Jackass Best and Last débarque dans les salles américaines le 26 juin 2026, distribué par Paramount, et signe la fin officielle de la franchise culte de Johnny Knoxville. Cinquième et ultime volet réalisé par Jeff Tremaine, ce film mélange cascades classiques, séquences inédites et images d’archives, avec Steve-O, Chris Pontius, Wee Man et toute la meute. Durée annoncée : 1h32 de chaos, de douleur et de rire nerveux. Knoxville l’a dit sans fard : « This is the natural place to end. » Les corps ont parlé, ils réclament l’arrêt. Voilà pourquoi ce baroud d’honneur sanglant ressemble déjà à une lettre d’amour au cinéma le plus con et le plus honnête de la planète. Accrochez-vous, on rentre dans le lard.

Jackass Best and Last : c’est quoi ce dernier tour de piste ?
Avant de parler philosophie du casse-gueule, posons les faits. Parce que oui, contrairement à un influenceur lambda, ici tout est vérifiable, filmé, ecchymosé. Ce film n’est pas une rumeur de forum, c’est un vrai long métrage avec date, casting et coup de revolver en ouverture.
La fiche technique du film, sans bullshit
Parlons chiffres, dates, noms. Le film sort le 26 juin 2026 aux États-Unis, sous la bannière Paramount Pictures, produit par MTV Entertainment Studios et Dickhouse Entertainment. La réalisation revient à Jeff Tremaine, l’homme qui filme des couilles écrasées depuis vingt-cinq ans avec l’œil d’un peintre flamand.
Au générique de production, on retrouve un trio béni : Jeff Tremaine, Spike Jonze et Johnny Knoxville. Oui, Spike Jonze, le type de « Being John Malkovich » et « Her ». Ce mec a un Oscar sur sa cheminée et il continue de filmer des mecs qui se font mordre les fesses. Ça, mes amis, c’est de la fidélité artistique.
La durée : 1h32. Court, sec, efficace. Genre officiel : action, comédie, documentaire. Nationalité américaine, format couleur, langue anglaise. La photographie est signée Dimitry Elyashkevich, avec Lance Bangs et Rick Kosick à la caméra, les mêmes fantômes qui hantent la saga depuis l’ère MTV.
Le tournage s’est étalé de fin février au 13 mars 2026 à Los Angeles, avec un dernier jour de prises le 17 avril 2026 à Simi Valley, en Californie. La bande-annonce, elle, a été dévoilée le 16 avril 2026 au CinemaCon, cette grand-messe où Hollywood vend sa came aux exploitants de salles.
Pourquoi ces détails comptent ? Parce que ce dernier opus ne se contente pas d’être un ramassis de gags. C’est un objet cinématographique daté, produit, structuré, pensé comme une œuvre. On est loin du clip vertical filmé au smartphone entre deux placements de produit.
Petit rappel qui fait mal : la franchise est née en 2000 sur MTV, avant le premier film en 2002. Vingt-quatre ans de fractures, de vomi et de génie débile. Et pour la deuxième fois seulement de son histoire, après le tout premier « Jackass: The Movie », ce volet n’aura pas de suite en version « .5 ». Pas de rab. Pas de rallonge. La fin, c’est la fin.
Notez aussi la sortie française : à l’heure où j’écris, aucune date hexagonale confirmée, juste un « prochainement en salle » sur AlloCiné. Le public français devra donc patienter, ronger son frein, et peut-être regarder ses propres bleus en attendant.
Le casting : qui remonte sur le ring, qui reste au vestiaire
Le noyau dur est là, ridé mais debout. Johnny Knoxville, le capitaine suicidaire. Steve-O, le forçat de la douleur devenu icône du sevrage. Chris Pontius, l’exhibitionniste zen. Wee Man (Jason Acuña), Dave England, Danger Ehren (Ehren McGhehey) et Preston Lacy. La vieille garde, les increvables.
À leurs côtés, la relève adoubée par « Jackass Forever » en 2022 : Poopies (Sean McInerney), Zach Holmes, Jasper Dolphin, Rachel Wolfson et Dark Shark (Compston Wilson). Le sang neuf qui prend les coups pour prouver qu’il mérite sa place au panthéon des abrutis magnifiques.

Maintenant, les absents. Et c’est là que ça devient une histoire humaine plutôt qu’un simple générique. Bam Margera, la star déchue, n’apparaît qu’en images d’archives, sans nouvelle participation. Son parcours cabossé par les addictions et les procès plane comme une ombre sur la fête. Eric Manaka, lui aussi, ne surgit qu’en archives.
Et puis il y a le nom qui serre la gorge : Ryan Dunn, mort en 2011 dans un accident de voiture, présent uniquement via des images d’archives. La bande n’a jamais tourné la page. Elle traîne ses morts avec elle, comme un groupe de rock qui garde une guitare vide sur scène pour l’ami disparu.
Ce casting raconte une vérité brutale sur Jackass Best and Last : c’est un film de survivants. Des types qui ont commencé gamins et qui finissent grands-pères, avec des tendons pétés et des souvenirs de commotions. Chaque visage à l’écran est un bilan de santé ambulant.
Cette dimension chorale change tout. On ne regarde pas une bande de jeunes cons invincibles. On regarde une famille recomposée, cabossée, qui décide de se faire mal une dernière fois ensemble, par amour du geste et par fidélité au clan. C’est presque du Cassavetes avec des testicules en jeu.
Le concept : compilation, inédits et confessions face caméra
Sur le papier, la recette n’a pas changé d’un poil. Jackass Best and Last est une compilation qui marie des cascades classiques de la saga avec du matériel neuf et des séquences jamais vues auparavant. Le vieux et le neuf, la nostalgie et la baffe fraîche.
Mais il y a un ajout malin : des segments « talking heads », ces confessions face caméra où les protagonistes commentent, se souviennent, digèrent. C’est ce qui transforme le bêtisier en documentaire. On ne rit pas seulement de la chute, on écoute celui qui l’a subie raconter pourquoi il l’a fait.

Ce dispositif est un geste de mise en scène assumé. Il donne du recul, de l’épaisseur, une mélancolie. Il permet à la bande de commenter sa propre légende en temps réel, un peu comme un rockeur vieillissant qui présente ses vieux tubes en avouant qu’il ne sait plus pourquoi il les a écrits.
L’ossature reste fidèle à l’ADN de la marque : des gars, des idées débiles, des caméras partout, et zéro filet de sécurité émotionnel. La structure narrative est volontairement lâche, faite de sketches, de gags à sketchs, de pics d’adrénaline suivis de temps morts hilarants.
Ce refus du scénario classique est en soi une position artistique. Là où le blockbuster moderne calibre chaque seconde par algorithme, Jackass Best and Last revendique le désordre, l’accident, l’imprévu. La cascade rate parfois, et c’est justement le ratage qui devient le spectacle.
Le concept assume aussi sa fonction de bilan. « Best » et « Last » dans le titre, ce n’est pas un hasard marketing. C’est une promesse double : le meilleur, et le dernier. Une anthologie déguisée en adieu, ou un adieu déguisé en anthologie, selon l’angle sous lequel on regarde le carnage.
Pourquoi Jackass Best and Last est-il vraiment le dernier volet ?
On a déjà entendu « le dernier concert » chez cent groupes qui repartent en tournée l’année suivante. Alors pourquoi croire Knoxville cette fois ? Réponse courte : les corps. Réponse longue, elle est plus belle et plus triste.
« This is the natural place to end » : la sagesse du cascadeur
Johnny Knoxville a lâché la phrase qui clôt le débat : « This is the natural place to end. » L’endroit naturel où s’arrêter. Pas une rupture, pas un scandale, pas un procès. Juste le sentiment qu’il est temps de ranger le casque et le taser.
Cette lucidité tranche avec l’image d’inconscient qu’on colle à Knoxville. Le mec a passé sa vie à défier la mort pour de rire, et il termine avec la sobriété d’un vieux sage. Il n’y a pas de tragédie ici, il y a de l’acceptation. Ça change de la posture éternellement adolescente du divertissement américain.
Accepter la fin, dans le monde de Jackass Best and Last, c’est un acte presque punk. Le rock n’a jamais su vieillir avec grâce ; il préfère les crashs et les résurrections cyniques. Là, Knoxville propose autre chose : sortir par la grande porte, en riant, avant que le corps ne décide à sa place.

Il faut mesurer le culot de cette décision. La franchise est rentable, adorée, increvable commercialement. Arrêter au sommet, quand chaque nouveau film pourrait encore remplir les salles, c’est refuser la logique du fric perpétuel. C’est artistique au sens le plus noble et le plus bête du terme.
Cette phrase, « the natural place to end », fonctionne aussi comme une leçon de vie déguisée en vanne. Savoir quand s’arrêter, dans la douleur comme dans la fête, c’est peut-être la seule vraie maturité. Et elle nous vient d’un type qui s’est fait tirer dessus au revolver en ouverture de film.
Le paradoxe est délicieux : c’est en filmant la connerie ultime qu’ils atteignent une forme de sagesse. La bande a compris que la légende se protège en sachant s’interrompre. Un dernier saut, et on éteint les caméras pour de bon.
Les corps qui disent stop : Knoxville et le mur des commotions
Le vrai réalisateur de cet arrêt, ce n’est pas Tremaine, c’est la biologie. Lors de son passage au « Jimmy Kimmel Live! » le 15 janvier 2026, Knoxville a révélé qu’il ne pouvait plus exécuter les cascades à risque de commotion. Son cerveau a posé son veto.
C’est une info qui change la lecture de tout le film. Le leader de la bande, celui qui a inventé la moitié des gags les plus dingues, est physiquement bridé. Il regarde les autres se fracasser sans pouvoir suivre au même niveau. Imaginez un chanteur qui a perdu sa voix mais reste sur scène pour diriger le chœur.
Cette vulnérabilité imprègne Jackass Best and Last d’une gravité qu’on n’attendait pas d’un film à pets et à chocs électriques. Chaque cascade devient un compte à rebours médical. Le spectateur rit, mais quelque part il sait que ces os ne rebondissent plus comme avant.
D’ailleurs, les blessures de tournage confirment la fragilité du casting. Dave England s’est rompu un tendon du majeur droit en tentant une cascade avec Zach Holmes. Un doigt en moins de service, sur un simple sketch. À trente ans, ça se répare ; à cinquante, ça reste un rappel osseux que le temps gagne toujours.
Voilà le sous-texte le plus fort de tout le projet : le corps comme horloge. Jackass a toujours été un art du corps, une performance physique poussée à l’absurde. Quand ce corps lâche, l’art doit s’arrêter, sous peine de virer au macabre pur.
Il y a une honnêteté rare là-dedans. Là où Hollywood fige ses stars dans une jeunesse numérique éternelle, la bande montre ses rides, ses cicatrices et ses limites. La saga filme le vieillissement en temps réel, sans filtre, avec des tendons qui craquent en direct. C’est plus courageux que n’importe quel biopic larmoyant.
La franchise sans « .5 » : ce que ce détail dit de la fin
Petit détail technique, immense signification. Pour la deuxième fois seulement dans l’histoire de la saga, ce film n’aura pas de version « .5 ». Traditionnellement, chaque long métrage Jackass s’accompagnait d’un montage bonus des chutes non retenues. Pas cette fois.
Ce choix est un adieu dans l’adieu. Pas de rab, pas de fond de tiroir vendu six mois plus tard, pas de rallonge commerciale. Ce que vous voyez en salle, c’est tout ce qu’il y aura. Le geste est net, presque monacal pour une bande de fous furieux.
Historiquement, seul le premier « Jackass: The Movie » de 2002 avait fait l’impasse sur le « .5 ». Boucler la boucle en reproduisant ce schéma, c’est un clin d’œil de scénariste. Le début et la fin partagent la même règle, comme deux parenthèses qui referment vingt-quatre ans de délire.

Ce détail renforce l’idée que Jackass Best and Last a été pensé comme une œuvre close, définitive, sans porte de sortie vers un énième produit dérivé. Dans une industrie du recyclage infini, où le moindre univers se décline en spin-offs jusqu’à la nausée, ce refus a quelque chose d’héroïque.
Il faut aussi y lire un respect du public. Pas question de faire cracher au fan deux billets pour deux versions du même film. Une seule pièce, une seule séance, un seul point final. C’est presque du service après-vente honnête, denrée rare par les temps qui courent.
Enfin, l’absence de « .5 » scelle le pacte de confiance. Quand Knoxville dit que c’est fini, l’absence de bonus le prouve mieux que mille interviews. Le silence qui suivra le générique ne sera pas rompu par un montage surprise. Juste le noir, et le souvenir des bleus.
Les cascades qui font de Jackass Best and Last un feu d’artifice de la douleur
Assez de sociologie, place au sang. Un film Jackass se juge d’abord à ses numéros, à la créativité de l’auto-destruction. Et sur ce terrain, l’ultime opus ne fait pas dans la demi-mesure. Voici les morceaux de bravoure qui font déjà jaser.
L’ouverture Spike Jonze et le revolver de 1998
Ça démarre fort, très fort. Le film s’ouvre sur Johnny Knoxville qui se tire dessus au revolver, à l’aide d’un clip inédit datant de 1998. Vous avez bien lu : une image vieille de vingt-huit ans, exhumée pour lancer le dernier chapitre. Le passé qui tire sur le présent.
Ce choix d’ouverture, signé Spike Jonze pour les séquences d’intro et de fin, est un coup de génie narratif. Commencer par un faux suicide filmé aux origines de la légende, c’est boucler la mythologie sur elle-même. Knoxville renaît de sa propre balle pour mieux tirer sa révérence.
Symboliquement, c’est vertigineux. Le geste fondateur de Jackass, ce test de gilet pare-balles qui a lancé une carrière, revient clôturer l’aventure. Jackass Best and Last se pose ainsi en cercle parfait, alpha et oméga d’une carrière bâtie sur la simulation de la mort.

Spike Jonze aux commandes de ces bornes temporelles, ce n’est pas anodin. Le type sait cadrer l’émotion mieux que quiconque. Confier l’entrée et la sortie du film à un cinéaste de cette trempe, c’est signifier que ce bêtisier assume enfin son statut d’œuvre d’art à part entière.
L’ironie est totale : le film le plus con du monde s’ouvre sur une réflexion sur la mort et la survie. Le revolver de 1998 n’est pas un gag, c’est une thèse. Il dit que tout ce cirque n’a jamais parlé que d’une chose, frôler la fin pour se sentir vivant.
Et puis il y a la mélancolie du procédé. Utiliser une archive de jeunesse pour lancer un film de vieillards cascadeurs, c’est confronter deux âges du même homme. Le Knoxville de 1998 et celui de 2026 se répondent, séparés par une vie entière de chutes. Ça, c’est du montage qui raconte le temps.
Steve-O, le robot et l’examen de prostate le plus mémorable du cinéma
Impossible de parler de Jackass Best and Last sans évoquer Steve-O, le martyr en chef. Cette fois, le supplice prend une forme futuriste : un robot chargé de lui administrer un examen de prostate, ou plus crûment un lavement mécanisé. La technologie au service de l’humiliation.
Steve-O reste le centre de gravité de la douleur Jackass. Sobre depuis des années, il continue de sacrifier son corps avec une ferveur quasi mystique. Le voir se soumettre à une machine, lui l’ancien junkie devenu conférencier motivationnel, ajoute une couche d’ironie savoureuse à la scène.
Ce numéro robotique dit quelque chose de notre époque. À l’ère de l’automatisation, même l’humiliation se délègue à une machine. La bande transforme la peur technologique ambiante en gag anal, ce qui reste, avouons-le, une forme de commentaire social plus fine qu’il n’y paraît.
Autre pépite promise par le film : Poopies portant un collier électrique fixé sur ses parties génitales. Le collier anti-aboiement détourné en instrument de torture volontaire. Il y a dans ces idées une inventivité perverse que peu de comédies scénarisées oseraient effleurer.
Ce qui fascine, c’est la générosité du sacrifice. Ces types ne trichent pas. Le choc électrique est réel, la douleur est réelle, le cri est réel. Jackass Best and Last ne connaît pas le fond vert ni la doublure numérique. Le corps encaisse, point.
On touche là au cœur de l’éthique Jackass : la souffrance comme preuve d’amour du public. Chaque décharge, chaque lavement, chaque hurlement est un cadeau offert au spectateur. Une générosité masochiste qui, dans sa bêtise assumée, finit par ressembler à une forme d’art performatif digne de Chris Burden.
« Escape room from hell », électrochocs et classiques revisités
Le film ne se contente pas de gags isolés, il construit des dispositifs. Le plus ambitieux : une « escape room from hell », un jeu d’évasion truffé d’électrochocs où la bande doit résoudre des énigmes tout en se faisant électrocuter. Le concept du divertissement moderne poussé jusqu’à la torture.
Cette « escape room » est une trouvaille brillante. Elle détourne un loisir bourgeois à la mode, ce jeu d’évasion qu’on fait entre collègues pour le team building, et le transforme en chambre de supplice comique. Le sous-texte est féroce : nos loisirs modernes ne sont que des cages qu’on paie pour intégrer.
À côté des inédits, Jackass Best and Last ressuscite des classiques du répertoire. On retrouve le fameux « Poo Cocktail » et la blague culte du serpent à sonnettes. Les tubes du groupe, en somme, rejoués une dernière fois pour la tournée d’adieu.

Il y a aussi Chris Pontius, nu, tentant un saut en hauteur à la grecque. L’exhibitionnisme antique revisité, corps offert à la gravité et au ridicule. Pontius reste le poète du naturisme provocateur, celui qui transforme sa nudité en manifeste esthétique décomplexé.
Cette alternance entre inédits et classiques n’est pas qu’une question de nostalgie. Elle structure le film comme un concert d’adieu : quelques nouveaux titres pour prouver qu’on a encore du jus, et les grands succès pour envoyer la foule au septième ciel. Un set list parfaitement calibré.
Le génie de ces reprises, c’est qu’elles rappellent au spectateur d’où il vient. Celui qui a grandi avec la saga se souvient du frisson initial. Le film joue sur cette mémoire collective, cette madeleine de Proust trempée dans le vomi, pour transformer chaque gag connu en émotion partagée.
Approche philosophique et technique : pourquoi ce cirque est du grand art
Maintenant qu’on a compté les bleus, prenons de la hauteur. Car réduire Jackass à une blague de cour de récré, c’est passer à côté de l’essentiel. Ce truc idiot est une des propositions artistiques les plus radicales du cinéma contemporain. Voici pourquoi.
L’authenticité brute à l’ère des influenceurs sans âme
La critique de Kerrang a mis le doigt sur le nerf de l’affaire, avec une phrase qui devrait être gravée au fronton du film : « In a time of fakery and put-ons and blank-eyed influencers desperate to be liked on camera, it’s wonderful how real the essence of Jackass is. » Traduction de l’esprit : à l’heure du faux généralisé, la vérité de Jackass est un miracle.
C’est exactement là que se situe la force de Jackass Best and Last. Dans un océan de contenu calibré, filtré, retouché, monétisé, la bande offre du réel non négociable. Quand Steve-O crie, il crie pour de vrai. Aucun filtre Instagram ne peut adoucir une fracture.
Comparez ça au règne des influenceurs. Des visages lisses qui simulent le bonheur pour vendre des compléments alimentaires, des vies mises en scène pixel par pixel. Face à cette imposture permanente, un mec qui se fait mordre les fesses par un âne est, paradoxalement, la chose la plus honnête à l’écran.
Il y a une éthique de la vérité corporelle chez Jackass. Le corps ne ment pas. Il saigne, il gonfle, il vomit, il défaille. Cette authenticité charnelle est devenue subversive dans une culture obsédée par l’apparence et le mensonge algorithmique. La douleur réelle est le dernier bastion du vrai.
Ce n’est pas un hasard si Jackass Best and Last émeut autant qu’il fait rire. On rit de la connerie, mais on est touché par la sincérité. Ces types ne cherchent pas à être aimés en trichant, ils s’offrent en sacrifice sans garantie de retour. C’est une générosité qui n’existe presque plus à l’écran.
Le philosophe qui sommeille en chacun de nous devrait méditer là-dessus. À l’ère de l’intelligence artificielle et des deepfakes, où l’on ne sait plus ce qui est réel, une bande de quinquagénaires qui se cassent la gueule pour de vrai devient une leçon d’ontologie. Le réel existe encore, et il a mal aux couilles.
La technique documentaire : caméras multiples, montage et regard d’auteur
On croit à l’amateurisme, on se trompe lourdement. Jackass Best and Last repose sur un savoir-faire technique redoutable. La photographie de Dimitry Elyashkevich, les opérateurs Lance Bangs et Rick Kosick, tout ce dispositif est celui d’une vraie production de cinéma.
Filmer une cascade, c’est un art. Il faut multiplier les angles, anticiper l’imprévisible, capter le pic de douleur au bon millième de seconde. Une chute ratée en termes de captation, c’est un gag perdu à jamais, car il n’y a pas de seconde prise quand un tendon lâche. La technique doit être irréprochable du premier coup.
Le montage est l’autre pilier. Rythmer les gags, doser les respirations, alterner le choc et le rire, insérer les fameux talking heads au bon moment. Ce travail invisible transforme un tas de rushes chaotiques en récit fluide. Le chaos à l’écran est le fruit d’un ordre maniaque en coulisses.
L’ajout des segments face caméra prouve une ambition documentaire assumée. Jackass Best and Last ne filme pas seulement des cascades, il filme des hommes qui commentent leur propre légende. On glisse du bêtisier vers le portrait de groupe, vers le document sociologique sur une bande d’amis qui vieillit.
La présence de Spike Jonze sur les séquences d’ouverture et de fermeture élève encore le niveau. On parle d’un réalisateur oscarisé qui vient signer les bornes du film. Ce détail suffit à disqualifier l’accusation de sous-cinéma. C’est du cinéma d’auteur déguisé en récréation vulgaire.
La leçon technique est claire : la spontanéité au cinéma se fabrique. L’accident se met en scène, l’imprévu se cadre, la douleur se monte. Derrière chaque éclat de rire imbécile se cache une maîtrise artisanale que bien des drames prétentieux pourraient envier. Voilà le secret le mieux gardé de la saga.
La douleur comme langage et le corps comme dernière toile vierge
Terminons par le fond, le vrai sujet. Jackass n’a jamais parlé de cascades, il a toujours parlé du corps. Le corps comme matériau, comme terrain d’expérience, comme ultime frontière de l’expression. Jackass Best and Last pousse cette idée jusqu’à son terme logique, puisque c’est le corps usé qui décide de la fin.
Il y a une filiation directe avec l’art performatif du vingtième siècle. Chris Burden se faisait tirer dessus dans une galerie, Marina Abramović se mutilait devant un public. La bande à Knoxville fait la même chose, en riant, sans le vernis intellectuel. La douleur volontaire comme œuvre, offerte au regard de l’autre.
Le corps est ici la dernière toile vierge. Dans un monde numérisé, dématérialisé, virtualisé, la chair reste le seul support impossible à falsifier. Se faire mal, c’est réaffirmer qu’on a un corps, qu’on existe physiquement, qu’on n’est pas qu’un avatar. Jackass Best and Last est un manifeste matérialiste involontaire.

La douleur devient un langage universel. Pas besoin de traduction, pas besoin de dialogue, un coup dans les parties se comprend à Tokyo comme à Marseille. Cette universalité du choc physique explique le succès planétaire de la franchise. Le corps qui souffre est la seule langue que l’humanité entière parle couramment.
Et puis il y a la question de la mort, omniprésente. Chaque cascade est une négociation avec la fin. Les archives de Ryan Dunn, disparu en 2011, rappellent que le jeu est réel, que le danger tue parfois pour de bon. La bande danse au bord du gouffre, et cette proximité avec la mort donne au rire sa saveur particulière.
Au fond, ce dernier film est une méditation joyeuse sur la finitude. Vieillir, s’user, savoir s’arrêter, garder ses morts avec soi, transformer la douleur en fête. Sous ses dehors de blague potache, Jackass Best and Last est un des films les plus lucides sur le temps qui passe et sur ce que ça veut dire, habiter un corps mortel jusqu’au bout.
Récapitulatif : tout ce qu’il faut retenir avant la séance
Pour ceux qui zappent, voici les points essentiels rassemblés dans un tableau clair. De quoi briller au comptoir sans avoir lu la totalité de l’article.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre | Jackass: Best and Last |
| Date de sortie USA | 26 juin 2026 |
| Date France | Prochainement (non confirmée) |
| Réalisateur | Jeff Tremaine |
| Producteurs | Jeff Tremaine, Spike Jonze, Johnny Knoxville |
| Distributeur | Paramount Pictures |
| Durée | 1h32 |
| Genre | Action, comédie, documentaire |
| Statut | Cinquième et dernier volet |
| Particularité | Pas de version « .5 » |
Et pour situer ce film dans la saga, un second tableau comparatif s’impose. La franchise a une histoire, des étapes, une trajectoire qui mène logiquement à cet ultime chapitre.
| Volet | Année | Signe distinctif |
|---|---|---|
| Jackass: The Movie | 2002 | Premier film, pas de « .5 » |
| Jackass Number Two | 2006 | La consécration au box-office |
| Jackass 3D | 2010 | Le passage à la 3D |
| Jackass Forever | 2022 | Le retour et la nouvelle génération |
| Jackass Best and Last | 2026 | L’adieu définitif de la bande |
Ces deux tableaux disent l’essentiel : une saga longue de vingt-quatre ans qui referme le rideau au bon moment, sans forcer, sans se trahir.
Conclusion : baissez le rideau, éteignez les caméras
Jackass Best and Last n’est pas qu’un dernier film, c’est une leçon de style sur l’art de tirer sa révérence. Là où tant de franchises s’accrochent jusqu’à l’écœurement, la bande de Johnny Knoxville choisit de partir debout, en riant, au sommet de sa connerie assumée. Le corps a dicté la fin, et ils ont eu la grâce de l’écouter.
Ce que ce film raconte dépasse largement les cascades. Il parle de vieillir, de savoir s’arrêter, de fidélité à ses potes, de morts qu’on transporte avec soi et de cette étrange dignité qu’il y a à se ridiculiser par amour du public. Sous la crasse et les décharges électriques bat un cœur étonnamment tendre.
Alors oui, allez le voir. Non pour le spectacle de la douleur, mais pour ce qu’il dit de nous, de notre époque du faux, de notre besoin viscéral de vrai. Les increvables de Jackass rangent le taser pour de bon, et le cinéma perd une de ses dernières poches d’authenticité brute. Chapeau bas, messieurs. Et bon rétablissement.





