Quelques heures avant d’ouvrir la soirée pour Miles Kane, dans une loge du Trianon où flottent encore l’odeur des amplis tièdes et l’excitation d’avant‑scène, After Geography nous accueille avec ce mélange de décontraction solaire et d’élégance très britannique qui les définit. Entre deux rires et trois harmonies improvisées, Julien et Nico reviennent sur la naissance du groupe, leurs obsessions sixties, leur amour des mélodies qui claquent et des villes anglaises où l’on rêve de s’habiller comme Brian Jones. Une rencontre lumineuse avec l’un des groupes français les plus irrésistiblement “british” du moment.

Là où tout a commencé
Caro (Rock Sound) Alors, comment est né After Geography ? C’était une idée de longue date ou un déclic ?
Julien (After Geography) Je dirais que ce n’était pas une idée de longue date. Nico et moi, on est amis depuis très longtemps. Après le Covid, on a juste décidé d’écrire des chansons, de les mélanger parfois, ou en tout cas d’intervenir chacun sur les morceaux de l’autre. On voulait faire exactement la musique qu’on avait envie d’écouter, sans stratégie, juste pour jouer et faire des concerts. C’est vraiment né comme ça : une envie de songwriting et de live. Et ensuite, Arthur et Nelly nous ont rejoints.
Caro (Rock Sound) D’accord. Et avant ça, vous aviez déjà eu des groupes ou d’autres projets musicaux ?
Nico (After Geography) Oui, on avait déjà joué ensemble dans un groupe. On avait arrêté, puis on était partis chacun faire des choses différentes. Et comme l’a dit Julien, c’est vraiment à la sortie du Covid qu’on a eu envie de rebosser ensemble, de refaire des chansons, de revenir au cœur de la musique qu’on aime et à notre façon de travailler à deux.
Caro (Rock Sound) Vous avez donc commencé comme un duo avant de devenir un groupe complet. Qu’est‑ce que ça a changé dans votre manière de créer ou de jouer ?
Nico (After Geography) C’est surtout la vie de groupe que ça a changé. Depuis la sortie de notre premier album en octobre, c’est la première fois qu’on a une vraie identité de groupe : les photos, l’image, la dynamique. Avant, on avait eu plusieurs musiciens et musiciennes différents. Là, c’est la première fois qu’on a un truc stable, une vraie vie de groupe. Pour la création, ça ne change pas grand-chose pour l’instant : c’est toujours Julien et moi qui écrivons les chansons. Mais quand on a retravaillé les morceaux pour le live, chacun a amené sa patte, son style, sa touche.
Beatles, BMX et révélations sonores
Caro (Rock Sound) Et d’où vient ce nom, After Geography ?
Julien (After Geography) C’est super simple. Quand on a formé le groupe, j’étais sur un forum de fans des Beatles. Je suis tombé sur une anecdote : quand les Stones ont sorti Aftermath, Ringo Starr avait plaisanté en disant qu’il voulait appeler Revolver “After Geography”. C’était drôle, un peu nul, très humour anglais. Le mot m’a marqué, et je l’ai gardé. Pas de recherche, pas de concept.
Nico (After Geography) Et puis visuellement, le nom est beau. Il rend bien écrit.
Caro (Rock Sound) Il colle bien à votre univers musical et à vos inspirations. Et dans toute cette effervescence du début, il y a eu un moment où vous vous êtes dit : “Ça y est, ce n’est plus un projet, c’est un groupe. On y va.”
Julien (After Geography) Oui, bien sûr. On avait envie que ça devienne sérieux, dans le sens où on voulait faire des concerts. Et forcément, tu dois faire des choix de vie. Il faut essayer d’en vivre, ou au moins de s’en approcher. À un moment, tu te lances. On l’a fait assez rapidement.
Caro (Rock Sound) C’était un rêve de gosse, la musique ?
Julien (After Geography) Oui.
Nico (After Geography) J’ai toujours beaucoup écouté de musique grâce à mon père quand j’étais enfant. Mais c’est à l’adolescence que je me suis dit : “C’est ça que je veux faire.”
Caro (Rock Sound) Vous avez un son très Beatles, très 60’s. Comment on développe ces influences-là quand on a votre âge ?
Julien (After Geography) Ce qui est particulier, c’est que tu te retrouves au lycée avec des trucs que personne n’écoute. Moi, j’ai découvert ça par hasard. Je faisais du BMX, et je regardais des vidéos comme on regarde des vidéos de skate. Un jour, je tombe sur des morceaux d’Hendrix, des Stones… et ça a été une révélation. Pour les Beatles, c’est le son, la texture sonore qui m’a attiré. Ça a créé quelque chose, et après j’ai plongé dedans.
Caro (Rock Sound) À part les Stones et les Beatles, quels albums ont forgé votre oreille, votre identité musicale ?
Nico (After Geography) J’ai énormément écouté Black Sabbath.
Julien (After Geography) Oui, beaucoup de Black Sabbath. C’est fou. Mélodiquement, même si c’est moins mélancolique, il y a un truc.
Nico (After Geography) Ce qui m’a toujours bluffé chez Black Sabbath, c’est que ça peut être violent et puissant, et en même temps tu peux chanter les morceaux à la guitare folk. Ozzy Osbourne fait des lignes de chant super mélodiques. C’est ça qui nous touche dans la musique, peu importe le style : électro, classique, rap… Quand la chanson est au centre, c’est ce qui compte.
Julien (After Geography) Et je pense que c’est important de ne pas singer le rétro. On essaie d’aller vers quelque chose de moderne, mais avec nos influences. On ne les cache pas, on les revendique même. Après, on essaie juste de les intégrer à notre manière.
Caro (Rock Sound) Musicalement, vous avez des harmonies vocales très travaillées. C’est quelque chose que vous construisez consciemment ou ça vient naturellement ?
Nico (After Geography) Je pense que ça nous est tombé dans les oreilles toute notre vie. Quand on écrit une chanson, c’est un des premiers trucs qu’on fait. Quand l’un montre un morceau à l’autre, on harmonise presque immédiatement, avant même de penser aux autres arrangements. C’est un réflexe, presque un jeu.
Julien (After Geography) On écoute beaucoup les Everly Brothers, Simon & Garfunkel… Quand il y a des harmonies, il se passe un truc magique.
Nico (After Geography) Et nos timbres se complètent bien.
Julien (After Geography) Et maintenant, on peut le faire à trois ou quatre. Avec une voix féminine, ça apporte encore autre chose.
British vibes : mode, humour et mythologie pop
Caro (Rock Sound) On dit de vous que vous êtes le plus british des groupes français. D’où vient cette connexion à la culture britannique ?
Nico (After Geography) Il y a toute la mythologie britannique : le foot, les pubs, le lifestyle anglais. On aime la mode anglaise, les voitures anglaises… Toute cette culture nous parle. Il y a l’Angleterre, quoi.
Julien (After Geography) Et il y a aussi plein de trucs américains qu’on aime. Mais avec les Anglais, il y a un côté “cousin”. Un truc particulier. Ça nous a toujours imprégnés.
Caro (Rock Sound) Tu parlais de la mode, du style…
Nico (After Geography) Tout ce qui est Swinging London, les artistes que ça a influencés sur des décennies… c’est fou. Et ça nous touche encore aujourd’hui.
Julien (After Geography) J’ai toujours rêvé de m’habiller comme Brian Jones. Même pour aller faire les courses.
Caro (Rock Sound) Le week-end rêvé, c’est Londres et shopping ?
Julien (After Geography) Oui, il y a de ça.
Nico (After Geography) Et Dublin aussi.
Julien (After Geography) Oui, et plein d’autres villes. Même des endroits plus reculés en Angleterre. Liverpool, par exemple. Il y a un truc particulier dans la manière dont les villes vivent. Les gens ont envie d’échanger. Et l’humour anglais… c’est quelque chose.
Composer à l’instinct : quand un mot devient une mélodie
Caro (Rock Sound) Quand vous composez, le thème arrive en premier ou c’est la mélodie qui vient d’abord ?
Julien (After Geography) C’est souvent une mélodie… mais il y a aussi les mots. Parfois, tu écris un truc et une petite phrase sort toute seule. On appelle les morceaux comme ça, à partir de cette phrase. Trois mots en anglais qui arrivent, et tu sens que ça va être la mélodie, que ça colle au morceau. D’un coup, un mot déclenche quelque chose.
Caro (Rock Sound) Donc la sonorité d’un mot peut t’amener une mélodie. C’est pour ça qu’il y a ces rebonds.
Julien (After Geography) Oui. Et parfois, si tu changes un mot, il faut toujours jongler entre le sens et la musicalité. C’est super intéressant.
Caro (Rock Sound) Si vous deviez définir l’attitude d’After Geography en quelques mots, ce serait quoi ? Élégance, nostalgie ?
Nico (After Geography) Il y a un côté fun. Si tu regardes nos clips ou l’ambiance des chansons, il y a quelque chose de solaire. C’est important dans ce qu’on transmet.
Caro (Rock Sound) Vous êtes d’accord ?
Julien (After Geography) Oui. Quand on parle de notre album, on nous dit souvent qu’il fait du bien à écouter, et ça nous touche. C’est ce qu’on veut : créer des émotions, que ce soit en live ou sur disque. On vit dans une époque où on se prend des trucs durs dans la gueule toute la journée. Si on peut apporter un peu de lumière chez quelqu’un, ça compte.
Caro (Rock Sound) La musique, c’est des émotions, des histoires. Et quand ce sont des émotions positives qui te donnent envie de sourire, c’est encore mieux. Devant un concert, la musique réunit les gens. On oublie tout le reste.
Julien (After Geography) C’est tellement fort. Je pense que c’est pour ça qu’on continue. Quand tu commences, c’est difficile de t’arrêter, parce qu’il se passe quelque chose. Même si le reste du monde continue d’exister, il y a des moments sur scène qui sont presque addictifs.
Miles Kane : la boucle bouclée
Caro (Rock Sound) Aujourd’hui, vous ouvrez pour Miles Kane. Comment cette opportunité est arrivée ? Et qu’est‑ce que ça représente pour vous ?
Nico (After Geography) Quand on s’est rencontrés avec Julien, on était fans des Arctic Monkeys, de The Last Shadow Puppets… ça représente quelque chose. C’est les premiers morceaux qu’on a joués ensemble.
Julien (After Geography) Le tout premier morceau qu’on a joué tous les deux, c’était The Age of the Understatement. On a commencé par ça. Donc oui, il y a un côté boucle bouclée. Après, ça s’est fait par demande. On avait proposé de faire une partie de la tournée, et on a su qu’on jouerait à Paris. C’est Radical qui nous a invités, donc merci à eux.
Caro (Rock Sound) Qu’est‑ce que vous admirez chez Miles Kane en tant que performeur ?
Julien (After Geography) Sa longévité. Le fait qu’il n’arrête jamais. J’ai l’impression qu’il ne se pose pas trop de questions : il fait des disques, il écrit, il continue. Il se passe toujours quelque chose. C’est super inspirant. Et puis il est stylé, il écrit des chansons de dingue. J’ai oublié la question de base.
Caro (Rock Sound) Qu’est‑ce qui vous inspire chez lui ?
Nico (After Geography) Sa façon de se réinventer à chaque fois. De rebondir, de continuer. C’est ça, le but quand tu fais des chansons.
L’interview exclusive de Miles Kane pour Rock Sound est à retrouver par ici !
Premiers concerts, premières cicatrices
Caro (Rock Sound) Et scéniquement, vous vous souvenez de votre tout premier concert ?
Nico (After Geography) Oui. C’était juste après le Covid. Les gens étaient assis, les chaises en quinconce, une personne sur deux avec un masque.
Julien (After Geography) Oui, c’était ça, le premier concert.
Nico (After Geography) Et malgré tout, tout le monde était hyper content de ressortir.
Caro (Rock Sound) Fin 2021 ?
Nico (After Geography) Juin 2021, je crois. J’ai vraiment ce souvenir-là : l’impression de reprendre une grande respiration. C’était la première fois qu’on remontait sur scène.
Julien (After Geography) Ce n’était pas du tout ce qu’on imagine d’un premier concert, mais on avait tellement envie de jouer. Et les gens avaient tellement envie de voir un concert. On n’était pas nombreux, mais…
Nico (After Geography) Il n’y avait pas de stress. Même assis, même masqués, tout le monde était heureux d’être là. C’est un bon souvenir. On avait 4 ou 5 chansons. C’était vraiment le tout début.
Caro (Rock Sound) Votre meilleur souvenir de scène jusqu’ici ?
Julien (After Geography) C’est dur… Il y en a deux qui ressortent. On en parlait tout à l’heure. On a joué dans un petit club de 100 personnes à Annecy : une énergie incroyable. Et puis on a fait des premières parties devant 15 000 ou 16 000 personnes, et les gens nous ont super bien accueillis. Rien à voir, le jour et la nuit, mais le même mood. Ces deux concerts-là, pour l’histoire, c’était vraiment fort. Après, il y en a eu d’autres, mais ceux-là… c’était trop bien.
Caro (Rock Sound) Et le pire souvenir ? Un truc raté ? Le plus beau loupé ?
Nico (After Geography) J’ai mis un énorme coup de tête dans ma guitare.
Caro (Rock Sound) Sérieux ?
Julien (After Geography) Oui, il y a ça. Et puis un autre truc, au tout début. J’avais posé ma guitare pour un morceau où je chantais sans jouer. Je l’avais laissée derrière moi… et il y a eu un petit moment de gêne. On ne savait pas trop ce qui se passait. “Qu’est-ce que c’est ? Ah, la guitare…”
Nico (After Geography) Mais globalement, il n’y a pas eu de gros ratés. Il faut croire que non, si on est encore là.
Caro (Rock Sound) Si tu t’es ouvert l’arcade avec un coup de guitare, c’est pas mal comme loupé…
Julien (After Geography) Oui, c’était le dernier concert de l’année. Ce n’était pas dramatique. Il y a un équilibre : parfois, il y a des concerts un peu perturbés, mais rien de catastrophique.
Caro (Rock Sound) Le chanteur de The Hives s’était ouvert l’arcade aussi, il avait continué avec la tête en sang…
Julien (After Geography) Oui, j’avais vu ça… ça saigne beaucoup oui. Moi, ça allait, j’ai eu de la chance. Je me suis retourné vers Nico, je ne comprenais pas trop ce que je faisais.
Le rêve européen
Caro (Rock Sound) Si vous pouviez choisir votre scène rêvée, votre tournée idéale, ce serait quoi ?
Julien (After Geography) Une tournée idéale ? Je pense que ce serait vraiment ce genre de salles : des lieux comme ici, partout en Europe. C’est le rêve absolu. Même des clubs. L’idéal, ce serait ça : tourner en Europe, dans des salles de cette taille. La tournée de Miles Kane, elle est pas mal aussi.
Caro (Rock Sound) Dernière question : le mot de la fin. Un message pour nos lecteurs de Rock Sound ?
Julien (After Geography) Alors… le message c’est d’acheter nos disques !
Nico (After Geography) Et de venir nous voir en concert.
Julien (After Geography) Et de venir nous parler. On adore ça. Sur les dates, quand on vend des disques ou même quand on ne vend rien, on aime trop discuter avec les gens.
Caro (Rock Sound) Merci les gars, c’était un plaisir de vous rencontrer et j’espère vous revoir bientôt sur scène !

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