Le nouveau disque de THE HARA, The Fallout, sort le 23 janvier via Mascot Records. Saturé de catharsis et de tubes imparables, le trio mancunien transforme ses doutes et son subconscient en metalcore électrisant. À écouter avant de revenir au bureau, ou pour se rappeler pourquoi les lendemains de fête sont toujours aussi douloureux.

Entre Noël et le Jour de l’An, à la rédaction, on écoute des albums un peu n’importe comment, surtout comme on peut. Entre deux tops de fin d’année, des chocolats qui traînent et cette étrange sensation d’être déjà en retard sur janvier, on lance des disques pour soigner nos maux de crâne de lendemains de fêtes. The Fallout est arrivé comme ça, on n’a rien vu venir. Sans prévenir, et clairement sans se soucier de notre état général.
On est prêts à parier, sans trop s’avancer, que c’est le genre d’album qui va faire du dégât dans les rangs des jeunes âmes cabossées du rock, du metal, du metalcore et de leurs nombreuses ramifications plus ou moins fréquentables, celles qui ont grandi trop vite entre des playlists Sad Boy Core et un feed Instagram anxiogène qui ne nous laisse jamais vraiment de répit.
Dès les premières secondes, The Fallout annonce la couleur : c’est diablement efficace. Le genre de disque qui ne tergiverse pas, qui ne s’excuse pas, qui avance droit devant avec une conviction presque insolente. Le trio mancunien (Josh Taylor, Jack Kennedy, Zack Breen) signe ici un album écrit à l’instinct, pensé comme une extension naturelle de leurs live survoltés.
Musicalement, The Fallout est un un alliage de rock et de néo metal des plus modernes, The Fallout enchaîne les envolées electro-metalcore parmi les plus inspirées qu’on ait entendues depuis longtemps. Un soupçon de djent par-ci, une larmichette d’emo par-là, et des textures électroniques héritées du dubstep — ce territoire devenu indigeste à force d’abus et de recettes prémâchées — mais qui, ici, sonne étonnamment juste. Sur The System, par exemple, les drops électroniques ne sont jamais décoratifs : ils participent pleinement à la montée de tension, à cette sensation d’étouffement qui traverse l’album.
On pense à Korn sur Psycho Killer, pour cette lourdeur malsaine et cette manière de transformer la noirceur intérieure en groove poisseux. On pense évidemment à Bring Me The Horizon sur « Trophy ». Et pendant une demi-seconde, une pensée un peu absurde traverse l’esprit : à quoi ressemblerait le metalcore aujourd’hui si BMTH n’avait jamais existé ? Probablement à autre chose. Mais ce n’est pas le sujet. Le vrai sujet, c’est que THE HARA ne fait absolument pas pâle figure à côté d’un Sempiternal. The Fallout sonne comme un journal intime hurlé à pleins poumons, un exutoire transformé en machine à tubes. Et des tubes, il y en a une pelletée. À tel point qu’à la rédaction, une petite scène s’est imposée d’elle-même.
On lance l’album. « Trophy » démarre.
— “Ok, ça, c’est clairement le single.”
Puis arrive « Easier To Die ».
— “Ah non… en fait, c’est celui-ci le single.”
« Stay » débarque.
— “Bon, là, j’étais sûr de moi… mais non, c’est celui-là.”
Et ainsi de suite, piste après piste, jusqu’à abandonner toute tentative de hiérarchisation. The Fallout est une succession presque insolente de morceaux taillés pour rester en tête, portés par des mélodies imparables et des toplines redoutables — celle de « Bury Me », en particulier, qui s’incruste dans le crâne avec une efficacité presque cruelle.

Photo : Cosmic Joke
Là où l’album frappe le plus fort, c’est dans son contenu émotionnel. Josh Taylor écrit comme on ouvre une plaie, guidé par son subconscient, incapable — selon ses propres mots — de verbaliser autrement ce qui l’assaillit. L’écriture devient thérapie, mais une thérapie sans filtre ni bienveillance forcée.
“I wear my skin like a trophy / So they give a fuck about me.” Tout est là. Le besoin d’exister à travers le regard des autres, la mise en scène permanente de soi. L’industrie, la société, les attentes : autant de forces qui exigent une image lisse, invulnérable, pendant que l’intérieur se fissure. Un refrain incandescent, qui sonne pourtant comme un aveu d’épuisement.
Les relations humaines ne sont pas épargnées, elles figurent même le premier fil rouge de Fallout. “Stay” et “Violence” racontent des histoires toxiques sans jamais désigner un coupable unique. Pas de victime pure, pas de monstre caricatural : juste deux êtres qui s’aiment, mais qui s’aiment mal, enfermés dans des dynamiques destructrices. “Easier To Die” va encore plus loin. Rarement un refrain aura résumé avec autant de brutalité l’état mental d’une génération. “It’s easier to die than it is to wanna live.” Un constat glaçant, celui d’un cerveau en surchauffe, prisonnier de ses propres boucles négatives. Le morceau capture cette fatigue existentielle, ce sentiment que la quête de réussite artistique — et les chiffres qui l’accompagnent — finit par vider le sens même de la création.
L’autre fil rouge de The Fallout, c’est cette relation ambiguë avec l’industrie musicale. “The System”, “Kings” ou “Intergalactic Sabotage” ciblent un monde obsédé par la monétisation, les algorithmes, les chiffres, au point de broyer celles et ceux qui tentent d’y survivre sans s’y perdre. “I’d rather die young than fuel the system.”
The Fallout n’est pas un album tiède. Il déborde, il cogne, il déballe trop parfois — et c’est précisément pour ça qu’il touche juste. C’est un deuxième album cathartique, vibrant et traversé d’une sincérité rare, qui réussit l’exploit d’être à la fois introspectif et furieusement accrocheur. Un disque qui ne demande pas la permission, et qui pourrait bien s’imposer comme l’un des disques les plus forts de ce début d’année.

Photo : Cosmic Joke
Site Officiel : theharaband.com
Facebook : TheHaraBand
Instagram : theharaband
Style : Metalcore bigarré
Tracklist :
- Trophy
- Easier To Die
- Monsters & Demons
- Twist The Arrows
- Stay
- The System
- Psycho Killer
- Kings
- Bury Me
- Violence (feat. As December Falls)
- Intergalactic Sabotage
- Enemy
- Bury Me (Piano Version)





