Tendre sans être naïf, Basement revient en 2026 avec Wired, huit ans après Beside Myself. Entre-temps, le groupe est devenu une référence quasi culte de la scène emo moderne, capable de disparaître pour mieux réapparaître au moment exact où l’on ne les attend plus. Avec ce nouvel album, les Anglais confirment leur statut singulier : celui d’un groupe qui a toujours préféré le recul à la surexposition, et qui transforme aujourd’hui cette retenue en une forme d’évidence lumineuse.

Pour Basement, chaque disparition agit presque comme une chambre d’écho. Plus le silence dure, plus le groupe devient important. Après la parenthèse qui avait suivi Colourmeinkindness en 2012, leur retour avec Promise Everything en 2016 avait déjà changé quelque chose : Basement n’était plus simplement un groupe apprécié de la scène emo, mais une formation devenue refuge. Comme si leurs absences permettaient à leurs chansons de continuer à vivre sans eux, de grandir dans les écouteurs de ceux qui en avaient besoin. Alors forcément, une question revient : est-ce une façon de se faire désirer ou simplement une manière de prendre du recul dans un monde qui exige de produire sans sortir la tête de l’eau ? Chez Basement, le retrait n’a jamais ressemblé à une stratégie marketing, plutôt à un réflexe profondément humain, celui d’écrire son identité en disparaissant parfois du décor, en refusant simplement d’être prisonniers de ce qu’on attend d’eux.
Aujourd’hui, huit ans après Beside Myself, le groupe revient avec Wired et il n’a jamais semblé aussi grand. Désormais quasi culte pour toute une génération d’emo kids, les Anglais s’apprêtent à assurer pour la deuxième fois en trois ans la tête d’affiche du mythique Outbreak Festival. Une trajectoire presque glorieuse pour un groupe qui n’a jamais vraiment cherché la lumière.
Même si “Time Waster” ouvre superbement le disque, “Deadweight” en constitue le premier véritable uppercut. Brut, sombre (ce qui dénote un peu dans le disque) et profondément mélodique, le morceau résume tout ce que Basement sait faire lorsqu’il laisse parler sa colère et se montre ronchon. Si “Broken By Design” vient calmer le jeu, comme une éclaircie, “Pick Up The Pieces”, lui, remet du mouvement dans les jambes avec son refrain imparable, porté par un duo basse/batterie mis au premier plan. Comme si The Hives avaient décidé de faire un disque emo entre un pack de Carlsberg Sverige et le spleen existentiel qu’on traîne sous le ciel capricieux d’Ipswich.. Rock on boys, en chialant un petit peu tout de même.

Globalement, ce retour de Basement est marqué par quelque chose d’assez inédit, une sensation d’ouverture. Là où leurs précédents albums regardaient souvent leurs pieds, Wired relève doucement la tête. Sans devenir euphorique, le disque paraît moins enfermé dans sa propre tristesse et c’est peut-être là sa plus grande réussite, le groupe semble accepter que grandir ne signifie pas forcément trahir ce qu’on était. Il y a dans Wired une mélancolie adulte, moins romantisée, moins autodestructrice aussi. Une mélancolie qui refuse de sombrer dans le misérabilisme, préférant la tendresse aux grands effondrements. Celle de gens qui continuent à douter, mais qui apprennent doucement à faire la paix avec eux-mêmes.
“Embrace”, probablement le plus beau morceau du disque, illustre parfaitement cet équilibre. Ses voix plaintives superbement posées, et cette maîtrise désarmante presque évidente montrent un groupe totalement en confiance avec son art. Une musique à la fois puissante et fragile, tendre sans être naïve. Un peu plus loin, “Sever” remet de l’urgence dans les veines sans jamais sacrifier les mélodies. Toujours ce même sens du refrain qui reste collé au cœur.
Si Wired n’est pas l’album des grandes expérimentations, Basement s’autorise quand même quelques détours inattendus. “Head Alight”, avec ses textures pleines de réverbération, prouve que le groupe s’amuse encore et refuse de tourner en rond. Et si ce n’est pas l’album de la maturité (il serait d’ailleurs temps d’enterrer cette étiquette), c’est au moins celui de l’ouverture, voire même de l’apaisement. Derrière son apparente nostalgie, Wired regarde finalement vers quelque chose de beaucoup plus lumineux. Peut-être est-ce simplement l’âge, peut-être qu’après avoir longtemps écrit des chansons pour survivre, Basement écrit désormais aussi pour respirer.
Le guitariste Alex Henery résume d’ailleurs parfaitement cette évolution lorsqu’il confie : “I never thought Basement could sound like this, but in my head, it’s what I’ve always wanted Basement to sound like.” — “Je n’aurais jamais pensé que Basement pourrait sonner comme ça. Pourtant, dans ma tête, c’est exactement ce que j’ai toujours voulu que Basement devienne.” Une magnifique façon d’avancer sans se trahir. Continuer à tendre la main à ceux qui découvrent encore le groupe aujourd’hui, tout en restant fidèle à cette capacité unique de transformer l’urgence en émotion pure, les blessures en élans mélodiques et la mélancolie en refrains fédérateurs.
Pas de doute qu’en 2026, Basement touche encore droit au cœur. Peut-être même davantage qu’avant. Parce que les grandes retrouvailles arrivent rarement quand on les attend, mais souvent au moment où l’on commençait doucement à manquer d’air.

crédit – Jake Foote
Wired est sorti le 8 mai 2026 sur Run For Cover Records
Style : Post-hardcore apaisé
Tracklist:
1. Time Waster
2. WIRED
3. Deadweight
4. Broken By Design
5. Pick Up The Pieces
6. Embrace
7. Sever
8. The Way I Feel
9. Satisfy
10. Head Alight
11. Longshot
12. Summer’s End
Bandcamp : basement.bandcamp.com
Instagram : @basementuk
Tumblr : basementuk.tumblr.com






