Une pointe de terre. La mer tout autour. Du bleu au-dessus, du bleu en dessous, et au milieu deux scènes, des câbles, des amplis, des copains, des inconnus, des bières qui s’ouvrent et des guitares qui s’apprêtent à faire beaucoup de bruit.

Des groupes venus de loin, d’autres venus d’un peu moins loin, les retrouvailles avec ceux qu’on avait croisés ailleurs, les nouvelles têtes, les discussions qui commencent devant une scène et finissent quelque part au bord de l’eau. Ajouter le vent, le sel, les lumières qui changent avec l’heure et un principe finalement assez simple, celui d’organiser des concerts entre amis pour que des amis et des amis d’amis viennent à leur tour se faire des amis. Faire vivre un endroit paradisiaque pendant deux jours, mettre de la musique dedans et voir ce qui se passe.
Ce qui se passe, c’est beaucoup de bruit, beaucoup de rires, du sel sur la peau. Des groupes qui viennent nous secouer jusqu’à nous faire oublier l’heure. La mer qui reste là, tout autour, indifférente et magnifique. On est venus pour ça. Pour les bonnes raisons.
Et eux, les organisateurs du Festival de la mer, ont fait tout ça pour les mêmes raisons. Juste les bonnes raisons.
Clamm, une mignardise avant le festin
Ça commence par une mignardise. Avant même l’ouverture officielle du Festival de la mer, Clamm vient nous mettre en appétit. Les Australiens de Naarm (Melbourne pour les moins familiers de la géographie aborigène) ont posé leurs amplis dans un pub de Portsall, 100 % pur jus rock’n’roll, à quelques centimètres de la mer.
On croit rêver. On est pourtant bien au bout du monde et c’est justement ici qu’on trouve ce qu’on n’aurait peut-être jamais imaginé y chercher.
Clamm livre un set fiévreux, tendu et habité. Quelque chose de moite et de nerveux se dégage de leur musique, comme si la chaleur australienne avait traversé la moitié du globe pour venir s’échouer sur les côtes du Finistère. Un avant gout de canicule, parfaitement supportable pour autant. Une entrée en matière idéale, avant même que le festival ne commence, les corps sont déjà un peu plus près de la scène et les oreilles, elles, définitivement réveillées.

Clamm
Puis le lendemain, le Festival de la mer commence vraiment. On découvre le lieu. Une pointe de terre, de l’eau surtout. D’aucuns diraient aussi de la bière, mais pas pour nous : on reste professionnels. La première promesse du festival était pourtant claire : ici, la mer serait partout. Force est de constater qu’on ne nous a pas menti. Mieux encore, on nous a respectés.
L’eau entoure le site comme pour le border, lui donner ses limites et nous rappeler qu’ici, tout semble calme, du moins en apparence. Parce qu’ici, le calme n’est jamais qu’une surface, dessous, ça remue déjà. Parce qu’il suffit d’un riff pour fendre la surface, d’une caisse claire pour faire monter la houle ou d’un chanteur pour déchaîner ce qui dormait sous l’eau.
Frenzee, le homard sort des rochers
Tout commence avec Frenzee ! Les Australo-Créto-Grecs, un improbable triangle des Bermudes culturel formé entre l’Australie, la Crète et la Grèce, lancent les hostilités avec leur punk hardcore’n’roll survolté. Coupables d’un premier album complètement dingue (What’s Wrong With Me, 2024), ils viennent surtout prouver que l’incendie n’était pas qu’un feu de paille.
Il ne faut pas longtemps pour que la température monte. Leur musique déboule sans demander la permission, avec cette manière bien à elle de mélanger la brutalité du hardcore, le nerf du punk et un goût certain pour le rock’n’roll qui tâche. Les oreilles encore fraîches n’ont pas vraiment le temps de comprendre ce qui leur arrive : elles sont réveillées d’un coup, comme un homard qu’on sortirait brusquement de son sommeil entre deux rochers.

Frenzee
Arrivent ensuite les Cosmic Psychos. La première question qui nous traverse l’esprit en les voyant monter sur scène avec leurs instruments est assez simple : sont-ils vraiment bourrés ou font-ils semblant ?
La suite du concert apportera une réponse assez convaincante. Malgré une excellente maîtrise des éléments, ils sont bel et bien complètement arrachés. La première phrase adressée au public est d’ailleurs prononcée les lèvres et les dents collées au micro : « Oh shit, I’m drunk again. »
Le décor est planté. S’ensuit un set droit comme une ligne de bière renversée savamment, bruyant, crasseux et furieusement énergique. Ca joue fort, très fort, on suppose que leur ingé son doit être sourd comme un pot. Les Cosmic Psychos en profite et jouent comme s’ils avaient depuis longtemps renoncé à l’idée de se tenir correctement en société. Le guitariste, la gueule grande ouverte, l’air hagard, avec cette dégaine du type qui n’en a absolument plus rien à foutre de rien, ne la refermera qu’une seule fois, et ce sera pour y coincer sa clope du bout des lèvres.
Public House, punk sans laisse

Public House
Sur l’autre scène, Public House ne sont pas vraiment venus nous demander la permission nonplus. Le punk australien débarque à pleine vitesse, riffs hurlants, batterie en surchauffe et énergie de sale gosse, avec ce mélange de brutalité et de mélodie qui donne au groupe cette efficacité redoutable sur scène.
Au milieu de tout ça, le chanteur traverse la fosse, inlassablement, comme s’il avait perdu son portefeuille et qu’il le cherchait furibard. Chapeau de cowboy blanc vissé sur le crâne, il fend la foule, remonte, redescend, disparaît puis réapparaît quelques mètres plus loin. Une apparition complètement hallucinée au milieu d’un déluge de punk.
Public House joue vite et sans fioritures, et la fosse devient leur terrain de jeu. Une décharge de punk australien suffisamment vicieuse pour nous remettre immédiatement dans le bain, avec le genre de concert dont on ressort un peu plus sourd, un peu plus décoiffé et franchement content d’avoir été là.

Public House
Militarie Gun, le rêve américain au bord de l’eau
Le passage de Militarie Gun donne soudain au FDLM des airs d’Outbreak à la française. Tout est carré, précis, irréprochable. Une petite tranche d’Amérique débarquée sur cette pointe bretonne, avec ses guitares impeccables et ses refrains qui savent exactement où ils vont.

Brillant, le set l’est incontestablement. Mais après quelques morceaux, la foule commence doucement à se clairsemer. Je me tourne vers mon voisin de droite et le sonde. « C’est quand même bien plus commercial que le reste de l’affiche », me glisse-t-il. L’explication vaut ce qu’elle vaut, mais elle semble trouver quelques échos autour de nous. On entendra ici et là des comparaisons avec Blink-182 ou même Twenty One Pilots. Nous, on aura surtout apprécié ce set au cordeau, parfaitement maîtrisé, presque chirurgical dans son exécution. Une mécanique américaine bien huilée qui dénote forcément dans le grand élan de liberté océanique du FDLM, mais qui apporte justement un autre relief à l’affiche. Après les Cosmic Psychos et leur délicieux naufrage permanent, voilà un groupe qui semble avoir retrouvé le nord.

Militarie Gun
À noter, enfin, la présence dans le public du chanteur de High Vis, venu assister au concert dans son intégralité. Comme quoi, même les Anglais avaient fait le déplacement pour voir ce que les Américains étaient venus foutre au bord de l’Atlantique.
Comme les vagues finissent toujours par nous ramener au rivage, les Australiens reviennent à leur tour secouer la pointe bretonne. DZ Deathrays poursuivent le combat et pas question de laisser les jambes se refroidir, leur musique file droit, cogne juste où il faut et transforme progressivement le public en masse mouvante.
Après le set de Militarie Gun, le contraste fait du bien. Ici, ça transpire davantage, la batterie pousse dans le dos et le dance-punk des Australiens trouve rapidement son chemin jusque dans les tripes. Rien que ça danse, rien que ça jump, on se rapproche de la scène et le festival reprend son mouvement de marée.
DZ Deathrays fait exactement ce qu’on attend d’eux, remettre tout le monde en ordre de bataille. Parce que la journée est loin d’être terminée et qu’une grosse vague se prépare à nous tomber dessus. High Vis arrive et quelque chose nous dit qu’on n’est pas tout à fait prêts.

DZ Deathrays on the beach
High Vis, la grande messe
S’il y a des chanteurs qui occupent une scène, Graham Sayle semble pouvoir la plier à sa volonté. Du bout des doigts, d’un regard, d’un mouvement de bras, il tient une foule entière en apesanteur. Il suffit qu’il ouvre la bouche pour que le vacarme lui appartienne.

Graham Sayle fait l’avion
Avec une voix qui n’est jamais simplement posée sur la musique mais qui semble sortir directement des tripes, râpeuse, fêlée, parfois au bord de la rupture. Sayle hurle, éructe, reprend son souffle et recommence, avec une intensité qui ne semble jamais devoir retomber. Entre deux morceaux, il prend pourtant le temps de parler. Pas pour meubler, ni pour jouer au gourou, il raconte, explique, partage. Quelques phrases suffisent pour toucher quelque chose de beaucoup plus profond que le simple enthousiasme d’un soir de festival. Il parle de ce qui nous rassemble, de ce qui nous fait tenir ensemble, et dans sa bouche ces mots ne sonnent jamais comme des slogans.
Frontal, généreux, précis sans jamais paraître calculé, leur post-punk puise autant dans la rage du hardcore que dans les mélodies les plus imparables. En live, tout semble prendre une autre dimension. Les guitares deviennent plus épaisses, la batterie plus lourde, les refrains plus grands que les morceaux eux-mêmes. Graham Sayle ne chante pas devant une foule : il chante avec elle, parfois contre elle, parfois pour elle. Et quand High Vis achève son set, on a cette sensation assez rare d’avoir assisté à quelque chose qui nous dépassait un peu. Un héros, en somme, qui n’a pas besoin de cape pour nous faire vivre à tous une expérience humaine unique. Il lui faut simplement un public pour faire vivre tout ça. Ça tombe bien : ce soir, nous sommes là, et nous faisons notre part du boulot à merveille. Bravo les gars.

High Vis
Trainfantome, le goût de l’eau salée
Pour clore cette soirée en beauté, et malgré la défection de Last Hounds, Trainfantome semble être le groupe parfait pour apaiser nos corps rincés par le sel et la brise marine. La scène est belle. Les lumières sont bleues, presque grises, grises comme Brest qu’on devine au loin. Et c’est pourtant de Lorient que nous vient le salut.
Mené par Olivier Le Tohic, le groupe brille devant un public qui n’attendait finalement qu’à être conquis par cette bande de slackers bretons. Ils débarquent avec une grande mélancolie, des riffs acérés et des mélodies qui tombent juste, sans jamais forcer leur effet. Quelque chose flotte dans l’air, une sensation familière, comme si les plus belles heures des années 90 venaient soudain de refaire surface sans avoir pris une ride.

trainfantome
On retrouve cette même sensation dans le reste de la soirée. Le goût du vrai, surtout. Celui qui ne cherche pas à se vendre plus gros qu’il n’est. Celui d’un concert où l’on transpire, où l’on boit des coups, où l’on parle à des inconnus comme si on les connaissait depuis toujours. Sans jouer les vieux cons, sans prétendre que tout était mieux avant : simplement le goût du bon, du simple, du nécessaire.
Le goût de l’eau salée sur les lèvres. Le goût des tasses qu’on boit jusqu’au fond. Le goût des amplis qui chauffent, des copains qu’on retrouve, de la nuit qui tombe doucement sur la pointe et cette drôle d’impression d’avoir été exactement là où il fallait être.

Deuxième jour, mêmes bouilles
Au second jour, on revoit des bouilles malines, des visages familiers, celles et ceux qu’on avait croisés quelques semaines plus tôt au très beau God Save The Kouign. Le genre de retrouvailles qui donnent rapidement au festival des airs de grande famille, sans les repas de Noël qui s’éternisent.
Broken Wall ouvre le bal de ce deuxième et dernier jour. Avec autant de hargne et de ferveur que lorsque nous les avions découverts, on ne boude évidemment pas notre plaisir. Le groupe est toujours aussi brillant, mais surtout, il donne cette impression réjouissante de ne jamais vouloir rester exactement là où on l’avait laissé.
Les morceaux se durcissent, le jeu gagne en assurance, les idées semblent se bousculer davantage. Les voir évoluer de jour en jour est un véritable régal : il y a chez Broken Wall cette envie palpable de pousser les murs, de ne pas se satisfaire de ce qui fonctionne déjà. Et pour un groupe aussi jeune, c’est probablement l’une des choses les plus exaltantes à observer.
Juste après, les Rouennais de Flying Blanket Mystery sortent l’artillerie lourde pour nous faire comprendre qu’aujourd’hui encore, on va en prendre plein la tronche. Le trio punk-rock garage ne nous épargne aucune salve : ça cogne, ça grince, ça déborde de partout, avec cette urgence un peu crasse qui donne aux meilleurs concerts leur goût de danger.
Pas le temps de reprendre son souffle, le trio avance sans jamais desserrer l’étau. C’est brut, nerveux, généreusement bordélique, mais toujours tenu par une vraie science du riff.
Shame, Tout Les Cris Les S.O.S.

Shame
Il est 21h et c’est au tour des Londoniens de Shame de rentrer dans la nuit. Façon de parler, car la nuit tombe toujours plus tard dans ce bout du monde. Charlie Steen harangue la foule, sapé comme jamais, puis retire ses lunettes le temps de la fixer intensément. Il cherche à savoir si elle est digne du barda qu’ils sont en train de lui mettre. Elle l’est, Charlie. Sois-en sûr.
À ses côtés, Josh, le bassiste, enchaîne les saltos, retombant plus ou moins élégamment, sur le dos, les fesses, les épaules, peu importe finalement, sans sembler en souffrir une seconde. Il repart aussitôt, porté par cette énergie absurde qui traverse tout le groupe.

Josh en plein salto
Parce que chez Shame, rien ne semble pouvoir enrayer la machine. Les compositions sont infaillibles, les morceaux font mouche et chaque coup porté par le groupe trouve son écho dans la foule. Tout va vite, tout déborde, tout revient. Et au milieu de ce vacarme, la mer continue son lent mouvement autour de nous, comme si elle se chargeait d’emporter au large les courbatures, les bleus et les dernières traces de fatigue. Les riffs, eux, nous ramènent inlassablement sur les rochers, projetés là comme des pierres d’étoiles après chaque vague.

Shame
This Will Destroy Your Ears, orangina bleu
C’est au tour du trio d’Hossegor This Will Destroy Your Ears de nous récupérer exsangues pour nous rendre transis, non pas de froid ni de peur, mais véritablement d’amour pour leur indie rock sauce post-punk psyché, très intérieur, lui aussi baigné de bleu. On succombe aux mélodies, aux effluves shoegaze et au micro HF du chanteur, qui nous entraîne à son gré dans les méandres de leur musique. La scène se transforme peu à peu comme suspendue entre deux eaux, et nous avec.
Ce festival a décidément un goût d’onirisme. TWDYE nous laisse rêveurs dans nos petites bulles, secoués juste ce qu’il faut pour ne jamais tout à fait retomber. On flotte, on tangue, on dérive un peu, jusqu’au trouble, jamais jusqu’à la crue.

This Will Destroy Your Ears
À peine le coup de massue de l’annulation de Ditz digéré (les malheureux ayant vu leurs passeports confisqués aux États-Unis), on se retrouve devant Servo pour subir une nouvelle dérouillée. Post-punk, furieuse et abrasive. Froide et frontale, c’est une douche qui nous tombe dessus sans prévenir, comme si la mer elle-même avait décidé de nous rappeler qu’elle n’était jamais bien loin. Pourtant, pas une goutte ne tombe au-dessus de nos têtes. La nuit est tombée, le ciel est calme, presque indécent de douceur. Le temps est radieux, une aubaine en ces temps de fin du monde, où Servo semble avoir décidé de tenir la bande-son. Remplacer Ditz au pied levé n’est pas une mince affaire. Servo s’en charge pourtant sans trembler. Au bout de quelques secondes, Ditz est déjà loin, très loin, et toujours sans passeports.

Servo
Bureau de Change, ou la dernière tempête
Pour finir de nous achever, toujours dans une veine post-punk mais passablement plus énervée, Bureau de Change viendra clouer le cercueil de cette édition franchement réussie. Plus question de ménager les quelques forces qu’il nous reste, le groupe attaque, tend ses guitares jusqu’au point de rupture et nous laisse à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive.
Tout avait commencé avec la mer. Tout finit avec elle aussi. Et elle ne nous aura pas déçus. Pendant deux jours, on en aura vu de tous les vents, pris des embruns en pleine figure, dérivé entre les riffs, les mélodies, les copains et les inconnus avec qui l’on finit par trinquer le temps d’un concert.
Et lorsque les derniers accords de Bureau de Change se perdent dans la nuit, il ne reste plus grand-chose à faire sinon regarder une dernière fois l’horizon. Puis rentrer, rincés, salés, un peu sourds. Mais sacrément heureux d’avoir pris la mer, en pleine tronche.
D’année en année, on aura vu la programmation du Festival de la mer s’étoffer, s’affiner, gagner en ampleur sans jamais céder à la tentation du gigantisme. Les noms grandissent, les concerts gagnent en envergure, mais le festival, lui, reste à taille humaine. Une petite jauge, un bout de terre, quelques scènes et suffisamment d’espace pour circuler, se croiser, s’arrêter, repartir et finir par se retrouver.
Ici, on finit forcément par connaître quelqu’un. Ou par reconnaître quelqu’un. Celui qu’on avait croisé la veille, celui qu’on avait vu au God Save The Kouign, celui avec qui on vient de parler cinq minutes et qu’on recroisera probablement devant la prochaine scène. Les visages reviennent, les discussions reprennent là où elles s’étaient arrêtées, de nouvelles histoires commencent. On se rencontre, on se retrouve, on crée du lien. Et c’est surement ça que le Festival de la mer fait de plus précieux. Il ne se contente pas d’aligner des concerts. Il fabrique des moments, des souvenirs, des soirées dont on se souviendra longtemps.
À mesure que les festivals grossissent, s’avalent les uns les autres et se dévorent dans une course absurde à la grandeur, comme si devenir plus gros était devenu la seule manière d’être important, donc réussi, le Festival de la mer choisit l’inverse. Il reste libre, a portée de voix, de verre levé. C’est un festival rare, finalement. Rare parce qu’il ne cherche pas à devenir autre chose que ce qu’il est.
Deux jours au bord de l’eau, du bruit plein les oreilles, du sel sur la peau et des gens avec qui partager tout ça. Les bonnes raisons, en somme.
Site Officiel : festivaldelamer.com
High Vis : highvisuk.com
Shame : www.shame.world





