The Rolling Stones – Foreign Tongues

par | 17 Juil 2026 | Chronique

Temps de lecture : 3 min

4/5  ⭐️⭐️⭐️⭐️  On les enterre depuis les sessions calamiteuses de Dirty Work, en 1985. Quarante ans plus tard, Mick Jagger et Keith Richards ont dépassé les quatre-vingts ans, Ronnie Wood les talonne, et Charlie Watts n’est plus là depuis 2021. Sur le papier, tout dit que Foreign Tongues devrait sentir la fin de partie. À l’écoute, c’est exactement l’inverse : voilà un disque de gamins turbulents, enregistré en moins d’un mois aux Metropolis Studios de Londres, comme si le groupe avait peur que le studio ferme avant la dernière prise.

The Rolling Stones Foreign Tongues

Trois ans à peine après Hackney Diamonds, les Stones remettent le couvert, leur rythme le plus rapide depuis des décennies. Andrew Watt est de nouveau aux manettes, et sa production léchée pourrait effrayer les puristes. Elle ne dénature rien. Elle dépoussière. Le son est gros, sale, direct, avec cette tension de groupe de bar toujours au bord de l’implosion qui fait le charme du gang depuis Edith Grove.

Un disque Insolent, jusqu’au bout

Les quatorze titres balaient tout le spectre Stones. Ça démarre pied au plancher avec Rough and Twisted, riff dévastateur, harmonica braillard de Jagger, Richards mixé à gauche, Wood à droite, façon duel de guitares à l’ancienne. In the Stars réveille le fantôme de Gimme Shelter sous une pulsation pop-rock lumineuse, Jagger constatant une époque malade avant de lancer son invitation à danser jusqu’à l’effondrement du toit. Insolent, jusqu’au bout.

Puis le disque respire. Jealous Lover ressort le falsetto soul d’Emotional Rescue, avec l’orgue de Steve Winwood qui vient napper le tout de velours. Ringing Hollow est peut-être le sommet caché de l’album : un country-swing post Gram Parsons, Jagger sur les routes américaines, entre nostalgie et lucidité. Et il faut entendre Some of Us, chantée par Keith : la voix tient à peine, et c’est justement ce qui la rend bouleversante. À cet âge, l’effort devient de l’émotion pure.

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Le dernier salut à Charlie

Le moment le plus fort reste Hit Me in the Head, qui embarque un ultime enregistrement de Charlie Watts capté peu avant sa disparition. Ce jeu sec, économe, chirurgical, qui a défini le son du groupe pendant près de soixante ans, résonne ici une dernière fois. Un adieu déguisé en rock’n’roll furieux.

Le carnet d’invités est fat : Paul McCartney à la basse, Robert Smith de The Cure, Chad Smith des Red Hot Chili Peppers, Benmont Tench des Heartbreakers, Bruno Mars planqué au cowbell. Certains sont quasi inaudibles, et alors ? Ils sont là pour se réchauffer à la lumière du monument, pas pour lui voler la vedette. Les stars du disque, ce sont bien les trois vieux lions.

The Rolling Stones Foreign Tongues review 1

Toujours capables de mordre le présent

Et puis il y a la plume. Jagger n’a pas rendu les armes politiquement. Sur Divine Intervention, l’un des grands moments de l’album porté par un solo bluesy de Wood, il croque les milliardaires qui filent se planquer dans leurs bunkers du ciel. Sur Covered in You, il vise les autocrates qui prolifèrent comme des rats. Sans jamais citer de nom, dans la lignée de Sweet Neo Con ou Street Fighting Man, il rappelle qu’un Stone qui voit une injustice n’a jamais su tenir sa langue.

L’album se referme comme il se doit : Jagger et Richards, amis depuis l’âge de cinq ans, retrouvés à la gare de Dartford un disque de Chuck Berry sous le bras, saluent leur maître avec une reprise dépouillée et acoustique de Beautiful Delilah. La boucle est bouclée. On y entend l’étincelle des débuts, intacte.

Verdict

Foreign Tongues ne réinvente pas Exile on Main Street et ne cherche pas à le faire. Il fait mieux que ça : il prouve qu’à plus de soixante ans de carrière, les Rolling Stones prennent encore un plaisir sincère à jouer ensemble, et que ce plaisir s’entend. Un disque généreux, varié, mordant, traversé par le fantôme de Charlie et l’énergie de gamins increvables.

Polydor/Universal, sorti le 10 juillet 2026