(Re)Découverte- Mass Hysteria, l’album noir

par | 26 Août 2025 | Re-découverte

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L’album éponyme de Mass Hysteria, l’album noir, reste l’un des plus méconnus et controversés de leur discographie. Mal mixé, mal reçu, mal défendu, il traîne encore aujourd’hui une réputation d’échec. Et pourtant, derrière le chaos subsistent des morceaux magnifiques, une sincérité unique et un groupe au bord du point de rupture. Retour sur un disque noir, cabossé, mais essentiel.

Il est des disques qu’on encense, qu’on célèbre, qu’on affiche fièrement dans les bilans de fin d’année, des uppercuts instantanés qui s’imposent avec l’évidence d’un classique. Et puis il y a ceux qu’on met de côté, qu’on ne sait pas trop comment aborder. Des œuvres bancales, douloureuses, mal comprises — parfois même par leurs propres auteurs.

Mass Hysteria appartient à cette seconde catégorie. Ce n’est pas un faux pas, encore moins une trahison, mais un disque malade, au sens le plus humain du terme. Enraciné dans une période de fractures, de doutes et de tempêtes intimes, c’est un disque mal né, mal compris et rejeté par ceux qu’il voulait rassembler.

20 années plus tard, il flotte encore autour de Mass Hysteria un fantôme à la pochette vide. Un album noir dans son esthétique et dans l’histoire de ceux qui l’ont composé.

 

MASS HYSTERIA copie

 

 

Le disque noir : entre douleurs internes et rendez-vous manqué

Si cet album ne ressemble à aucun autre dans leur discographie ce n’est pas parce qu’il est moins bon, bien au contraire, mais parce qu’il vient d’un endroit sombre. En 2005, le groupe sort tout juste d’une tournée marathon de plus de 150 dates, physiquement rincé, émotionnellement au bord. Changement de label : après l’aventure initiale avec Yelen Musique (division de Sony), c’est Wagram qui reprend la main, dans un contexte où les majors vivent leurs derniers soubresauts avant l’effondrement du modèle classique.

On parle ici du début de la fin et de ce qui va avec : pressions, deadlines intenables, obsession du tube, peur de disparaître. Autour de tout ça, la vie perso des membres du groupe s’effondre doucement elle aussi. Les tensions s’accumulent, les coups durs pleuvent.

Voici devant vos yeux ébahis la recette parfaite du disque maudit. L’album noir dans toute sa superbe et dans tous les sens du terme.

 

Dès le premier titre, au jeu de mot imparablement bien troussé, l’Emo Clef, on sent le groupe effleurer autre chose, une envie de sortir du cadre, de s’ouvrir à un public plus large sans pour autant perdre ses fondamentaux. Une tentative de crossover à la française. Ce n’est pas qu’ils renient leur passé, mais c’est plutôt qu’ils essaient de tendre la main, peut-être vers les radios, vers des scènes plus généralistes, ou tout simplement vers une autre facette d’eux-mêmes. Mais le public traditionnel ne suit pas. Ironie du sort, il bénéficie d’une exposition radio inédite.

Certains titres passent jusqu’à sept fois par jour sur Europe 2, ce qui aurait pu, sur le papier, être un tremplin. Hélas, les furieux de la première heure décrochent, troublés par un son trop lissé. À leur place, c’est un public plus généraliste qui tend l’oreille, des amateurs de rock à la Muse ou Linkin Park, séduits par les refrains plus accessibles, mais pas forcément là pour le message et encore moins pour la baston.

Ce décalage renforce le malaise autour de l’album, celui d’un entre-deux inconfortable, trop métal pour les radios, trop pop pour les fans. Et derrière ce malaise se cache un enchaînement de malentendus. Une erreur de casting d’abord : voulant engager un grand producteur, le groupe se retrouve face à un homonyme. Matt Hyde — producteur américain ayant bossé avec Slayer et autres monuments — n’était pas au rendez-vous. À sa place, un autre Matt Hyde, anglais cette fois, assistant de studio bien intentionné, passionné, mais pas du tout à la hauteur de la vision sonore du groupe. Et pourtant, dans une sorte d’élan naïf et sincère, ils lui confient les clefs du mix.

Certes, notre Anglais avait réussi à convaincre tout le monde qu’il serait le bon cheval, mais il s’est avéré être le mauvais pari. Il a limé tout ce qui était rugueux, tout ce qui faisait la force, la colère et la nervosité de ces morceaux s’est retrouvé aplati, figé dans un son trop sage.

 

 

Il arrive que certains albums soient fauchés avant même d’avoir vu le jour. Celui-là en est l’illustration parfaite. Malgré des compositions sublimes, sûrement les plus belles en termes d’introspection, d’ouverture et de mélodies, La Permanence, La Démesure. Le mix est mal dirigé, mal équilibré, et le résultat final ne correspond plus à l’intention de départ. Les guitares perdent leur mordant, la dynamique s’effondre, et les titres, pourtant très forts sur le papier, semblent alors perdus. Un flou sonore qui renforce l’incompréhension de la critique et du public.

Autre malentendu : la pochette noire, austère, presque vide, ne serait pas un choix esthétique profond mais une décision par défaut. Les délais imposés par Wagram étaient intenables, et il fallait livrer. Alors ce sera le noir, par contrainte, par fatigue, par urgence. Et pourtant, avec le recul, ce choix semble étrangement juste. Il habille parfaitement tout ce que le groupe traverse et tout ce que ce disque convoque. Un album habité par les ombres, sorti dans un moment d’intense fragilité humaine et artistique, et qui mérite, aujourd’hui, un regard plus doux, plus juste.

 

Une sincérité à vif, trop brute pour plaire

Les paroles révèlent aussi une facette bien plus intime du chanteur Mouss. Certains textes figurent parmi les plus personnels qu’il ait jamais écrits, loin des slogans galvanisants ou des fortes charges dont le groupe a le secret. Intérieur à revoir, Fausse route sont des aveux étouffés dans les textures froides du mix. On y perçoit un homme en train de faire l’inventaire de ce qui reste, de ce qui vacille. Une sincérité brute, sans fard, presque inconfortable mais profondément touchante.

 

Mass Hysteria n’aura pas été un album de triomphe, c’était un disque de survie. Un point de rupture symbolisant le moment où tout aurait pu s’arrêter. Et c’est peut-être aussi pour ça qu’il est si important. Parce qu’il a permis de purger, d’exorciser, de chasser les démons. Parce qu’il a forcé le groupe à se regarder en face, à repenser ce qu’il était, ce qu’il voulait dire, et comment… Sans cet album noir, Mass Hysteria ne serait peut-être plus là aujourd’hui. Il fallait cette traversée du vide pour repartir. Parce qu’il raconte un groupe en train de se perdre pour mieux se retrouver. Et surtout parce que ses titres sont de formidables joyaux de composition.

 

L’album noir mérite la lumière

La suite, on la connaît. Mass Hysteria repartira rapidement vers un son plus brut, plus incisif, renouant avec l’énergie sauvage qui a fait leur force. Olivier Coursier (guitariste mélodique) quittera le bateau pour fonder AaRON, projet remarquable au succès majeur. Puis en 2021 c’est Stéphan Jaquet, bassiste historique et pilier des débuts, qui nous quittera, laissant derrière lui une empreinte profonde dans l’histoire du groupe et dans le cœur de ceux qui l’ont connu.

 

Redécouverte - Mass Hysteria, l'album noir

Redécouverte – Mass Hysteria, l’album noir

 

Comme si, avec le temps, ce disque était devenu le témoin discret de tout ce qui allait changer, Mass Hysteriareste une anomalie, une parenthèse. Un disque qu’on écoute aujourd’hui comme on relit une lettre écrite dans la tempête. Avec tendresse et lucidité, et aussi avec le sentiment qu’il serait temps de lui redonner une chance. De l’écouter, le réécouter, mieux encore : de le réhabiliter. Et pourquoi pas rêver de l’entendre sous un jour nouveau, avec le bon son, le bon producteur, et la rage qu’il mérite.

Mass Hysteria est sorti le 2 Mai 2005 chez Wagram

Style : Rock Metal Existentiel en Clair-Obscur

Tracklist :
1 – Poison d’Asile
2 – Instant Film
3 – L’Emo Clef
4 – Fausse Route
5 – On Coule !
6 – Intérieur à Revoir
7 – Un Homme à la Mer
8 – Désaxé
9 – La Permanence
10 – Pures Heures
11 – Laissez Penser
12 – La Démesure
13 – Sexylex
14 – Non, Non, Non (Je Ne Suis Plus Saoul) Miossec cover

Instagram : masshysteria
Youtube : masshysteria