South Park « Sermon on the ’Mount"

South Park « Sermon on the Mount » : Micropénis, pacte avec Satan et Jésus VRP…

par | 29 Août 2025 | Actus

Temps de lecture : 7 min

Micropénis, pacte avec Satan, règlement à 16 millions de dollars signé par Paramount et Jésus VRP de la censure : bienvenue dans l’épisode le plus furieux de South Park. Le cartoon le plus toxico de l’Amérique dégoupille sa saison 27 en envoyant une ogive nucléaire sur la tronche de Donald Trump, de Paramount et de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une rédaction en PLS. Dans un monde où la satire se fait virer pour diffamation avant même d’ouvrir sa gueule, South Park joue les derniers punks. Et cette fois, ils ne sont pas venus en mode ironic. Ils sont venus pour buter.

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park (saison 27)

En bref : « Sermon on the ’Mount » est le premier épisode de la saison 27 de South Park, diffusé le 23 juillet 2025 et écrit par Trey Parker. Trump y est en couple avec Satan, Jésus conseille aux habitants de ne pas le défier en citant l’annulation de The Late Show with Stephen Colbert, et Paramount en prend pour son grade. L’épisode a reçu l’Emmy 2026 du meilleur programme d’animation.

Qu’est-ce que South Park ?

South Park, c’est plus qu’un dessin animé. C’est une sulfateuse à satire, un doigt d’honneur animé qui, depuis 1997, tire à balles réelles sur la bienpensance, les politiques, les religions, les minorités, les majorités, et tout ce qui respire encore dans le paysage médiatique américain. Créée par Trey Parker et Matt Stone, la série est née d’un court-métrage provocateur – The Spirit of Christmas – et a très vite muté en monstre télévisuel incontrôlable.

Quatre gamins de primaire, un style d’animation en papier découpé cheap (faussement cheap, en réalité très maîtrisé), des épisodes produits en six jours chrono pour coller à l’actu chaude : South Park est devenu l’ultime espace de liberté brut dans une industrie aseptisée. Cartman, Stan, Kyle et Kenny – le quatuor infernal – sont les témoins permanents d’une Amérique qui se délite. Et ils ne sont pas là pour consoler. Ils commentent, ils détruisent, ils rejouent les débats avec une mauvaise foi hilarante et un nihilisme crasse.

Mais derrière le pipi-caca et les pets, South Park est une série hyper politique, ultra-référencée, parfois philosophique, toujours punk. Elle a survécu à toutes les censures, toutes les polémiques, toutes les tentatives d’annulation. Mieux : elle les a digérées, recyclées, ridiculisées. Un miroir sale mais fidèle d’un monde en vrille.

 

 

Pourquoi cet épisode est une grenade dégoupillée ?

Trump, micropénis et démonologie de plateau

Il faut l’avoir vu pour le croire. Trump, animé dans le même style que Saddam Hussein dans le film de 1999, y entretient une relation sexuelle avec Satan. Oui, le diable. Quand ce dernier se moque de son micropénis, le président le frappe et menace de lui coller un procès. Le ton est donné.

C’est gras. C’est sale. Et c’est diablement bon. Car derrière la blague de cour de récré se cache un missile contre la proximité entre Trump et les médias : début juillet 2025, Paramount venait de régler pour 16 millions de dollars la plainte de Trump contre CBS. South Park transforme ça en vaudeville infernal.

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park (saison 27)

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park

 

Cartman en défenseur de la NPR ?!

On aura tout vu. Le mec qui a passé vingt saisons à gerber sur tout ce qui ressemble de près ou de loin à une cause progressiste est furieux : Trump a supprimé sa radio préférée, la NPR, et Cartman craint que « woke is dead ». C’est là tout le génie de South Park : retourner l’ironie contre elle-même.

À notre lecture, l’épisode ne défend pas la NPR. Il se moque de ceux qui la débranchent comme de ceux qui la pleurent, et Cartman reste Cartman : un type qui s’indigne surtout quand on lui retire son jouet. Mais c’est un point d’entrée parfait pour parler de ce qu’un pouvoir peut couper quand il en a envie.

Et c’est le diagnostic de l’épisode : la démocratie américaine n’a plus peur du ridicule. Elle le sponsorise.

 

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park (saison 27)

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park

 

Paramount dans la ligne de mire

L’annulation de The Late Show with Stephen Colbert, programme de CBS, donc de Paramount, venait d’être annoncée quelques jours avant la diffusion. L’épisode ne rate pas l’occasion : Trey Parker et Matt Stone ne se contentent pas de critiquer Paramount, ils le mettent à nu.

Le message est clair comme une lame de rasoir : Paramount est une pleutre. Une méga-corporation qui signe un chèque de 16 millions de dollars à Donald Trump plutôt que de défendre un principe éditorial. Beaucoup d’observateurs y ont vu une façon de ne pas compromettre sa fusion avec Skydance, évaluée à environ 8 milliards de dollars et soumise à l’aval des autorités. Un président vénère peut faire capoter beaucoup de choses.

South Park, fidèle à son ADN, ne fait pas dans la demi-mesure. Ils insultent, ils hurlent, ils caricaturent. Et ils visent juste. Parce qu’en dénonçant la capitulation des médias face à la menace politique, ils exposent la véritable maladie : une industrie où la peur de déplaire prime sur le courage de dire. Et si le diable est dans les détails, il est aussi dans les deals. Et Paramount, ici, pactise clairement avec lui.

 

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park (saison 27)

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park

 

Quand Jésus devient le visage de la soumission

Le retour du Messie… pour demander le silence

Jésus est invité à l’école dans le cadre de la promotion du christianisme voulue par Trump. Quand les habitants se rebellent, il leur glisse entre les dents que sa présence fait partie du règlement d’un procès avec Paramount, puis les exhorte à ne pas défier Trump, en rappelant le sort réservé à l’émission de Colbert.

South Park balance ici un sermon inversé, une parodie religieuse dans laquelle la voix de Dieu n’est plus celle du libre arbitre, mais celle de la peur juridique. C’est une claque. Un sermon dystopique où la religion épouse le pouvoir pour éviter l’annulation.

Scène finale : deepfake, désert et masturbation politique

L’avocat de la ville, Gerald Broflovski, finit par régler la plainte de Trump : la ville paie 3,5 millions de dollars et doit produire des messages pro-Trump. Le premier montre un deepfake de Trump nu errant dans le désert.

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park

Image de l’épisode « Sermon on the ’Mount » de South Park

C’est grotesque. C’est grandiose. En 30 secondes, ils résument tout : le culte du pouvoir, l’autocélébration, le grotesque qui devient norme. Trump n’est plus un président, il est une parabole ambulante, et South Park ne commente pas seulement la politique : il la démonte, la recycle et vous la sert avec une cerise radioactive sur le dessus.

 

Élément clé Description
Titre de l’épisode Sermon on the ’Mount
Diffusion 23 juillet 2025, saison 27, épisode 1
Cibles principales Donald Trump, Paramount, médias, religion
Scènes marquantes Trump (animé comme Saddam Hussein) en couple avec Satan, Jésus qui conseille de ne pas défier Trump, deepfake de Trump nu dans le désert
Satire principale Lâcheté des grands groupes médias face à l’autorité
Réaction du public Saluée par la presse (The Guardian, Rolling Stone), Emmy 2026 du meilleur programme d’animation, critiquée par la Maison-Blanche
Ton de l’épisode Sarcastique, violent, absurde, provocateur

 

Verdict : South Park n’a jamais été aussi indispensable

Cet épisode est une baffe dans la gueule du bon goût. Un doigt levé au-dessus de la Constitution. Une leçon de satire dans un monde qui oublie ce que ce mot signifie. South Park, en 2025, n’est pas juste drôle. Il est vital. Il est ce qu’il reste quand tout le reste s’écrase. Trey Parker et Matt Stone rappellent à une industrie castrée qu’on peut encore rire de tout – surtout de ceux qui croient pouvoir acheter le silence à coups de procès et de deals juteux. Ils tapent là où ça fait mal : la lâcheté institutionnelle, la compromission, le confort du politiquement correct. Et ils le font avec la subtilité d’un lancer de brique.

La saison s’annonce brutale. C’est tant mieux. Parce qu’en face, il y a des géants fragiles aux pieds d’argile. Et pendant qu’ils tremblent à l’idée de se faire cancel, South Park allume un feu de joie avec leurs manuels de conformité.

Dans ce climat moisi où l’auto-censure s’habille en vertu, cette série est un défibrillateur culturel. South Park, aujourd’hui, n’est pas une série à regarder. C’est un acte de résistance à applaudir.