Brody Dalle

BRODY DALLE : l’icône punk qu’aucun silence ne pourra effacer

par | 21 Juil 2026 | À la Une

Temps de lecture : 5 min

Brody Dalle n’a jamais eu besoin de dix albums pour marquer une génération. Une voix pareille, ça ne s’efface pas, même quand celle qui la porte disparaît des radars pendant des années. Retour sur une carrière qui a imposé son nom en référence pour une pelletée de musiciennes.

 

Brody Dalle

 

Une gamine de Fitzroy qui n’allait jamais se taire

Avant d’être Brody Dalle, elle s’appelle Bree Robinson et grandit dans les quartiers populaires de Melbourne. À l’école catholique, elle collectionne les renvois plus vite que les bonnes notes. Très jeune, elle traverse des abus qu’elle évoquera publiquement par la suite, de cette épreuve naît une rage intérieure qu’on retrouve dans sa voix rauque, profonde et jamais gratuite, à travers chacun de ses textes. À 13 ans, elle empoigne une guitare au sein d’un collectif féministe et compose déjà ses premiers morceaux. Ses influences ? Hole, Bikini Kill, Babes In Toyland, des femmes qui hurlent avant elle et qui lui montrent que le punk n’a pas de genre imposé. Avec son premier groupe, Sourpuss, elle joue au festival Summersault. C’est là que Tim Armstrong, le leader de Rancid la remarque. À 18 ans elle s’installe à Los Angeles, l’épouse, et monte un nouveau projet : The Distillers. On est en 1998, et la scène punk californienne n’a pas encore compris ce qui allait lui tomber dessus.

 

 

Trois albums, une seule voix

Le premier disque, sobrement intitulé The Distillers (2000), porte encore l’empreinte sonore de Rancid : logique, la famille Hellcat Records veille. Mais le charisme et la voix de Brody s’impose déjà : râpeuse, frontale, sans une once de politesse. Avec Sing Sing Death House (2002), le groupe trouve enfin sa propre identité. Plus personnel, plus politique, l’album installe The Distillers sur la carte du punk américain et leur offre un vrai passage sur MTV.

Puis vient le petit bijou Coral Fang (2003) qui les lance au sommet. Un disque plus mélodique, plus complexe mais toujours aussi viscéral, Brody s’autorise à être chanteuse autant qu’hurleuse. C’est aussi l’époque où son mariage avec Tim Armstrong s’effondre, et où elle rencontre Josh Homme, leader des Queens of the Stone Age. Un mariage qui va durablement infuser sa musique d’accents plus stoner, perceptibles dès la fin de Coral Fang puis pleinement assumés avec son projet suivant Spinnerette. Petite anecdote qui en dit long sur son rapport aux conventions : la pochette originale de Coral Fang, une Jésus au féminin crucifiée, a fait bondir certains distributeurs américains au point qu’une version alternative avec des animaux mignons a dû être proposée. Le message était clair : elle ne demandait la permission à personne.

 

coral fang the distillers

 

Une seule permanente au milieu du chaos

Batteurs, guitaristes, bassistes : les line-up changent à quasiment chaque album. Une seule chose ne bouge jamais : Brody Dalle elle-même, seule membre permanente du groupe de sa création jusqu’à la séparation en 2006. Dans une scène punk qui dévore ses groupes en quelques mois, tenir huit ans sur ses seules épaules artistiques, ce n’est pas un détail.

Après Distillers

En 2007, Brody lance Spinnerette avec Alain Johannes et Jack Irons (oui, l’ancien batteur des Red Hot Chili Peppers et de Pearl Jam) : un virage plus stoner, plus pop, moins formaté que ce que le nom de The Distillers laissait attendre. L’album ne rencontre pas le succès commercial espéré, mais il prouve une chose essentielle : Brody Dalle a une palette bien plus large que le punk pur et dur. En 2014, elle revient en solo avec Diploid Love, où elle invite Shirley Manson (Garbage), Emily Kokal (Warpaint) et Nick Valensi (The Strokes). L’album confirme ce que Spinnerette avait amorcé : une autrice complète, capable de faire évoluer son son sans jamais renier sa colonne vertébrale punk.

 

distillers.jpg

 

Une histoire de fidélité plus forte que le temps

En 2018, The Distillers se reforme, et pas avec des remplaçants : Brody Dalle retrouve exactement les musiciens de Coral Fang, Tony Bevilacqua à la guitare, resté à ses côtés à travers Spinnerette et bien au-delà, Andy Granelli à la batterie, Ryan Sinn à la basse, revenu après des années passées chez Angels & Airwaves. Douze ans après la séparation, les quatre remontent sur scène dans la même configuration qu’à l’époque de Coral Fang. Le groupe sort deux titres, retourne en tournée et annonce un nouvel album, présenté par Brody elle-même comme un disque destiné à surpasser Coral Fang. C’était il y a plus de six ans. Depuis, quelques concerts au compte-gouttes, un festival annulé et toujours aucune date de sortie à l’horizon. L’album le plus attendu du comeback punk des années 2020 reste, pour l’instant, une promesse suspendue.

 

brody dalle

 

Le silence, et ce qu’il ne doit pas faire oublier

Depuis un divorce et une bataille pour la garde de ses enfants aussi médiatisée que douloureuse, Brody s’est sobrement effacée de la scène. De notre côté, peu importe que cet album se fasse toujours attendre : Brody Dalle n’a jamais eu besoin d’un disque de plus pour prouver ce qu’elle a déjà accompli. Ce qui est sûr, c’est que le jour où le retour se confirmera pour de bon, on sera là et en attendant, on remet Coral Fang dans les oreilles et on continue de la citer comme référence dans toutes les histoires qui ont marqué le punk féminin des 00’s.

 

Youtube Brody Dalle @iambrodydalle

Youtube The Distillers @TheDistillers