Maquina – Body Transmission

par | 10 Juil 2026 | Chronique

Temps de lecture : 5 min
Le trio lisboète MAQUINA. revient avec un deuxième album qui transpire déjà la fièvre avant même d’avoir lancé sa première boucle. Premier disque publié chez Fuzz Club, Body Transmission transforme le dancefloor en chambre de sudation industrielle, quelque part entre rave sous tension, concert post-punk en surchauffe et hallucination collective au petit matin. Un disque qui cogne, brûle, suffoque parfois, mais qui ne cesse jamais d’avancer, comme un corps possédé refusant obstinément de s’effondrer.
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On entre dans Body Transmission comme on pousse la porte d’un club encore ouvert à l’aube, les yeux secs, la gorge en feu et cette impression confuse que quelque chose va mal finir. La sueur coule déjà des murs, les corps bougent trop vite. Les basses cognent comme des types ivres derrière des barricades. Et pourtant personne ne songe à partir, quelque chose grimpe dans le sang. Une chaleur étrange, une tension électrique qui ne redescendra plus. Comme si la fête avait cessé d’être indolente pour devenir un état critique.  Il y a des albums qui s’écoutent comme défile le paysage derrière la vitre d’un train, d’autres que l’on écoute savamment en essayant d’en décortiquer les moindres détails, d’analyser les structures ou les intentions. Et puis il y a ceux que l’on écoute comme on attrape une maladie tropicale au retour d’un voyage. Ce disque appartient à la troisième catégorie. Une montée de température lente, malsaine, euphorique.

Dès “Dança”, on entre dans la danse comme on entre dans une fièvre qui ne nous lâchera plus. Les basses cognent contre les tempes avec la régularité d’un cœur en surchauffe. Quelque chose d’animal circule déjà dans les câbles comme une pulsation moite, sale, magnétique. Dame Area, alors en featuring ici, transforme le morceau en cérémonie païenne pour clubbers insomniaques. On ne sait déjà plus très bien si l’on est dans un warehouse de Lisbonne ou dans une hallucination provoquée par le manque de sommeil.

Peu après, “4 to the Floor” porte bien son nom, même si cela n’a absolument rien à voir avec Starsailor. Ici, si tube il y a, c’est surtout un tube à néon qu’on se mange en plein dans les dents. Éclats de verre et poudre blanche en suspension sur fond d’horror party. On transpire désormais autant qu’on danse, c’est tragique, on devient accro. Et quand “Collapsing” hurle, la fête devient accident industriel. Les cris semblent remonter du fond d’un tunnel rempli d’eau noire. Déchirants comme des gyrophares dans le brouillard. Les fumées épaisses bouchent la vue ; ici, pas de cotillons fluorescents ni de petits bonshommes en mousse. Seulement l’envie d’en découdre avec nos certitudes, de piétiner cette vieille ordure d’espérance qu’on continue malgré tout à trimballer au fond des poches. On sait très bien que demain ne sera pas meilleur. MAQUINA. est là pour tout incendier, et nous dansons au milieu des flammes avec la grâce absurde des gens qui ont déjà accepté la catastrophe.

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Et plus la fièvre monte, plus la transe devient profonde. “Out Of Fear” voit s’affronter des riffs mécaniques dignes de Trent Reznor et des mélodies noisy évoquant les productions de Johnny Hostile. Sur “Bizarro”, la douleur devient plus sourde, les tempes battent plus fort encore. Nous entrons alors dans cette étrange sensation où la fatigue et l’extase commencent à parler exactement la même langue. Puis “Simulation” dérape, nous ne roulons plus désormais que sur les essieux. Les éléments mécaniques du morceau deviennent si envahissants qu’on finit par se demander si nous ne sommes pas, nous aussi, en train de muter en véhicules de course. Des carrosseries brûlantes qui se frôlent, patinent et tournoient dans le club comme dans un stock-car incontrôlable. Ou alors est-ce simplement le pit surchauffé d’une salle de concert ? Franchement, à ce stade, on ne sait plus très bien où l’on habite.

Enfin “Pressure/Pleasure” déboule, suintant les machines graisseuses et les néons défectueux. Des ambiances à la The Young Gods, quelque part entre Meat Beat Manifesto et The Cassandra Complex, avant de muter en bombe big beat dégénérée. Impossible de ne pas penser à The Prodigy ou à Fatboy Slim dans cette manière d’utiliser les samples comme des cocktails Molotov. Tout explose avec le sourire, tout brûle en rythme.

Et c’est peut-être ça, la grande réussite de Body Transmission, c’est transformer le dancefloor en zone de collision émotionnelle. Faire danser les punks, faire pogoter les clubbers, brouiller les frontières jusqu’à l’épuisement général. Le trio lisboète ne cherche pas à réconcilier les genres, il préfère les lancer les uns contre les autres à pleine vitesse pour observer les étincelles. Et au milieu du fracas, quelque chose de profondément humain subsiste encore, comme un besoin presque désespéré de bouger ensemble avant que tout s’arrête. Diable que cette fièvre était belle.

Body Transmission sort le 10 Juillet sur Fuzz Club

Style : Techno-punk fiévreux

Tracklist :
1. dança (with Dame Area)
2. 4-to-the-floor
3. collapsing
4. agony 03:05
5. bizarro
6. valve
7. simulation
8. step on me
9. out of fear
10. pressure/pleasure

Instagram : maquiiinaria
Bandcamp : maquinaponto.bandcamp.com
Tour Dates : Maquina TOUR