Un mois s’est écoulé, et pourtant rien n’est vraiment redescendu. Il y a ce riff de B.Y.O.B qui traîne encore dans un coin de la tête, la voix de Daron qui « round round round around ! », des images sur notre feed qui reviennent sans prévenir… avec les frissons qui vont avec. Pas cette nostalgie facile de fin de concert réussi non, quelque chose de plus tenace, presque physique. On en a vu des shows mémorables, mais celui-là, on n’est certainement pas les seuls à en être ressortis marqués à vie.

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz
Une soirée qui s’amplifie à vue d’œil
En ce 2 juillet aux alentours de 18h, le Stade de France se remplit gentiment et pourtant l’excitation, elle, est déjà pleine. On sent cette drôle de tension propre aux grands rendez-vous : celle d’un public majoritairement venu pour un seul groupe mais qui va, sans trop s’en rendre compte, vivre trois concerts en un. Parce que ce soir-là, l’affiche a beau annoncer une tête de gondole évidente, elle cache surtout une gradation savamment calculée : de l’intime au monumental, du culte au collectif.

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz
Acid Bath, le privilège que peu avaient vus venir
C’est là que ça commence, et c’est là que ça a le plus de valeur. Le nom d’Acid Bath figure en toute modestie sur l’affiche, presque une note de bas de page à côté des deux autres mastodontes, et c’est bien le seul endroit où ce groupe cultissime mérite d’être petit. Il y a encore deux ans, l’idée même de le voir un jour sur un sol français relevait du fantasme pour connaisseurs. Reformé en 2024 après vingt ans de silence, le groupe de sludge originaire de Louisiane livre ce soir-là son second baptême français (le premier étant au Hellfest dix jours auparavant), sans que la majorité du public, encore en train de s’installer, ne réalise vraiment ce qui se joue sous ses yeux.

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville
Le groupe ouvre et Dax Riggs pose sa voix grave et trouble sans bouger d’un centimètre durant tout le set, pendant que Sammy Duet la déchire à coups de cris rauques dès qu’il faut lâcher prise. « Bleed Me An Ocean », « Dead Girl », « Paegan Love Song » : trente minutes à peine et un son délicieusement suintant, poisseux, qui traîne encore l’humidité des marécages du Sud dont il vient. Pour qui savait ce qu’il regardait, ce fut un privilège rare. Les autres ont applaudi poliment sans se douter de leur chance, et on les excusera volontiers en les invitant à découvrir leur histoire et leur discographie, qui influença un bon paquet d’artistes de leurs playlists. De notre côté, on a eu la chance de rencontrer Mike Sanchez, guitariste du groupe, quelques heures avant qu’il ne monte sur cette même scène, interview exclusive à retrouver très bientôt sur Rock Sound.

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville
Queens of the Stone Age monte d’un cran
Josh Homme débarque avec un look qui se démarque des autres membres du groupe, dans un top à rayures qui fait son petit effet dandy assumé, mais dès « You Think I Ain’t Worth A Dollar, But I Feel Like A Millionaire » le message est clair : ils savent à quel public ils ont à faire. Les QOTSA creusent dans leur discographie, sortent des cartons le très rare « Sick, Sick, Sick » et deux titres d’Era Vulgaris, cet album qu’on n’écoute jamais assez, avant de refermer avec un enchaînement « Go With The Flow », « No One Knows », « A Song For The Dead » déclenchant les premiers pogos de la soirée. Le groupe assure un set de plus d’une heure parfaitement ficelé, heureux de partager un bout de la soirée avec nous et le stade, cette fois, est fin prêt.

QOTSA – Stade de France – photo by Anouk Marhoefer
System of a Down réveille la bête
L’intro de « X » tombe, et le bruit qui en sort n’a plus rien d’un applaudissement : c’est un grondement continu, presque animal, qui monte des quatre coins du stade. Daron Malakian s’installe d’un côté, Shavo Odadjian arrive en dansant de l’autre suivi de John Dolmayan derrière les fûts, et quand Serj Tankian les rejoint au centre, il ne reste plus aucun doute : les quatre sont bel et bien réunis devant nous en ce jour béni des dieux. « Prison Song » ouvre le bal des premiers circle-pits, « Violent Pornography » balance ses riffs sales sous des images tout aussi malaisantes à l’écran et très vite, entre « Mr. Jack » et un « Soil » que personne n’espérait vraiment entendre, on comprend que cette setlist de vingt-huit titres n’épargnera personne. Daron s’improvise conteur avant « Needles », lance une injonction à sauter partout sur « Bounce » et fait claquer les mains en rythme sur « Chop Suey! ». Entre deux blagues, il prend aussi le temps d’évoquer le génocide arménien et de dédier « Tentative » aux enfants de Gaza, en SOAD assumé.

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz
La grande famille
Et puis entre deux tubes, John Dolmayan fait signe à sa fille Emma de le rejoindre sur scène : c’est son anniversaire, et c’est tout naturellement un stade de 75 000 personnes dédié aux arméniens qui se met à chanter pour elle. Le groupe l’entoure sourires aux lèvres et pendant quelques secondes, ce ne sont plus quatre musiciens qu’on regarde mais une famille qui a fini par se retrouver, et ça nous fout clairement la larme à l’œil. La suite s’enchaîne sans temps mort : un « Aerials » qui fait planer tout le stade, un « Roulette » où les harmonies entre Tankian et Malakian collent des frissons dans le dos, un « Cigaro » absolument jubilatoire. « Toxicity » embrase une dernière fois la fosse avant que « Sugar » ne referme la boucle. Quand les lumières s’éteignent, on ne réalise pas encore vraiment ce qu’il s’est passé ce soir-là tant on est ennivré de ce 2 juillet 2026 à Saint Denis, mais on sait que c’était largement à la hauteur de nos espérances.

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz
Un souvenir qu’on n’est pas près de ranger
On ressort de là la voix éclatée d’avoir mis nos tripes sur chacune des notes balancées, avec cette certitude un peu bête mais sincère : on vit décidément une putain de belle époque pour revoir sur scène les groupes qui nous ont forgé. Neuf ans d’absence, deux Stades de France pleins, et ces visages gravés dans nos mémoires : quatre musiciens qui semblent s’être retrouvés pour de bon et le prouvent dans le monde entier, et ces sourires, ces yeux brillants d’émotions d’un public d’une fidélité absolue pour 4 gars un peu fous mais déterminés.

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz

SOAD – Stade de France – photo by Clemente Ruiz

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville

Acid Bath – Stade de France – Photo by François Capdeville




