette moment en ta compagnie Caro !

 

 

Sunlight in the Shadows est déjà disponible partout, jetez-vous sur le vinyle de toute beauté ! 🙂

Retrouvez Miles Kane sur Instagram : @mileskane