Vingt ans qu’Alter Bridge fait trembler les murs et frissonner les cœurs : la guitare de Mark Tremonti qui trace des paysages entiers, et la voix de Myles Kennedy, capable de fendre l’obscurité comme un rayon de lumière. Leur musique avance comme un film en mouvement, entre tension et apaisement, puissance et vulnérabilité. Mais derrière les riffs qui s’élèvent et les mélodies qui bouleversent autant qu’elles guérissent, il y a surtout deux artistes liés par la complicité, l’amitié et une admiration profonde. Dans cet échange vibrant, ils racontent cette alchimie rare où les cordes vocales et métalliques se répondent, se défient et se portent depuis deux décennies.

Mark Tremonti et Myles Kennedy : 20 ans de carrière et d’amitié. Photo by Caro
Caro (Rock Sound) : J’ai rencontré Mammoth il y a quelques semaines, et on a parlé de toi, Miles — notamment de cette vidéo où tu te fais attaquer par des vampires…
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Ahaha… oui, c’était quelque chose.
Caro (Rock Sound) : Je lui ai dit : « Allez, Miles Kennedy est en train de se transformer en zombie ! » Et il m’a répondu : « Oui, mais Slash, lui, ne se transforme jamais. Slash peut battre tout le monde. » !
Miles Kennedy (Alter Bridge) Slash est le chouchou, il y a clairement du favoritisme ahaha ! On fait des tournées ensemble avec Mammoth, c’est un mec adorable et plein de talent !
Caro (Rock Sound) : J’aimerais revenir sur la naissance d’Alter Bridge… comment vous vous êtes rencontrés, et comment tout ça tient depuis déjà vingt ans. Est‑ce que vous vous souvenez de la toute première fois où vous vous êtes croisés ? Qu’est‑ce qui a déclenché l’envie de travailler ensemble ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Le premier souvenir que j’ai d’un vrai face‑à‑face avec Myles, c’était sous une salle, au Hard Rock de Las Vegas. C’était très bref : un simple check du poing. On était en bas, je crois que Marty était là, Scott aussi… C’était vraiment un moment fugace.
Caro (Rock Sound) : À l’époque, vous jouiez tous les deux : toi avec Creed, et toi, Myles, avec Mayfield Four, non ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Oui, j’étais avec Mayfield Four. Je me souviens vous avoir regardés jouer. Ce n’était pas une arena, plutôt une petite salle, un peu comme un House of Blues. C’était en juillet 98. Creed commençait tout juste à exploser, mais nous, on jouait encore au Hard Rock de Vegas. C’était une période où certaines dates étaient encore dans des clubs assez grands, avant que vous ne deveniez vraiment énormes.
On sentait que ça montait. Je me rappelle aussi d’une salle à Columbus, Ohio, juste en face de la fac. On y a rejoué plus tard avec Alter Bridge. Et puis il y a eu ce moment un peu étrange : on ne s’était pas encore rencontrés, on se croisait dans le catering, on marchait dans le couloir… Tu t’es arrêté, tu m’as fait un fist bump et tu m’as souhaité un bon concert.
Caro (Rock Sound) : Et quelles ont été vos premières impressions l’un sur l’autre, en tant que musiciens et en tant que personnes ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) La voix de Myles m’a vraiment marqué. Personne ne faisait ce qu’il faisait. Quand Creed touchait à sa fin, un ami m’a dit : « Tu te souviens du chanteur de Mayfield Four ? » Je me rappelais qu’ils avaient ouvert pour nous. Il a mis le CD, il a lancé Summer Girl, directement sur la montée vocale à la fin. Et là je me suis dit : Wow. Imagine travailler avec un partenaire pareil. Miles avait déjà une sacrée réputation comme chanteur.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : On tournait ensemble et on voyait bien que Creed connaissait un énorme succès. Comme on n’avait pas d’équipe technique, après nos concerts on démontait tout nous‑mêmes, donc c’était difficile d’aller vous voir jouer depuis la fosse. Je me souviens d’une date à San Diego, dans un club. Je suis allé voir votre balance. Scott n’était pas là, donc pas de chant.
Je vous ai regardés jouer, et j’ai été vraiment impressionné : il y avait un groove, un « pocket » très particulier. Les trois ensemble, vous aviez une cohésion incroyable. J’aimais aussi la façon dont les riffs étaient construits. À l’époque, il y avait beaucoup de rap‑rock, ce que je trouvais cool, mais ce n’était pas mon univers.
Caro (Rock Sound) : Tu ne t’y retrouvais pas…
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Exactement. Et j’entendais parfois des morceaux de Creed à la radio, et je me disais : Ça, je pourrais m’y retrouver. Je crois que c’était My Sacrifice, ou un titre avec une partie acoustique très clean. Et je me disais : Ça, c’est un langage musical qui pourrait fonctionner dans mon univers.
Caro (Rock Sound) : C’était One Last Breath, peut‑être ? Pour moi, c’est encore aujourd’hui l’une des plus belles intros à la guitare. Elle me donne toujours des frissons.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Merci beaucoup, ça me touche vraiment !
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Elle est magnifique, oui… C’est pour ça que, quand Mark m’a appelé quelques années plus tard, j’étais là : « Vraiment ? » Je ne pensais même pas qu’ils se souviendraient de moi. On n’était qu’un petit groupe d’ouverture, le premier sur trois.

Alter Bridge
Caro (Rock Sound) : Pourtant, vos univers étaient très différents. Qu’est‑ce qui t’a fait penser que ça pourrait fonctionner entre vous ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Sa voix. J’ai réécouté les albums de Mayfield Four. C’était différent, mais je pouvais entendre sa voix dans ce que j’écrivais. Je lui ai envoyé trois démos. Il a tout de suite accroché à Down When I Last et Broken Wings.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Oui, Broken Wings. Et il y en avait une autre… peut‑être Someday.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Et c’est vraiment ça qui a convaincu Miles de nous rejoindre. Quand il a entendu les morceaux, il a pris l’avion. On est allés le chercher, et plus tard, on l’a initié en le faisant sauter du plus haut free fall du monde.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : C’est vrai. Pendant longtemps, je ne savais même pas si j’étais officiellement dans le groupe. On travaillait déjà sur le disque, mais personne ne me disait clairement : « Oui, tu es des nôtres. » Et puis un jour, Mark me dit : « On va faire le plus haut free fall du monde. » J’ai le vertige. Mais c’était mon rite d’initiation. Et c’est là que j’ai su que j’étais dans le groupe.
Caro (Rock Sound) : Vous vous souvenez de votre toute première tournée ensemble ? Quelle était l’énergie ? Et qu’est‑ce que vous en avez retiré ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) J’essaie de me rappeler nos tout premiers concerts… L’un de nos premiers voyages en bus ensemble, c’était une tournée acoustique dans des radios. Je me souviens bien de ça. Et pour une vraie tournée, c’était avec Submersed.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Et Crossfade. Je ne me souviens plus du tout du premier concert électrique. Le premier show électrique, c’était à Tallahassee, au Floyd’s Music Store. Et je crois que Family Force Five ouvrait. Ils étaient incroyables. Je pensais vraiment qu’ils allaient exploser. Et pour être honnête, c’était la première fois que je « frontais » un groupe sans guitare. C’était… douloureux. Et j’espère vraiment qu’il n’existe aucune vidéo de ça quelque part, parce que ce serait quelque chose que je ne voudrais absolument jamais voir.
Caro (Rock Sound) : Oui, parce que tu n’étais pas très à l’aise sans ta guitare.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : J’aurais aussi bien pu monter sur scène sans pantalon pour te dire le niveau d’inconfort. Je me sentais vraiment bizarre. Mais avec le temps, on a appris. C’était une expérience d’apprentissage, et on a évolué. Vingt ans plus tard, on est toujours là. D’une manière ou d’une autre. On est devenus… quelque chose.

Complicité et créativité
Caro (Rock Sound) : Quand vous écrivez ensemble, comment ça se passe en général ? Tu apportes les riffs et vous construisez la mélodie autour, ou c’est plus fluide que ça ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) On écrit tous les deux des riffs et des mélodies. On commence par une partie, puis on développe. Miles et moi faisons chacun environ huit démos, qu’on met ensuite dans un dossier partagé. Ça peut être des chansons complètes ou juste des fragments. Les gens pensent souvent que j’écris tous les riffs, alors que Miles en écrit énormément. Ou que Miles écrit toutes les mélodies vocales, alors que j’adore écrire des mélodies vocales. Ça m’agaçait, au début de ma carrière, quand on disait : « Oh, le chanteur, tu as écrit cette mélodie et ces paroles ? » J’étais là : Mais non, c’est moi. C’est ce que je fais. C’est pour ça que c’est génial dans ce groupe : on partage les responsabilités, on partage les rôles. Depuis le début, je voulais pousser Miles à faire plus de solos, parce que c’est une arme secrète. Pourquoi cacher un talent dans un groupe ? Et moi, je peux chanter des morceaux, parce que j’adore ça. On se pousse mutuellement, on veut que l’autre fasse ce qu’il aime.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Et tu sais quoi ? Ce que tu viens de dire est très juste : on sait tous les deux ce que ça fait de créer quelque chose sans qu’on te reconnaisse comme partie prenante, parce que les gens pensent que c’est quelqu’un d’autre. On a cette empathie-là, tous les deux. Ce n’est pas une question d’ego ou de crédit, c’est juste comprendre la dynamique réelle derrière la création.
En t’écoutant, j’ai une vraie révélation. C’est ça qui rend notre duo unique. On a cette empathie mutuelle, on veut que l’autre fasse ce qu’il aime, ce pour quoi il n’est pas assez reconnu, ou qu’il n’a pas assez l’occasion d’explorer. J’ai toujours pensé que Mark avait une super voix. Dès nos débuts, il y a vingt ans, quand on était assis autour de la table à gratter des guitares, je me disais : Pourquoi je suis là ? Tu pourrais chanter tout ça toi-même.
Mais il ne croyait pas en sa voix. Alors que si, il a une très bonne voix. Et c’est pareil pour la guitare. Je ne voulais pas arriver en mode : « Je suis le lead guitar player. » Ils ne savaient même pas que je jouais de la guitare sur le premier album. Mais au final, on s’est rendu compte d’un truc : c’est notre super‑pouvoir. On peut puiser dans les forces de l’autre, celles qui dorment un peu, et les utiliser pour élever tout le processus.
Caro (Rock Sound) : Dans votre musique, il y a un équilibre entre l’ombre et la lumière. La guitare et la voix peuvent commencer très profondes, très sombres, puis la mélodie s’élève et apporte de l’espoir. C’est comme un mouvement entre souffrance et guérison. Est‑ce intentionnel, ou est‑ce quelque chose de naturel ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Je pense que c’est naturel. C’est peut‑être lié à tout ce qu’on a écouté au fil des années, et à ce qu’on recrache ensuite. On veut qu’il y ait de l’émotion, de la sincérité, quelque chose d’authentique. Et comme on dit : on est ce qu’on mange. On a consommé énormément de musique structurée pour provoquer des émotions — du très lourd et en colère jusqu’au plus vulnérable. Le pendule peut aller très loin avec nous : on peut être hyper heavy et intense, puis basculer vers des ballades ou des passages acoustiques. Et oui… on espère que ça touche les gens.
Caro (Rock Sound) : Ça touche au cœur même. Est‑ce que vous arrivez encore à vous surprendre musicalement ? Vous souvenez‑vous d’un moment où l’un de vous a apporté quelque chose d’inattendu ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Oui. Myles m’a surpris sur ce disque quand il a fait Wooo !
Caro (Rock Sound) : J’adore ce woo. Wooo ! Emporté par le moment !
Mark Tremonti (Alter Bridge) Myles avait dû boire encore un coup. Ahahaha !
Myles Kennedy (Alter Bridge) : C’est drôle. Pour moi, ce n’est pas sur le disque que Mark m’a surpris, mais quand il a fait le tribute Sinatra pour une œuvre de charité. Là, vraiment… qui aurait vu ça venir ? C’est une chose de faire woo ! C’en est une autre de chanter My Way et de récolter des millions pour une bonne cause. Je ne sais pas si tu pourras battre ça, mon gars.
Mark Tremonti (Alter Bridge) C’est l’une des plus belles choses que j’aie pu faire. Mais Myles aussi a vécu des trucs énormes : recevoir un appel pour répéter avec Led Zeppelin, enregistrer dans le studio de Van Halen, jouer sur la guitare de Jeff Buckley là où il a filmé son live mythique, ou monter sur scène au Rock & Roll Hall of Fame avec Guns N’ Roses… Quand tu regardes ta vie et que tu penses à l’enfant que tu étais, jamais tu n’aurais cru vivre ça.

Parcours et évolution
Caro (Rock Sound) : Et si vous regardez le groupe à ses débuts, qu’est‑ce qui vous semble complètement différent aujourd’hui, et qu’est‑ce qui est resté exactement pareil ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Je pense qu’on a beaucoup moins de stress maintenant. Au début, on ne savait même pas si on allait tenir jusqu’au lendemain. Aujourd’hui, on est à l’aise. On fait ce qu’on aime, on a une super fanbase, d’excellents producteurs, des partenaires de groupe formidables. La vie est beaucoup plus simple. Oui… je suis un peu surpris, en fait.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : C’est drôle de l’entendre formulé comme ça. Je suis surpris qu’on arrive encore à faire des albums avec autant d’intensité, parce qu’on pourrait penser qu’avec le confort, on finit par se relâcher. Quand tout va bien, tu n’as plus l’impression de devoir te battre contre le monde entier. Mais malgré ça, même si on est confiants dans ce qu’on fait et qu’on a une fanbase solide, on ressent toujours le besoin de se prouver des choses. De donner le meilleur. Et peut‑être que c’est lié au fait qu’on est deux auteurs : tu n’as pas envie de décevoir ton partenaire.
On pourrait très bien se dire : « On a X albums derrière nous, on n’a qu’à écrire quelques chansons en une ou deux semaines, sortir le disque, et ça servira de support pour la tournée. » On n’est pas obligés de passer des mois, voire une année, à assembler des idées et à stresser. Mais on choisit de le faire. Parce qu’on sait qu’on devra être responsables l’un envers l’autre. Et je pense que c’est ça qui nous pousse à maintenir un niveau d’exigence très élevé.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Exactement. Beaucoup de gens nous demandent : « Aviez‑vous un objectif particulier pour cet album ? » Le seul objectif, c’est de satisfaire notre désir artistique, d’écrire les meilleures chansons possibles. Donc quand un fan dit : « Je trouve qu’ils n’ont pas autant donné sur ce disque que sur l’autre », c’est faux. On donne toujours absolument tout. On ne relâche jamais la pression sur la créativité.
Caro (Rock Sound) : Y a‑t‑il une chanson ou un album que vous considérez comme un tournant dans la carrière d’Alter Bridge ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Mon Dieu… c’est difficile. Avec un catalogue aussi vaste, écrire une chanson qui changerait complètement notre trajectoire… je ne vois pas. Je pense qu’on a dépassé ce stade il y a longtemps. Maintenant, il s’agit surtout de maintenir le cap, tout en continuant à s’amuser et à créer quelque chose d’assez stimulant pour ne pas s’ennuyer.
On veut toujours ressentir les frissons, les larmes, tout ça. On essaie de rester au niveau fixé par certains moments clés. Si tu nous demandes quel a été ce moment où on a franchi un seuil… Ce seuil, c’est Blackbird. Quand on a écrit cette chanson, on s’est dit : « Ok, on vient d’entrer dans un autre monde. » Et depuis, on essaie de rester à ce niveau.
Caro (Rock Sound) : Donc chaque nouvel album doit être le meilleur, votre sommet du moment. Il ne faut pas tomber. Et dans votre manière de communiquer entre vous, est‑ce que les choses ont changé ? Vous vous sentez plus à l’aise aujourd’hui, ou ça a toujours été cool dès le début ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : On se connaît simplement mieux. On sait comment se pousser, comment se taquiner. Avec Flip, notre batteur, je sais exactement comment le faire rire, et eux savent comment me taquiner aussi. On sait juste comment s’amuser ensemble. Et s’il arrivait quelque chose, on se pardonnerait. On essaierait de soutenir l’autre, de le tirer vers le haut.
Si l’un de nous disait : « Les gars, j’ai une opportunité incroyable, je dois partir quatre ans », on dirait : « C’est génial pour toi. » Dans les premiers groupes, ce n’est pas comme ça. C’est plutôt : « C’est le sang ou rien. » Mais dans Alter Bridge, on s’est toujours soutenus dans toutes nos décisions. Personne n’est là pour lui‑même. On veille les uns sur les autres. Et personne n’essaie d’être la star.

Tournées et défis du live
Caro (Rock Sound) : Comment vous préparez‑vous aujourd’hui pour une tournée ? Mentalement ou physiquement ? Vous avez un état d’esprit particulier, une préparation avant de partir ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) La première chose, c’est de faire une setlist. Une fois que c’est réglé, on discute de la production — qui est généralement déjà en cours. Myles et moi, on n’est pas vraiment les gars de la production. Scott Phillips, notre batteur, l’est beaucoup plus que nous. Et puis… acheter quelques t‑shirts noirs de plus. Je dois décider de mon uniforme.
Caro (Rock Sound) : Le même, mais en vingt exemplaires ahaha ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Je dis toujours aux fans : « Si vous voulez que je porte le t‑shirt de votre groupe sur scène, faites un t‑shirt noir, avec un petit logo blanc. Et mettez‑le du côté droit, parce que la sangle de ma guitare passe à gauche — sinon elle le cache. » Un petit logo propre, et c’est parfait.
Caro (Rock Sound) : J’aurais dû apporter des t‑shirts Rock Sound. La prochaine fois. On en fera avec un petit “R” à droite pour toi. Dans vos souvenirs, y a‑t‑il un concert qui ressort comme vraiment inoubliable ? Pour la foule, l’émotion, ou quelque chose d’imprévu ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Oh oui, clairement. On a joué deux soirs au Royal Albert Hall avec un orchestre, le Parallax Orchestra, en 2017… ou 2018 ? 2017. C’est fou que ce soit déjà si loin. C’était un état de stress intense pour nous tous : jouer avec un orchestre, être filmés pour un DVD, deux soirs complets… Devine combien de fois on a répété chaque morceau avant l’enregistrement ?
Caro (Rock Sound) : Dix fois au moins ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Une seule fois. Juste une. C’est tout ce qu’on avait. C’était un orchestre professionnel, c’est comme ça que ça fonctionne. Pour moi — et sûrement pour Mark aussi — c’était très stressant, parce qu’on est du genre à répéter encore et encore pour se sentir prêts.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Entrer là‑dedans avec un seul passage par morceau… c’était quelque chose. Maintenant j’y suis habitué : pour les concerts hommage à Sinatra, on répète une fois chaque chanson, juste pour caler les entrées. Pas de « On la refait ». Rien.
Caro (Rock Sound) : Et est‑ce que tourner a changé votre manière de vous connecter aux fans ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : On a toujours été très connectés. Je ne pense pas que ça ait changé. Ce qui est compliqué pour moi, c’est que je parle très peu en tournée pour préserver ma voix. J’ai toujours peur que les gens soient déçus ou pensent que je les snobe. Mais heureusement, les trois autres sont incroyables. Ils l’ont toujours été. Ils font tout pour que les fans se sentent bien. On n’a aucun diva dans le groupe. Personne qui se croit au‑dessus. Et ça m’aide, parce que je peux économiser ma voix pour le concert.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Les chanteurs doivent être protégés. On ne veut pas que tout le monde saute dans les bras de Miles. Ce n’est pas qu’il ne veut pas vous faire un câlin — mais s’il tombe malade, tout s’écroule. Si moi je tombe malade, je fais juste que me plaindre.
Caro (Rock Sound) : Tu es le grincheux du groupe ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Non, mais chez moi, ma femme est super dure. Si je suis malade, elle me dit : « Lève‑toi et emmène les enfants à l’école. » Aucune empathie. C’est une vraie dure à cuire, ahaha ! J’aime pas être malade, mais je peux quand même assurer un concert. Le truc drôle, c’est que sur scène, tu deviens super‑humain pendant une heure. Tu te sens mal avant, tu montes sur scène, tu te sens génial. Et dès que tu joues la dernière note : « Oh mon Dieu, je suis vraiment malade. »
Caro (Rock Sound) : Vous avez un rituel avant de monter sur scène ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Je rejoue les passages difficiles que je dois assurer le soir même. C’est drôle : Michael Angelo Batio, un ami, m’a vu m’échauffer et m’a dit : « Je n’avais jamais pensé à jouer les solos que je vais faire sur scène avant le concert. » J’étais là : « Vraiment ? » Et lui : « Ben oui, pourquoi pas. »
Caro (Rock Sound) : Et toi ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Je fais un petit échauffement vocal, dix ou quinze minutes, puis je range ma voix et je ne parle plus. Et je m’échauffe à la guitare. Étrangement, je passe plus de temps à m’échauffer à la guitare qu’à la voix. J’essaie de préserver ma voix. Avant, je m’échauffais… parfois une heure entière. Un truc fou.
Et un jour, un tour manager est entré et m’a dit : « Je dis ça comme ça, mais… tu t’échauffes tellement que tu fatigues peut‑être ta voix pour le concert. » Et j’ai pensé : Ah oui, c’est un très bon point. C’est ce que je te disais l’autre jour : mes échauffements donnaient l’impression de me cramer la voix avant même de monter sur scène.

Mark Tremonti et Myles Kennedy photographiés par Caro
Caro (Rock Sound) : Avec vingt ans derrière vous maintenant, est‑ce que vous vous sentez plus libres ou plus responsables quand vous créez de la nouvelle musique ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Plus libres. Beaucoup plus libres. À l’époque, tu avais l’impression que ta survie dépendait de ton prochain single radio. Aujourd’hui, c’est très libérateur de se dire : je m’en soucie… mais en même temps, je ne m’en soucie pas, du moins en ce qui concerne l’idée d’écrire un morceau calibré pour la radio. Je veux écrire ce qui est le mieux pour nous, pour nos émotions, pour ce que ça nous fait ressentir. C’est ça, être artiste. Personne ne nous dit quoi faire : ni label, ni manager, personne à part nous‑mêmes.
Caro (Rock Sound) : Donc quand vous créez, c’est pour vous… pas pour répondre aux attentes du public ?
Mark Tremonti (Alter Bridge) Oui, c’est une démarche un peu égoïste. Au final, on essaie juste de s’impressionner nous‑mêmes. Et peut‑être notre manager… mais il n’aime jamais rien.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Ahahaha.
Caro (Rock Sound) : J’ai une dernière question. En France, on dit le mot de la fin. Quel serait votre mot de la fin pour cette interview ?
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Le mot de la fin, ce serait… arrête‑toi quand tu sens que c’est le moment de t’arrêter. Oui, stop, c’est la devise. On va faire des t‑shirts avec : Stop. Breathe. Think. Juste… SOIS, tu vois.
Caro (Rock Sound) : Profiter du moment. De la vie.
Mark Tremonti (Alter Bridge) Exactement. Voilà. Merci beaucoup.
Myles Kennedy (Alter Bridge) : Merci Caro, c’est un plaisir de parler avec toi !
Caro (Rock Sound) : Merci pour votre temps à tous les deux ! On se voit en février au Zénith !

Alter Bridge est sur Instagram @officialalterbridge
Et en concert au Zénith de Paris le 18 février 2026 !





