Dust In Mind – HCNO

par | 5 Mai 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

Dust In Mind entre aujourd’hui dans une zone de turbulence qu’ils semblent totalement maîtriser. Le climat se resserre, s’alourdit, gagne en matière. Le groupe y déploie un metal plus sombre, plus physique, presque palpable, où chaque impact semble avoir un poids réel. Un nouveau chapitre s’ouvre, tendu comme un ciel avant l’orage.

DUST IN MIND HCNO cover 1 1

Le baromètre est déjà dans le rouge quand HCNO commence. Pas de montée progressive, pas de ciel qui se couvre doucement : on est directement dans la cellule orageuse. Dust In Mind ne sont pas du genre a prévenir. Pas du genre à prendre des pincettes non plus. Il déclenche une perturbation initiale, presque invisible, et puis tout s’emballe, comme dans ces états où une pensée suffit à contaminer l’ensemble d’un système qu’il soit technologique climatique ou neurologique

“Downfall” pose ainsi le diagnostic. Les structures mutent en permanence, refusent la ligne droite, bifurquent sans prévenir. Nous sommes en terrain instable et tout cela rappelle moins un exercice de style qu’une forme de désorganisation interne, comme si la musique elle-même perdait volontairement ses repères pour mieux coller à ce qu’elle raconte. La dérive d’Un esprit qui tangue, qui cherche une issue sans jamais vraiment la trouver. Et pourtant c’est bien d’issue qu’il est question quand les melodies salvatrice surgissent des couplets destructeurs.

Pourtant encore, tout est d’une précision chirurgicale. HCNO fonctionne comme une réaction en chaîne. Stimulus, décharge et propagation. Les couplets s’enfoncent dans quelque chose de dense, presque toxique, et puis les refrains arrivent, non pas comme une solution, mais comme une libération chimique. Sur “My Way”, la mélodie ne répare rien, elle fracture autrement. Elle ouvre et force une respiration concise, parfois succincte mais vitale.

S’il y a une logique qui traverse tout le disque, c’est celle qui pense que l’effondrement n’est jamais statique. “A Faded Star” en est l’exemple le plus frontal, ça cogne, ça insiste et ça refuse la résolution, comme une crise qui s’auto-alimente. À l’inverse, le morceau “HCNO” fait de la mélodie un vecteur d’urgence, presque un réflexe archaïque, tenir, coûte que coûte. Et sur “Unbreakable”, des textures proches du djent viennent structurer le chaos, comme si le cerveau tentait de remettre de l’ordre dans cette surcharge émotionnelle.

Forcément, certaines ombres planent. Korn n’est jamais très loin dans cette manière de faire groover la lourdeur, dans certaines inflexions qui évoquent Jonathan Davis. On pense aussi à Staind pour cette capacité à faire émerger des mélodies nettes au cœur d’un paysage saturé et torturé. Mais les réduire à ça serait passer à côté de l’essentiel. Ici les influences ne sont pas des béquilles mais bien des matières premières. Dust In Mind les digère, les compresse, et en ressort quelque chose de plus organique, de plus instable aussi.

Ce disque fait figure d’un état de siège intérieur. on sent l’isolement, ca suinte la fatigue, la perte de repères et chaque morceau agit comme un épisode : montée de tension, débordement, tentative de régulation. Pour qu’au final, et pour notre plus grand plaisir, rien ne soit parfaitement résolu. Les pensées reviennent, sédimentent et se superposent.

Pour sûr que ça ne va pas fort fort, que le moral n’est pas vraiment au beau fixe, mais pour sûr aussi que ça défoule. Si nous étions en médecine, on parlerait d’une tentative de régulation, d’un système qui encaisse, sature, puis cherche une voie de décharge pour éviter la rupture. une homéostasie précaire. quelque chose qui tient encore, mais de justesse. Mais bon nous on est pas médecins, on laisse ça à ceux qui facturent la demi-heure et nous on monte encore un peu le son pour ne plus trop s’entendre penser.

Ici, la violence circule, elle évite la stase. Elle empêche que tout se paralyse en bloc compact, en masse inerte. Elle remet du flux là où tout tend à se coaguler, comme si chaque riff, chaque cri, venait relancer une dynamique interne. Comme une manière de ne pas sombrer complètement autant dans l’inertie que dans la folie. Peut-être que l’exutoire ne sert pas simplement à aller mieux. Avec Dust In Mind, c’est continuer à bouger quand tout en nous voudrait se figer

Et c’est là que HCNO touche au plus près de l’os. Dans cette idée que la violence peut aussi être fonctionnelle, qu’elle sert à quelque chose. Pas à aller mieux, ce serait trop simple, mais à éviter la saturation complète, comme une soupape. Comme un système qui, à défaut d’être stable, refuse de s’effondrer complètement. Alors oui, le climat est hostile, le ciel constamment chargé, et la pression ne redescend jamais vraiment. Mais dans ce chaos, il y a une forme de mouvement. Comme une transformation en cours. HCNO ne calme pas la tempête, il la traverse, et nous avec.

 

HCNO est sorti le 24 avril 2026 chez Darktunes

Style : Metal moderne viscéral et tempétueux

Tracklist :

1. My Way 03:15
2. M.V.M.T.M.N 04:10
3. Downfall 03:43
4. A Faded Star 03:27
5. Unbreakable 03:28
6. T.I.M.E 03:45
7. HCNO 03:30
8. Who We Я 04:34
9. Hollow Figure 03:59

Bandcamp : Dust In Mind
Instagram : @dust_in_mind
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