De Delhi au Hellfest, Bloodywood a fait exploser les frontières du metal avec un dhol et une idée simple : rassembler les gens. Entre humour, rage et humanité, le groupe transforme chaque riff en cri du cœur. Rencontre à Paris avec Raul, voix et conscience du groupe indien qui veut changer le monde… une chanson à la fois. Il nous parle de musique, de famille et de cette conviction qui brûle sous chaque note : le metal peut sauver des vies.

Bloodywood
Caro (Rock Sound) : Il fait un temps magnifique à Paris aujourd’hui !
Raul (Bloodywood) : J’adore ce temps. À chaque fois qu’on vient ici, c’est pour quelques heures seulement, alors on profite à fond.
Caro (Rock Sound) : Tu as de la chance, la semaine dernière c’était froid et pluvieux.
Raul (Bloodywood) : Oui, on a eu ça en Suisse aussi. La première fois qu’on y est allés, tout ressemblait à un fond d’écran Windows : ciel bleu, air pur, paysages parfaits. Et puis, soudain, tout est devenu gris et industriel, comme une banlieue anglaise. Mais bon, on ne peut pas tout avoir ! Aujourd’hui, Paris est radieuse, et ça nous rend heureux.
Caro (Rock Sound) : Et demain, le concert !
Raul (Bloodywood) : Oui, au Bataclan ! On m’a dit que c’était une salle magique. Je ne l’ai pas encore vue, mais j’ai hâte.
Caro (Rock Sound) : Ce n’est pas votre première fois à Paris, si ?
Raul (Bloodywood) : Non, c’est la troisième. La première fois, c’était en 2019. On nous avait prévenus : “Ne vous attendez pas à grand monde dans les clubs, parfois il n’y a que dix ou vingt personnes.” Et notre premier concert était complet. Tout s’est vendu petit à petit, mais Paris reste un souvenir fort : c’était la première fois qu’on voyait une file d’attente devant la salle, des gens venus de toute la France juste pour nous voir.
Caro (Rock Sound) : Ils étaient là pour vous.
Raul (Bloodywood) : Oui, et c’était fou. À la fin du concert, tout le groupe a fait du crowd surfing ensemble ! Une nuit magique. Depuis, chaque show ici est complet, et l’énergie du public français est unique. Hellfest, par exemple, reste un souvenir incroyable : 50 000 personnes, bruyantes, physiques, vivantes. Ce genre de foule te pousse à un niveau qu’aucune répétition ne peut atteindre.
Le groupe est né en 2016, quand Karan et Jayant ont décidé de faire des reprises de tubes pop… en version metal.
Caro (Rock Sound) : En France, on connaît l’Inde pour sa culture, son architecture, sa cuisine… mais pas encore pour le metal. Quelle est l’histoire de Bloodywood ?
Raul (Bloodywood) : Le groupe est né en 2016, quand Karan et Jayant ont décidé de faire des reprises de tubes pop… en version metal.
Caro (Rock Sound) : Oui, c’était plutôt humoristique au départ.
Raul (Bloodywood) : Exactement, mais c’était aussi stratégique. Ils ont un super sens de l’humour, mais l’idée était de tester des sons et de construire une audience. Quand Karan a ajouté le dhol — la percussion indienne — sur une reprise de chanson punjabi, la réaction a été énorme. Même Punjabi MC, le créateur du morceau, a partagé la vidéo ! Ensuite, Karan et moi nous sommes rencontrés, et on a fait Ari Ari, où j’ai apporté la touche hip-hop et la flûte. Ce morceau a explosé en ligne.
Caro (Rock Sound) : Il y a une vraie scène metal en Inde ?
Raul (Bloodywood) : Oui, mais elle est minuscule. On dit qu’il y a environ 10 000 metalheads dans tout le pays ! C’est une communauté très soudée, presque familiale. Tout le monde se connaît, tout le monde se soutient. Notre pote Sahil, alias Demon Stealer, est considéré comme le premier metalhead du pays. Il joue avec Demonic Resurrection et nous accompagne sur cette tournée. Aujourd’hui, on voit des jeunes venir nous dire qu’ils montent des groupes parce qu’ils nous ont vus. C’est fou. On joue aussi dans des festivals universitaires pour faire découvrir le metal à ceux qui n’y ont jamais touché.

Bloodywood
Caro (Rock Sound) : Et musicalement, quelles sont vos influences ?
Raul (Bloodywood) : Pour le groupe, c’est clairement Linkin Park. On a tous des goûts différents, mais c’est notre point commun. Ils ont fusionné hip-hop et metal d’une manière parfaite. Personnellement, j’ai grandi avec Linkin Park, Limp Bizkit, Rage Against The Machine, System Of A Down… Je suis un pur gars du nu metal. Plus je plonge dans la culture metal, plus je découvre des sons lourds, mais mes racines restent là.
Quand Karan a ajouté le dhol sur une reprise de chanson punjabi, la réaction a été énorme.
Caro (Rock Sound) : Vous avez commencé avec des reprises fun, et maintenant vos morceaux abordent des sujets forts comme la dépression ou la violence. C’était important pour vous de dire quelque chose ?
Raul (Bloodywood) : Oui, même si au départ, on n’en parlait pas vraiment. Les premières reprises servaient à construire une audience et à s’amuser. Puis Karan a découvert que le dhol indien se mariait parfaitement avec les guitares saturées. Ce mélange a créé une vraie réaction. Quand on a fait Ari Ari, on a ajouté le hip-hop, la flûte, et surtout un message : “Malgré nos différences, nous sommes un.” C’était une idée simple, mais puissante. Et le morceau a explosé.
Caro (Rock Sound) : Et ensuite, vous avez sorti G.V. Rape, sur la dépression.
Raul (Bloodywood) : Oui. On voulait aller plus loin, faire quelque chose d’utile. On a mis en place un code dans le clip pour offrir des séances de soutien psychologique gratuites à ceux qui en avaient besoin. La réaction a été bouleversante. Des gens nous ont écrit pour dire que la chanson les avait empêchés de mettre fin à leurs jours. C’est impossible à imaginer… mais c’est réel. Et ça nous a donné une foi absolue dans le pouvoir de la musique.
Caro (Rock Sound) : C’est une démarche rare !
Raul (Bloodywood) : Oui, mais pour nous, c’est essentiel. Ari Ari rassemblait les gens, G.V. Rape les aidait à se relever. Ces deux morceaux ont défini notre mission : utiliser la musique pour faire une différence. Depuis, tout ce qu’on fait — chaque concert, chaque clip — vise à provoquer une émotion assez forte pour pousser les gens à agir. On ne dit rien que le monde ne sache déjà, mais on le dit avec nos tripes.
« On veut partager notre culture, mais surtout laisser une trace positive dans le monde”
Caro (Rock Sound) : Est-ce important pour vous de faire rayonner la culture indienne dans le metal, ou plutôt d’apporter une vision indienne au monde ?
Raul (Bloodywood) : Les deux. On ne s’est jamais dit “on va exporter l’Inde”, mais c’est naturel : c’est qui on est. On veut partager notre culture, oui, mais surtout s’en servir pour parler de sujets universels. La dépression, les agressions sexuelles… ce sont des problèmes énormes en Inde, mais aussi partout ailleurs. Si notre culture peut aider à faire passer un message, tant mieux. Le but, c’est d’avoir un impact positif sur le monde.

Bloodywood
Caro (Rock Sound) : L’Inde est aussi un pays très attaché aux traditions et à la famille. Est-ce que c’est difficile de suivre sa propre voie ?
Raul (Bloodywood) : (Il sourit) Tu sais pourquoi Numb de Linkin Park est un tube en Inde ? Parce que tout le monde s’y reconnaît. Oui, la famille est centrale, et beaucoup de jeunes doivent suivre le chemin que leurs parents ont choisi. Mais les choses changent. Dans le groupe, certains ont des parents ultra‑encourageants, d’autres plus prudents : “Essaye, mais garde un plan B.” Moi, j’ai eu de la chance : mes parents m’ont dit “Fais-le, termine ton diplôme, et on finance ton premier album.” C’est énorme.
Caro (Rock Sound) : Tu penses que cette mentalité évolue ?
Raul (Bloodywood) : Oui, beaucoup. Il y a un film qui a vraiment marqué les esprits : 3 Idiots. Il raconte l’histoire d’étudiants forcés de devenir ingénieurs parce que leurs familles l’exigent, et d’un gars qui leur apprend à suivre leur passion. Ce film a changé la façon dont les parents voient les rêves de leurs enfants. Et puis, le monde devient plus ouvert, plus progressiste. Les mentalités bougent, lentement mais sûrement.
“Sur scène, je sais que je suis exactement là où je dois être”
Caro (Rock Sound) : Et ton plus beau souvenir jusqu’ici ? Le Hellfest ?
Raul (Bloodywood) : Hellfest est clairement dans le top. Mais plus qu’un moment précis, c’est une sensation. Quand je suis sur scène et que je sens que tout est à sa place — que je fais exactement ce que je suis censé faire — c’est indescriptible. Mon âme est en feu. C’est un privilège rare, et je ne le prends pas à la légère. On a encore tellement à accomplir… mais je sais que cette flamme restera jusqu’à la fin.
Caro (Rock Sound) : Merci pour cette interview, j’espère vous voir sur scène très vite !
Raul (Bloodywood) : Merci à toi et à Rock Sound de nous suivre et à très bientôt !
Et comme Raul l’avait prédit, Bloodywood revient au Hellfest 2026 pour un set qui promet d’être brûlant. Entre puissance, message et communion, le groupe indien s’apprête à faire trembler Clisson… une fois de plus.
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Une interview de Caro @Zi.only.Caro qui repart dans les flammes du Hellfest, au plus près du live et des groupes !
L’album de Bloodywood Nu Delhi est déjà disponible !
@bloodywood est sur Instagram

Bloodywood

Bloodywood photo François Capdeville

Bloodywood

Bloodywood photo François Capdeville





