4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Depuis l’annonce de The Wow Signal, le récit s’est imposé presque naturellement : Muse serait enfin revenu à ses débuts. Une lecture séduisante, mais réductrice. Car si le trio renoue effectivement avec des guitares plus offensives et une énergie plus directe, il ne retrouve ni la nervosité de Showbiz, ni les ruptures imprévisibles d’Origin of Symmetry, ni la noirceur d’Absolution. En revanche, il retrouve quelque chose de peut-être plus important : la conviction. S’agirait-il alors d’un retour aux sources ? Pas vraiment. Le retour de la confiance, certainement.

Pendant plusieurs albums, Muse semblait vouloir se réinventer à tout prix. Pop, électro, synthwave, metal… chaque disque ajoutait une nouvelle couche à un millefeuille déjà bien garni, parfois avec de bons sentiments, parfois avec la délicatesse d’un bulldozer sur un parking à Vélib’. The Wow Signal met un terme à cette fuite en avant. Matt Bellamy, Dominic Howard et Chris Wolstenholme ne cherchent plus à prouver qu’ils peuvent tout faire. Ils cherchent simplement à faire du Muse et enfin la mayonnaise (re)prend.
« The Dark Forest » ouvre les hostilités avec une élégance prog-metal tout à fait bellamyesque. Le morceau rappelle que Muse reste l’un des rares groupes capables de transformer un thème cosmologique en hymne de festival. À ce stade, Matt Bellamy ne chante plus des refrains. Il lance des satellites et nous n’en finissons plus de tourner si l’on en croit la maxime d’Audiard.
Puis vient le dua-lipesque « Nightshift Superstar », qui apporte une respiration disco-pop avant que Muse ne replonge dans ses obsessions cosmiques. Une parenthèse dansante qui évite au disque de s’enfermer dans le tout-à-l’ego-rock, sans jamais perdre ce sens du spectaculaire qui caractérise le groupe depuis ses débuts.
Le très Queen-compatible « Cryogen » assume ensuite son goût du gigantisme sans jamais chercher à s’en excuser. Il semblerait bien que chez Muse, la subtilité ait quitté le vaisseau depuis vingt-cinq ans et que la finesse soit devenue une vieille connaissance qu’on invite rarement à dîner. Tout est grandiloquent, presque pompier et finalement, c’est tant mieux. Plus loin, « Hexagons » flirte avec un Pink Floyd sous stéroïdes, tandis que « Unravelling » remet une pièce dans le juke-box djentesque, comme pour rappeler que Muse sait toujours faire aussi bien parler les amplis que les synthétiseurs 80’s.
Muse continue de faire du Muse comme Tarantino fait du Tarantino : on reconnaît la patte en trois secondes. À force de vouloir surprendre tout le monde, Muse semblait parfois s’être oublié lui-même. The Wow Signal donne l’impression inverse : celle d’un groupe qui cesse enfin de se demander ce qu’il devrait être pour assumer pleinement ce qu’il est. Cet album n’essaie jamais d’être cool, il préfère être spectaculaire. Et c’est finalement beaucoup plus rare en 2026 qu’on ne veut bien l’admettre.
Évidemment, ceux qui rêvaient de retrouver la spontanéité fébrile de Showbiz ou les vertiges d’Origin of Symmetry risquent de rester sur leur faim. Muse ne réécrit pas son histoire et il ne cherche même plus à le faire. Il avance avec l’assurance d’un groupe qui sait exactement ce qu’il est devenu. On pourra toujours regretter une certaine prévisibilité, quelques mélodies qui semblent privilégier l’efficacité à la surprise ou une production qui ne connaît pas une once de simplicité ou de minimalisme, mais on n’est pas là pour ça et reprocher à Muse d’en faire trop revient un peu à reprocher à un film de science-fiction d’avoir des vaisseaux spatiaux.
Le véritable retour de Muse n’est donc pas celui des années 2000. C’est celui d’un groupe qui a retrouvé le plaisir d’être excessif sans avoir besoin de se justifier. Vingt-cinq ans après avoir été comparé – souvent à tort – à Radiohead, Bellamy et ses acolytes ne cherchent plus à convaincre ceux qui sont descendus du train depuis longtemps. Ils jouent pour ceux qui aiment encore les refrains gigantesques, les concepts improbables et les albums qui refusent obstinément de rentrer dans une case.
The Wow Signal n’est peut-être pas le retour aux sources que certains décrivent. En revanche, c’est le retour d’un groupe qui a cessé de courir après la nouveauté pour embrasser pleinement sa propre mythologie. Et c’est exactement ce qu’on attend de Muse.
The Wow! Signal est sorti le 26 juin chez Warner
Style : Blockbuster Rock
Site officiel : www.muse.mu
Instagram : museband
Youtube : muse
Tracklist :
- The Dark Forest – 5:15
- Nightshift Superstar – 4:07
- Shimmering Scars – 4:28
- Cryogen – 5:01
- Be With You – 3:35
- Hexagons – 5:26
- The Sickness In You & I – 4:17
- Unravelling – 3:58
- Hush (feat. Ellie Goulding) – 3:55
- Space Debris – 5:23





