Zakk Wylde, c’est la force brute, la guitare en étendard et l’humour qui claque comme un coup de médiator. Mais derrière la légende et la barbe mythique, il reste ce gamin de Jackson qui a grandi entre Elton John, Black Sabbath et des rêves trop grands pour tenir dans une cuisine de potes. Dans cet échange sans filtre, il remonte la route : l’audition chez Ozzy, la fraternité Black Label Society, les riffs, les rires, la scène… et ce feu intérieur qui ne faiblit jamais. Une rencontre intense, humaine, profondément rock.

Zakk Wylde by Caro
Caro (Rock Sound) : Salut Zakk ! J’espère que tu n’as pas déjà raconté toutes les bonnes histoires aux collègues journalistes qui m’ont précédée !
Zakk Wylde : T’inquiète.
Caro (Rock Sound) : Ok, let’s go alors ! C’est un très grand plaisir de te rencontrer ! Quand je rencontre un artiste pour la première fois, j’aime bien faire ce que j’appelle une interview “Retour vers le futur” : remonter le temps, parler de l’enfant que tu étais, et de comment tu es devenu l’homme et l’artiste que tu es aujourd’hui. Ça te va ?
Zakk Wylde : Je suis à peu près le même gamin… j’ai juste une barbe en plus.
Caro (Rock Sound) : Ahaha, cette barbe magnifique !
Zakk Wylde : Alors, les souvenirs… oui avec Barbara, ma femme, on parle souvent de l’endroit où on a grandi, à Jackson. Une petite ville, vraiment tranquille. Et mon enfance a été géniale : des amis, des bons moments. Mes parents étaient super cool. Ils nous ont toujours soutenus dans tout ce qu’on voulait faire. Quand je faisais du sport, ils disaient : “Si c’est ce que tu veux faire, fonce.” Et quand j’ai commencé la guitare, c’était : “Très bien, vas-y.” C’est ce qu’on fait avec nos enfants aujourd’hui. Je leur dis toujours : “Votre bonheur, c’est le nôtre. Trouvez ce que vous aimez, ce qui vous passionne, et faites-le.” C’est ça, le secret de la vie.
Caro (Rock Sound) : Alors, dis-moi… avant la légende, avant la barbe, avant les amplis énormes, tu te souviens de la première fois où tu as entendu de la musique ? Celle qui t’a fait tomber amoureux de la musique ?
Zakk Wylde : Oui. J’ai vu Elton John jouer Lucy in the Sky with Diamonds dans le Sonny & Cher Show, en 1975.
Caro (Rock Sound) : Ah oui ?
Zakk Wylde : La puissance de la musique… J’en avais des frissons. J’étais un énorme fan d’Elton John. Et je le suis toujours. Puis vers 11 ans, j’ai découvert Black Sabbath. C’était un pote en cours d’arts plastiques. On devait peindre un truc, et lui avait fait un crâne sans mâchoire, avec un éclair qui le traversait, et écrit “Black Sabbath”. Je lui ai dit : “C’est quoi ça ? C’est trop cool.” Il m’a répondu : “C’est le groupe que mon grand frère écoute.” Un jour, au centre commercial avec ma mère, elle m’a dit : “Si tu veux un disque, choisis-en un.” J’ai pris We Sold Our Soul for Rock’n’Roll.
Caro (Rock Sound) : Ah ouais. Bon début !
Zakk Wylde : La blague que je fais toujours, c’est : j’étais catholique quand j’ai mis le disque. À la moitié, j’étais devenu sataniste. Et quand il s’est terminé, je suis redevenu catholique juste pour remercier Dieu d’avoir créé Black Sabbath. Une sacrée expérience… mais ça valait le coup, ahahaha !
Caro (Rock Sound) : La musique était importante chez toi ? Il y en avait beaucoup à la maison ?
Zakk Wylde : Oui, clairement. Je ne connais personne qui n’aime pas la musique. Tom Petty disait un truc très juste : “La musique est la plus grande forme de magie.” Elle peut te transporter n’importe où. Une chanson peut te ramener à un moment précis de ton enfance. Tu entends un morceau et tu te dis : “Je me souviens, j’étais chez ma tante…” La musique, c’est ça : elle ravive des souvenirs, elle marque des étapes de ta vie. Et ce qu’on écoute entre 13 et 17 ans, on le garde pour toujours. Quand j’écoute Black Sabbath, Led Zeppelin ou Elton John aujourd’hui, ça me fait le même effet que la première fois.
Caro (Rock Sound) : C’est ça, la beauté de la musique. Et ta première guitare… tu t’en souviens ?
Zakk Wylde : C’était une sorte de copie de Les Paul, une Gibson L6 ou quelque chose comme ça, tout en érable. Une imitation, en fait. Ma première “vraie” bonne guitare, c’était une Gibson SG Firebird bleu pâle. Je l’ai retrouvée plus tard, je l’ai récupérée. Les guitares de ton enfance, c’est celles sur lesquelles tu passes des heures et des heures.
Caro (Rock Sound) :Tu te souviens de la première chose que tu as essayé de jouer dessus ?
Zakk Wylde : Mon prof, Leroy Wright, m’a appris Smoke on the Water ou Iron Man, parce que tu peux les jouer sur la corde de mi grave. Puis les accords barrés, et jouer avec les disques : Highway to Hell, c’était un cap. Je me souviens du jour où j’ai réussi Back in Black. Et quand Leroy m’a montré l’intro de Hey Joe… là, j’étais dans un autre monde. Jouer avec les disques, c’était magique. Et c’est pareil quand tu écris une chanson : tu pars d’une petite idée, et elle prend vie.
Caro (Rock Sound) : Tu dis qu’adolescent, tu t’entraînais dix heures par jour. Tu cherchais quoi à cet âge-là ? La discipline ? Une échappatoire ? Ou juste l’amour de la musique ?
Zakk Wylde : J’ai toujours été discipliné. J’ai toujours aimé faire de la muscu, ce genre de trucs. Quand je veux faire quelque chose, je le fais. Tu t’appliques, c’est tout. Si tu veux perdre du poids, tu jeûnes jusqu’à trois heures. Tu le fais. Pas d’excuses. “J’ai faim.” Alors ferme-la et fais-le, sinon tu n’auras aucun résultat. Ne mange pas de glucides, ne mange pas ci ou ça. Tu veux perdre du poids ? Je te dis comment faire. Mais au final, c’est toi qui dois t’y mettre. Et croire que tu en es capable.
Caro (Rock Sound) : Donc tu avais un objectif : devenir bon.
Zakk Wylde : Oui. Et puis ce n’était jamais une corvée. Même aujourd’hui, en tournée, tout ça… j’adore. Je fais ce que j’aime. Je suis vraiment béni et reconnaissant.
La révélation : quand la guitare devient une vocation
Caro Tu as eu un moment “révélation rock” ? Un concert, un guitariste, un morceau où tu t’es dit : “C’est ça ma vie” ?
Zakk Wylde : Probablement la première fois que j’ai vu mon prof, Leroy Wright, jouer. Entendre quelqu’un jouer, c’est une chose. Le voir en vrai, c’est comme regarder un magicien faire un tour de cartes. Je me disais : “Mais comment il fait ça ?” Je trouvais ça fascinant. J’ai commencé les cours avec lui. Il me montrait Hey Joe, du Led Zeppelin, du Sabbath, du AC/DC… les groupes que j’aimais.
Et ensuite, il me montrait “le truc”, comme un magicien qui t’explique le secret. Pourquoi ça marche, comment ça marche. Il rendait tout ça fun. Et moi, je voulais apprendre. Mes parents ne m’ont jamais dit de pratiquer. Je voulais jouer. Je dis toujours aux gamins : c’est comme les jeux vidéo. Tu joues parce que tu aimes ça. Tu veux passer au niveau suivant. Tu peux jouer huit heures sans t’en rendre compte.
Caro (Rock Sound) : Et tu as des ampoules…
Zakk Wylde : Oh oui !
Caro (Rock Sound) : Moi aussi quand j’étais gamine. Début de guitare acoustique… ampoules !
Zakk Wylde : C’est que tu jouais trop… ou pas assez souvent, ahaha !
Caro (Rock Sound) : Quels étaient tes héros de guitare à l’époque ? Ceux qui t’ont donné envie de prendre l’instrument pour de vrai ?
Zakk Wylde : Tony Iommi, Jimmy Page, Randy Rhoads, Eddie Van Halen, Al Di Meola, Frank Marino de Mahogany Rush, Jimi Hendrix… Et aussi John McLaughlin, Paco de Lucia… Je les écoute toujours. Ils sont toujours aussi incroyables. Ils m’inspirent encore aujourd’hui. C’est sans fin.
Caro (Rock Sound) : Au-delà de la technique, qu’est-ce qu’ils t’ont appris sur l’émotion, la puissance, la liberté ?
Zakk Wylde : Que tu dois jouer ce que tu aimes. Billy Joel, Elton John, Fleetwood Mac, Hendrix, les Eagles… ils jouent ce qui sort naturellement d’eux. Ils ne suivent pas les tendances. Ils jouent ce qu’ils aiment. Et si les gens aiment aussi, tant mieux.
Les premiers concerts : caves, cuisines et fêtes de quartier
Caro (Rock Sound) : Tu te souviens de ta toute première scène ?
Zakk Wylde : Oui. On jouait dans les caves de nos potes, ou carrément dans leur cuisine. Je me souviens d’un concert dans la cuisine d’un ami. Et puis les fêtes dans les jardins, avec des tonneaux de bière. C’était toujours fun.
Caro (Rock Sound) : Et ton premier vrai concert sur une scène ? Tu t’es senti chez toi ou tu avais le trac ?
Zakk Wylde : Pas de trac. Juste l’adrénaline. C’est comme sauter d’un avion. Mais je dis toujours aux gamins : il faut apprendre à se détendre.
Caro (Rock Sound) : À l’époque, tu t’imaginais déjà devant une foule immense ?
Zakk Wylde : Pas vraiment. Mais jouer devant des gens, c’est excitant. Et aujourd’hui, jouer devant 100 000 personnes avec Ozzy, ou jouer dans un disquaire comme l’autre jour… c’est la même joie.
Caro (Rock Sound) : Donc c’était la musique qui t’attirait, pas la vie de rockstar.
Zakk Wylde : Exactement. Demande à n’importe quel musicien : c’est l’amour de jouer.
Caro (Rock Sound) : Tu rêvais déjà de ce que tu as accompli ?
Zakk Wylde : Peut-être pas à cette échelle, jouer avec Ozzy et tout ça… Mais je savais que je voulais consacrer ma vie à la musique. Comme un prêtre qui choisit sa vocation. Si Ozzy n’était jamais entré dans ma vie, j’aurais quand même fait de la musique : tenir un magasin, donner des cours, jouer dans un groupe de reprises… Tout aurait tourné autour de ça.

Le tournant Ozzy : le rêve absolu
Caro (Rock Sound) : Puis il y a eu le tournant Ozzy. Tu dis que jouer avec lui, c’était ton rêve absolu. Pourquoi sa musique t’appelait-elle aussi fort ?
Zakk Wylde : Pour moi, c’était comme si Ozzy jouait avec les Beatles. Il adorait les Beatles. Et moi, c’était Ozzy et Randy Rhoads. D’abord Sabbath, puis Ozzy et Randy… c’était incroyable. Et maintenant, je me retrouve dans le groupe. C’est complètement dingue.
Caro (Rock Sound) : Quand tu as envoyé ta démo, tu avais 19 ans. Tu visais uniquement Ozzy ou tu envoyais des cassettes partout ?
Zakk Wylde : Je me souviens que Barbara Ann, ma femme, avait entendu Ozzy chez Howard Stern. Elle m’a dit : “Il faut qu’on trouve un moyen de lui envoyer ta cassette.” Je lui ai répondu : “Je ne connais personne. Je n’ai pas le numéro d’Ozzy dans l’annuaire.” Tu ne peux pas juste appeler Ozzy Osbourne. Je jouais dans un club, le Close Encounters, et un gars, Dave Feld, m’a vu. Il m’a demandé : “Tu as déjà pensé à auditionner pour Ozzy ?” Je lui ai dit : “Non, je pensais plutôt aller manger une part de pizza.”
Il m’a dit : “Si tu me donnes une cassette et quelques Polaroids, je peux les faire passer à Mark Weiss.” Mark, le photographe légendaire. Il pouvait peut-être les transmettre à Sharon. Je n’avais rien à perdre. Je pompais de l’essence à Jackson, New Jersey. J’ai fait la cassette, je l’ai donnée à Dave, Dave l’a donnée à Mark, Mark à Sharon… Et un jour, elle m’a appelé chez mes parents.
Caro (Rock Sound) : Tu te souviens de ce que tu as ressenti en décrochant ce téléphone ?
Zakk Wylde : Oui. C’était Sharon. Mais il y avait un décalage dans la ligne, elle appelait d’Angleterre. Je me suis dit : “C’est un de mes potes qui me fait une blague avec sa mère au téléphone.” Je n’y croyais pas. Mais non, c’était vraiment Sharon. Ils m’ont fait venir en Californie. J’ai rencontré Ozzy… et j’ai failli me chier dessus. Je me suis dit : “Zakk, joue avec ton cœur.” Après ça, il m’a dit : “Va changer ton pantalon, puis fais-moi un sandwich au jambon. Et vas-y doucement sur la moutarde Coleman.” Et voilà, je lui ai fait des sandwiches pendant trente ans.
Caro (Rock Sound) : C’est pour ça qu’il t’a gardé ? Pour tes sandwiches ? Ahaha !
Zakk Wylde : Non, je fais aussi la vaisselle et le linge. Ahaha ! C’est aussi pour ça que Barbara Ann m’a épousé. Je fais la vaisselle, le linge, et je fais de bons sandwiches.
Caro (Rock Sound) : Tu es parfait !
Zakk Wylde : Et je fais des massages de pieds. Elle adore ça.
Caro (Rock Sound) : Et quand tu as raccroché avec Sharon, tu as fait un “Aaaaah ! C’est dingue !” ?
Zakk Wylde : J’étais là : “Oh mon Dieu, je n’y crois pas.” Et après l’audition, Sharon m’a rappelé : “Il va falloir faire ton passeport, tu pars en Angleterre pour écrire.” Donc j’avais le job… mais pas encore vraiment. Ils voulaient voir si j’étais capable d’écrire des chansons. La première qu’on a faite, c’était Miracle Man.
Caro (Rock Sound) : C’était ta première fois en Angleterre ?
Zakk Wylde : Oui. Et c’était fou. Je me souviens d’un hôtel où je logeais au début. Je me disais : “Sabbath a dormi ici.” C’était un Holiday Inn ou un truc comme ça. Mais j’étais comme un gamin. C’était trop cool.
Trouver son propre son
Caro (Rock Sound) : Depuis, tu as construit ton identité. Ton son est reconnaissable immédiatement. Tu l’as construit consciemment ou c’est venu naturellement ?
Zakk Wylde : Naturellement. Juste en jouant ce que j’aime, encore et encore.
Caro (Rock Sound) : Tu as eu un moment où tu t’es dit : “Ça y est, c’est moi, c’est mon son” ?
Zakk Wylde : Oui, tu le sens quand tu joues. Techniquement, c’est de la répétition. Et ensuite, c’est comme parler une langue. Au début, tu réfléchis. Puis un jour, tu parles sans y penser. La guitare, c’est pareil : une fois que tu connais l’instrument, tu peux t’exprimer.
Caro (Rock Sound) : Quand j’écoute de la musique, je cherche l’émotion. Pas la technique. Quand tu joues, quelle émotion veux-tu que les gens ressentent en premier ?
Zakk Wylde : D’abord, la chanson doit me toucher, moi. Et pour les solos, j’ai appris de Randy Rhoads : un solo doit être une chanson dans la chanson.
Caro (Rock Sound) : Tu as un côté doux et un côté très puissant. Ton son reflète-t-il qui tu es ?
Zakk Wylde : C’est moi à 100%. Je dis toujours aux jeunes musiciens : joue ce que tu aimes. Si ça ne te touche pas, pourquoi le faire ? Que ce soit Wild Horses, Whole Lotta Love ou Into the Void, c’est la musique qui te fait vibrer qui compte.

Souvenirs de scène
Caro (Rock Sound) : Ça fait trois décennies que tu tournes partout dans le monde. Tu as un souvenir préféré, un moment qui te fait encore sourire ?
Zakk Wylde : Oui. Quand on a fait Back to the Beginning, voir Ozzy aussi heureux d’être de retour sur scène… tout le monde l’a senti. Le voir retrouver cette énergie, cette camaraderie avec les gars… c’était vraiment spécial.
Caro (Rock Sound) : C’est un très beau souvenir.
Zakk Wylde : Sans aucun doute.
Caro (Rock Sound) : J’ai interviewé Lzzy Hale il y a quelques temps, elle y était aussi. Elle m’a dit que c’était un des plus beaux moments de ces dernières années. Elle m’a dit : “On était à la fois sur scène et dans le public, en train d’assister à quelque chose de plus grand que nous.” Et côté “epic fail”, le plus beau loupé on va dire… tu as un moment catastrophe qui devient hilarant une fois passé à nous raconter ?
Zakk Wylde : Oui, mais j’en ai tellement surtout que je ne saurais pas lequel te raconter, je suis hyper maladroit. Par exemple me fendre le pantalon sur scène ça m’est arrivé plus d’une fois. Je surestime la souplesse ou la solidité de mon futal trop souvent. Des trucs idiots comme ça. Ça arrive tout le temps. Et tu continues, c’est tout.
Caro (Rock Sound) : J’en ai entendu beaucoup, des pantalons qui craquent. Un guitariste m’a même raconté qu’il avait lancé sa guitare en l’air… et qu’elle s’était écrasée dans le plafond parce qu’il était trop bas.
Zakk Wylde : Heureusement, je n’ai jamais essayé de faire tourner ma guitare. Je ne fais pas ça. Elle est trop balèze pour la faire voler ! Pas de problème de plafond pour moi ! Ahahah !
Caro (Rock Sound) : Tu es un homme de scène, un vrai showman. Tu aimes le studio aussi, ou c’est juste une étape pour retourner sur scène ?
Zakk Wylde : J’adore les deux. J’aime voir une petite idée devenir un arbre immense. En studio, tu contrôles tout, tu peux façonner ton tableau comme un Salvador Dalí. Et en live, c’est comme sauter d’un avion : l’adrénaline pure. Je n’ai pas de préférence. Certains n’aiment pas la route, veulent juste rentrer chez eux… Moi, j’adore voyager. Quand Barbara Ann vient en tournée, c’est comme de petites vacances pour elle. Elle gère les enfants à la maison, alors quand elle vient, c’est un break. On adore ça tous les deux. Ça ne vieillit jamais pour moi.
Caro (Rock Sound) : Comment ça fait d’être sur scène devant des milliers de personnes ? Tu sens l’énergie du public ?
Zakk Wylde : L’autre jour, j’ai joué dans un disquaire, c’était minuscule. Et l’énergie était aussi forte que devant 500 000 personnes. Que ce soit un pub, une petite salle ou un stade, tu sens tout.
Caro (Rock Sound) : Tu regardes le public pour sentir ce qui se passe, ou tu restes dans ta bulle ?
Zakk Wylde : Je vois tout. Quand on fait les stades avec Metallica, par exemple… hier, ils m’ont donné ça depuis le public. Un chien en peluche. Regarde. J’ai fait une photo ! Un gros plan avec tout le monde.
Caro (Rock Sound) : Ohhh tous ces beaux sourires ! Trop bien.
Zakk Wylde : Oui, c’était génial. Mais j’ai le même rush avec un petit public qu’avec les grosses foules.
La vie sur la route
Caro (Rock Sound) : Tu as tourné avec tellement de groupes et de line-ups. Qu’est-ce que la vie sur la route t’a appris sur la musique ou sur toi-même ?
Zakk Wylde : Que je suis béni. J’adore ça. L’énergie des concerts… À chaque fois que le rideau tombe ou qu’on monte sur scène avec Zakk Sabbath, c’est comme sauter d’un avion. Ça ne vieillit jamais.
Caro (Rock Sound) : Le meilleur dans les tournées, c’est quoi ? Voyager, rencontrer des gens ?
Zakk Wylde : On était en Allemagne l’autre jour, on a mangé de la bouffe allemande. Maintenant on est à Paris, on va manger de la bonne cuisine parisienne. Que demander de mieux ?
Caro (Rock Sound) : Qu’est-ce qui garde le feu allumé, l’envie de jouer, de monter sur scène ? C’est toujours la même chose ?
Zakk Wylde : Oui. J’aime ça. Et je suppose que c’est la même raison pour laquelle Keith Richards et Mick Jagger continuent. C’est une partie de toi.
La voix : du mimétisme au plaisir de chanter
Caro (Rock Sound) : Tu n’as pas commencé comme chanteur. Quand as-tu réalisé que tu avais cette belle voix, et que tu voulais t’en servir ?
Zakk Wylde : Tu veux dire chanter, oui ? Quand j’ai su que je voulais chanter ? Quand on jouait dans des groupes de reprises, je faisais toutes les chansons de Black Sabbath. J’essayais d’imiter la voix d’Ozzy. J.D., lui, faisait Jim Morrison ou les voix graves. Un autre pote faisait les voix aiguës, il chantait Robert Plant. J’ai toujours aimé chanter, parce que c’est fun.
Caro (Rock Sound) : Et chanter, ça a changé ta relation à ta propre musique ?
Zakk Wylde : Comment ça ?
Caro (Rock Sound) : Le fait de chanter en plus de jouer de la guitare, ça a changé quelque chose pour toi ?
Zakk Wylde : C’est fun. C’est fun de chanter, de mettre des harmonies, puis d’écouter le morceau prendre vie. C’est vraiment amusant.
Caro (Rock Sound) : Y a-t-il une de tes chansons qui te ressemble plus que les autres ?
Zakk Wylde : Elles sont toutes différentes pour des raisons différentes. Selon comment tu t’es réveillé ce jour-là, ce qui t’inspire… Pour moi, les paroles restent. Ça peut venir de quelque chose que tu as vécu, ou que j’ai vécu, ou de quelque chose que j’ai lu. Je vois une métaphore et je me dis : “Ça ferait une bonne phrase.” Les paroles, comme tout le reste, c’est sans limite. Tu laisses ton imagination voler où elle veut.
Caro (Rock Sound) : La mélodie vient en premier ?
Zakk Wylde : Pour moi, c’est toujours la musique d’abord. La musique inspire une mélodie. Une fois que j’ai la mélodie, les paroles viennent en dernier. Quand je sais de quoi je veux parler, les mots s’écrivent presque tout seuls.

Black Label Society : plus qu’un groupe, une famille
Caro (Rock Sound) : À propos du royaume que tu as construit : qu’est-ce que tu voulais créer avec Black Label Society que tu ne trouvais nulle part ailleurs ?
Zakk Wylde : Le plus beau, c’est que c’est devenu une communauté. Le chapitre de Paris se retrouve avec celui du Royaume-Uni, ils font la route ensemble, ils vont faire un barbecue, aller au pub, puis au concert, puis traîner ensemble après. Tout le monde reste en contact. Le groupe vous a réunis, mais c’est devenu comme les Deadheads avec le Grateful Dead. Une communauté. Tu rencontres quelqu’un à un concert, et trente ans plus tard vous êtes toujours amis. C’est le groupe qui vous a réunis.
Caro (Rock Sound) : Tu parles souvent de “famille”.
Zakk Wylde : Oui, totalement. C’est notre famille Black Label, mais elle est mondiale. Comme si tu me disais : “Je vais voir ma pote Julie en Allemagne.” Vous vous êtes rencontrées à un concert il y a des années, et maintenant vous faites la route ensemble jusqu’à Londres pour les voir à l’O2 Arena. C’est ça, la force du groupe : il vous a réunis.
Caro (Rock Sound) : Donc tu te sens chez toi avec tes musiciens, où que tu sois ?
Zakk Wylde : Sans aucun doute. Je le vois sur les réseaux : des gens du monde entier qui se retrouvent. C’est magnifique. C’est vraiment un esprit Grateful Dead, cette idée de communauté.
Le nouvel album : un cycle, une continuité
Caro (Rock Sound) : J’ai eu la chance d’écouter le nouvel album, qui n’est pas encore sorti. Qu’est-ce qui l’a déclenché ?
Zakk Wylde : Toujours les chansons et les riffs. On me demande : “Quelle est la différence entre cet album et les autres ?” Je réponds : “C’est le suivant.” C’est le nouveau. J’ai commencé à l’écrire en 2022. Plusieurs années à écrire un peu ici, un peu là. Puis on rassemble tout et on choisit ce qui va sur l’album.
Caro (Rock Sound) : Il y avait beaucoup de chansons, et tu en as gardé 13 ?
Zakk Wylde : Oui. J’en ai écarté certaines, gardé d’autres… Et par exemple, la chanson pour Ozzy… si Oz n’était pas parti, je n’aurais jamais écrit ces paroles. Je n’aurais pas écrit cette chanson il y a trois ans. C’est né de cette période, de 2022 à maintenant.
Caro (Rock Sound) : C’est une très belle chanson. Pas triste. C’est une histoire d’amitié, pleine de gratitude d’avoir vécu ces moments avec lui… enfin c’est comme ça que je l’ai ressentie. Elle est vraiment belle.
Zakk Wylde : Oui, c’est tout à fait ça. Merci beaucoup. Bien-sûr que je suis triste qu’il soit parti mais on a tellement rigolé et c’était quelqu’un de tellement drôle… que la tristesse ne doit pas prédominer, car les souvenirs de tous les bons moments qu’on a vécu sont plus importants !

Interview – Zakk Wylde
Le mot de la fin
Caro (Rock Sound) : Si tu pouvais parler au petit garçon que tu étais, qu’est-ce que tu lui dirais ? Tu crois qu’il croirait ce que tu as accompli ?
Zakk Wylde : Je lui dirais : continue. Comme je dis à mes enfants : fais ce que tu aimes. C’est tout. Aime chaque jour. Crois en toi. Ne cesse jamais de rêver. Une fois que tu trouves ta passion, ce que tu veux faire, ce que tu aimes… fais-le. Les gens compliquent tout. C’est simple.
Caro (Rock Sound) : Quel héritage veux-tu laisser ? Qu’aimerais-tu que les gens retiennent de toi ?
Zakk Wylde : Qu’il a fait ce qu’il aimait. Qu’il a bossé. Et que toi aussi, tu peux le faire. Pourquoi ne ferais-tu pas ce que tu aimes ? Tu peux être heureux ou malheureux. Je préfère être heureux.
Caro (Rock Sound) :Tu as raison. Choisir le bonheur. J’essaie aussi.
En France, on a ce qu’on appelle “le mot de la fin”. Quel serait ton dernier mot pour cette interview ? Dis ce que tu veux aux gens qui vont te lire.
Zakk Wylde : Faites ce que vous aimez. Et soyez gentils. Oui, soyez gentils. Be nice !
Caro (Rock Sound) : Gentils les uns envers les autres ? Ou juste… gentils ?
Zakk Wylde : Juste gentils. Comportez-vous bien ! Ahaha !
Caro (Rock Sound) : D’accord. Je ne promets pas d’être sage, mais gentille j’y arrive très bien ! Ahaha ! Merci beaucoup Zakk, c’était un vrai plaisir de discuter avec toi.
Zakk Wylde : C’était super pour moi aussi. Vraiment une belle discussion, Blondie ! Merci pour ce voyage dans le temps !
Ainsi se termine la rencontre avec Zakk Wylde, que j’allais retrouver le lendemain pour une session d’écoute de l’excellent Engines of Demolition dont la chronique cinq étoiles est à lire par ici !
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Black Label Society sera en concert à Paris le 16 juin prochain ! On s’y retrouve !
Engines of Demolition est déjà disponible !






