Avec Be Sweet To Me, attendu ce 29 mai, Violet Grohl signe un premier album entre fureur alternative, refrains immédiats et éclats plus vaporeux. La fille de Dave prouve surtout une chose, derrière le nom, il y a déjà une véritable autrice.

Bon sang ne saurait mentir. Voilà sans doute la première phrase qui vient à l’esprit après l’écoute du premier album de Violet Grohl. Et pourtant, avant même d’avoir appuyé sur play, certains avaient déjà préparé le procès. “Nepo baby”, “fille de”, “industry plant”, cette nouvelle maladie contemporaine qui consiste à coller des étiquettes partout pour éviter une seule chose : écouter un disque vraiment.
Et puis, il faut le dire, ces accusations tombent toujours avec une régularité presque suspecte sur les mêmes épaules. Willow Smith, Gracie Abrams, plus proche de nous Miki et aujourd’hui Violet Grohl. Curieux hasard. Comme si, dans le rock, une femme devait encore s’excuser d’exister avant même d’avoir branché sa guitare. Miki signe en major ? Industry plant. Violet porte le nom Grohl ? Nepo baby. A-t-on déjà reproché à Jeff Buckley ce qui le lie à Tim Buckley ? Pourtant on en a fait, et à juste titre, un dieu, un héros des nineties. Fascinant petit sport national.
Alors nous, chez Rock Sound, on l’a écouté ce disque. Sans a priori et autres idées préconçues. Et force est de constater que ce que délivre Violet Grohl sur ce premier album, très peu d’artistes contemporains sont capables de le faire. Du haut de ses vingt ans, elle accouche d’une musique déjà mûre, d’un disque pensé, dense, habité. Ça pioche dans le rock ultra catchy presque stoner sur “Thum” ou “595”, morceaux qui sentent immédiatement les heures passées à être biberonnée aux Queens of the Stone Age, mais sans jamais tomber dans le simple mimétisme né dans une chambre d’ado. Plus loin, “Mobile Star” ouvre des portes autrement plus vaporeuses et aventureuses, comme si Violet Grohl refusait intelligemment de choisir entre l’efficacité immédiate et les dérives plus expérimentales.

Photo par Alexia A (https://www.instagram.com/troubleshooteur/)
Et puis il y a “Often Others” et là, ça défouraille sec. Double pédale en mode sulfateuse, batterie martiale, guitares qui tranchent sec. Une manière très claire de remettre les pendules à l’heure pour ceux qui seraient encore en train de compter les chromosomes de son arbre généalogique plutôt que d’écouter les refrains ultra accrocheurs de ‘’Last Day I Loved You’’ ou “Big Memory”. Peu après, “Applefish” revient calmer le jeu dans une douceur fragile, presque suspendue, mais pas pour longtemps, car chez Violet Grohl les accalmies ressemblent à ces lourdeurs d’août où l’on sait qu’un orage peut éclater d’une seconde à l’autre.
Tout est maîtrisé et c’en est presque indécent de le souligner autant. Au fond, le problème est peut-être déjà d’en parler sous cet angle. Peut-être aurait-il fallu chroniquer ce disque sans jamais préciser une seule fois que Violet est la fille de son père. Mais on vous connaît, bande de petits filous. Certains auraient trouvé le moyen de nous reprocher “d’effacer le contexte”. Oui, toi là-bas au fond. Je te vois. Toi avec ton vieux tee-shirt NOFX délavé qui va écrire “mouais ça sent le piston quand même” avant même d’avoir dépassé l’intro.
En fait, et surtout, tout cela fleure incroyablement bon ce qu’on aime chez Rock Sound. Ce dont on vient, le rock des années 90. Le grunge élégant de Garbage, la ferveur cabossée des Breeders, la fièvre de PJ Harvey, la force de Sinead O’Connor. Cet ADN-là coule aussi dans ses veines, mais il ne sonne jamais comme une reconstitution nostalgique. C’est là toute l’intelligence du disque, c’est comprendre l’héritage sans devenir prisonnière de son musée. Car l’album est aussi profondément moderne. Rien ici ne sent la naphtaline ou le revival forcé. On pense même parfois à Billie Eilish sur “Pool Of My Dreams”, dans cette manière de faire cohabiter fragilité intime et production ample, génération anxieuse et mélodies qui collent immédiatement à la peau.
Violet Grohl appartient pleinement à cette nouvelle scène capable d’absorber plus de trente ans de culture alternative pour la transformer en quelque chose de vivant, pertinent et contemporain. Ses bagages deviennent alors une force, elle connaît l’histoire du rock sans chercher à la réciter comme une poésie débile. Le sommet du disque reste sans doute “Plastic Couch”, le morceau le plus long, le plus merveilleusement construit aussi. Une lente montée en tension qui finit de nous achever avec une élégance rare. Comme si tout l’album convergeait vers ce point précis. Et à cet instant, impossible de ne pas repenser à cette phrase du début. Bon sang ne saurait mentir.

Be Sweet To Me est sorti le 29 mai 2026 chez Polydor
Style : Rock alternatif
Tracklist :
1 – THUM
2 – 595
3 – Bug In The Cake
4 – Last Day I Loved You
5 – Big Memory
6 – Mobile Star
7 – Often Others
8 – Applefish
9 – Cool Buzz
10 – Pool of My Dreams
11 – Plastic Couch
Site Officiel : violetgrohl.com
Bandcamp : violetgrohl.bandcamp.com
Instagram : viioletgrohl







