SUNGRAVE – AFTERGLOW

par | 20 Sep 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 6 min

4/5  ⭐️⭐️⭐️⭐️ –  Alt metal, heavy rock, post-grunge… on pourrait coller n’importe laquelle de ces étiquettes pour te parler de cette découverte, aucune ne tiendrait le choc plus de deux minutes. Leur son est tellement riche et sans limites qu’il est impossible de le laisser coincé dans une case. Alors ce qu’on va te balancer aujourd’hui, c’est du Sungrave, tout simplement. Et on est prêts à parier que ce mot-là, tout le monde le connaîtra très bientôt.

 

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Derrière Sungrave, il y a quatre gars de Lille qui ont déjà pas mal roulé leur bosse ailleurs : Holispark, EFYX, Bare Teeth, Overeden, Khaarma… Tout part de Pierre Podsiadlo, qui voulait enfin composer un truc fidèle à ses vraies racines, celles qui l’accompagnent depuis gamin. Il rappelle Lionel Bigois (venu de la scène bordelaise), embarque Roch Deroubaix croisé sur les scènes régionales, et se met en quête d’un chanteur, jusqu’à ce qu’un pote lui glisse le nom d’Emilien Cornet. Les deux ne se connaissaient pas avant. Aujourd’hui, impossible d’imaginer cette voix-là ailleurs tant elle épouse l’univers Sungrave. Le groupe se forme en 2023, sort un premier single en 2024, mais refuse le schéma classique du groupe qui teste deux-trois titres en concert avant de penser à un album. Ici, l’ambition était posée dès le départ : composer un vrai disque, prendre le temps, aller chercher des sons qui ne ressemblent à personne. Une bonne année de travail plus tard, Afterglow est né.

 

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Sungrave

 

Une mécanique de précision

Et ça s’entend dès la première écoute : les quatre musiciens se sont trouvés au bon endroit, au bon moment. Le résultat est un alliage brillamment dosé de leurs influences respectives, des morceaux fins, denses, qui donnent envie d’appuyer sur repeat pour en dénicher une nouvelle couche à chaque passage. Il y a d’abord la voix d’Emilien, qui colle à la musique comme une seconde peau. On ne peut pas s’empêcher d’y entendre du Chester Bennington, et il n’a clairement rien à en rougir tant il possède déjà sa propre identité, entre chant clair maîtrisé et rage tenue en laisse. Il y a les guitares de Pierre, qui zigzaguent entre riffs mordants façon System Of A Down, et nappes flottantes aux allures de Deftones quand la musique se fait plus atmosphérique, des influences période 90’s/2K clairement digérées. Il y a la basse ultra dynamique et mélodique de Lionel, qui ne se contente jamais d’accompagner : elle porte carrément le discours du morceau, parfois même le devance. Et il y a la batterie de Roch qui s’impose dans une dimension à part, « plus hard rock eighties que post-hardcore dans l’âme » comme nous le décrit Pierre, et c’est justement pour ça qu’il a été recruté, empêcher les morceaux de sonner trop catalogués. « On ne s’est jamais donné de barrière », confie Pierre. « On voulait faire ce qu’on aime, point. Ça ne rentre pas dans une case, et c’est justement ce dont on est le plus fiers. »

 

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Sungrave

 

Titre par titre, une épopée qui ne se répète jamais

« Underwater » ouvre le bal en une cinquantaine de secondes à peine, respiration ambient et suspendue, qui sert de sas d’entrée pour « Adelita« , porté par une basse qui creuse le sillon et laisse Emilien exploser ; sous les riffs, un texte qui parle de rompre une emprise, de refuser qu’on continue à écrire son histoire à sa place. « Mascara » démarre batterie en tête, Roch dictant le tempo avant un refrain qui s’accroche direct à l’oreille, les mots, eux, racontent ce moment où le masque tombe et où la vulnérabilité ne peut plus se planquer sous le fard. Sur « To The Brightest », le morceau accélère et enchaîne les visages, la basse gagnant du terrain à chaque couplet ; le texte égratigne au passage cette course sans fin vers toujours plus de lumière artificielle, cette fuite en avant qui ne rassasie jamais. « Until The Crash » joue à saute-mouton avec ses propres codes rythmiques, entre plans anguleux façon SOAD et un final presque scandé, le titre laisse planer, sans jamais la nommer frontalement, l’idée d’une fin qu’on sent poindre à l’horizon.

 

 

Le cœur suspendu du disque

« Quicksands », c’est le titre qui respire différemment : guitare et basse à nu, un souffle électrique qui grandit en fond sonore et finit par se dissoudre, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un silence chargé, un sable mouvant qui vaut autant pour l’urgence climatique que pour cette sensation de temps qui s’échappe entre les doigts. « The Mirror », premier extrait vidéo, assume un hommage frontal au grunge des nineties, et convoque au passage la figure de Janus, le dieu aux deux visages, pour raconter ce vertige de ne plus se reconnaître dans son propre reflet.

 

 

« Yökai » prend une tournure plus lourde et stoner, la basse en meneuse, avant que la guitare de Pierre n’aille chercher l’air ailleurs sur la fin, le titre emprunte son nom à ces esprits de la mythologie japonaise, jolie métaphore pour ces démons intérieurs qu’on n’arrive jamais tout à fait à chasser. « The Boundaries of Change » suit une tentative de changer de peau, freinée par tout ce que l’enfance a gravé en nous, résultat : sans doute le titre le plus habité de l’album. « Broken Lines » referme presque le disque sur une rupture, une présence qu’on tente de retenir avant qu’elle ne s’efface pour de bon, et « Prayers » clôt Afterglow sur ses lignes les plus sombres, évoquant en filigrane la guerre en Palestine.

Afterglow marque par sa capacité à mêler chaos et mélodie sans jamais donner l’impression d’en faire trop. On a beau chercher la faille, le titre faible, le morceau de remplissage, on ne le trouve pas. Plus de dix ans d’expérience éparpillée dans des groupes différents, et il aura fallu Sungrave pour que tout ça prenne enfin son sens. Comme quoi parfois, il ne suffit pas d’assembler les bons ingrédients : il faut aussi laisser le temps faire la fusion.

 

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Sungrave – Live

 

La suite d’écrit déjà sur scène

Depuis la sortie d’Afterglow, Sungrave a pas mal tourné autour de la région lilloise, pays limitrophes compris, et une nouvelle série de dates se prépare pour la fin d’année et le début 2027. Prochain rendez-vous à ne pas louper : le 9 octobre à Lille, en première partie de Sex Shop Mushrooms – un groupe qu’on avait déjà eu le plaisir de mettre en lumière dans nos pages. Et s’il ne fallait retenir qu’une chose, c’est que Sungrave se révèle pleinement en live. « Les morceaux sont beaucoup plus habités sur scène, notamment par ce que fait Emilien », confie Pierre. « Il y a un côté poignant dans son interprétation, beaucoup moins sage que sur l’album. » Une seule envie après ça : aller confimer tout ça de nos propres yeux, dès que possible.

Afterglow – sortie le 8 mai 2026 – No Need Name / Ace Or Wands / MA Saret Records / Uproar For Veneration / GED

Tracklist :
1. Adelita
2. Mascara
3. To The Brightest
4. Until The Crash
5. Quicksands
6. The Mirror
7. Yökai
8. The Boundaries Of Change
9. Broken Lines
10. Prayers

Instagram : @sungrave_music

Youtube : @wearesungrave