Il y a des albums qui sortent, rencontrent leur public et font leur vie. Et il y a The Shape of Punk to Come, que Refused publie le 27 octobre 1998, que presque personne n’achète, et que le groupe enterre lui-même quelques mois plus tard. Presque trente ans après, tout le monde prétend l’avoir toujours adoré. L’Histoire adore réécrire ses fiches de présence.

Refused : The Shape of Punk to Come (1998)
The Shape of Punk to Come : pourquoi cet album a redéfini le punk
Fin des années 90, le punk à la MTV tourne en boucle et le hardcore se regarde le nombril. Les Suédois de Refused, formés à Umeå, décident de tout retourner. L’album est enregistré fin 1997, produit par Eskil Lövström, Andreas Nilsson, Pelle Henricsson et le groupe lui-même, et paraît chez Burning Heart. Le titre est un clin d’oeil assumé à The Shape of Jazz to Come d’Ornette Coleman : même culot, même volonté de dire que la suite du genre se joue ailleurs. Au programme : du hardcore, de l’électro, des échantillons, du jazz, des cordes, et un discours anticapitaliste sans la moindre pincée de modestie.
Les morceaux qui comptent : Liberation Frequency, The Deadly Rhythm, New Noise
L’album s’ouvre sur Worms of the Senses/Faculties of the Skull, un manifeste en forme de coup de poing, puis enchaîne avec Liberation Frequency, où l’électronique s’invite dans le hardcore sans demander la permission. The Deadly Rhythm glisse des ambiances jazz dans la fureur, et New Noise, avec sa montée en tension, reste le titre que tout le monde connaît, même ceux qui n’ont jamais écouté le reste. Le disque se termine par The Apollo Program was a Hoax, histoire de ne pas finir sur une note rassurante.

Refused en concert – Eric CANTO
Un échec commercial qui a fait un classique
À sa sortie, l’album passe à peu près inaperçu et la couverture médiatique est maigre. Refused se sépare quelques mois plus tard, après une tournée de huit concerts seulement que le groupe décrira comme épuisante. Le temps a fait le travail : Pitchfork lui a mis 8,7 sur 10 en 1998, puis 9,4 sur 10 en 2010, Kerrang! l’a classé 13e de ses 50 albums les plus influents en 2003, et il s’est écoulé à environ 179 000 exemplaires aux États-Unis en 2015. Pas mal pour un disque que personne ne voulait.
Le groupe se reforme en 2012. L’héritage du disque est revendiqué par des artistes de tous bords, du hardcore au metal en passant par la pop-punk : Wikipédia cite par exemple Poison the Well, Hell Is for Heroes, The Used ou Paramore parmi les groupes influencés.

Refused, The Shape of Punk to Come
Questions fréquentes sur The Shape of Punk to Come
Quand est sorti The Shape of Punk to Come ?
Le 27 octobre 1998, chez Burning Heart.
Que signifie le titre de l’album ?
Il fait référence à The Shape of Jazz to Come, album d’Ornette Coleman paru en 1959, que Refused détourne pour annoncer sa propre vision de l’avenir du punk.
Pourquoi Refused s’est-il séparé en 1998 ?
Le groupe a explosé quelques mois après la sortie, au terme d’une tournée courte et éprouvante de huit concerts, dans un contexte de tensions internes et d’échec commercial du disque.
Quels sont les titres les plus connus de l’album ?
New Noise, Liberation Frequency et The Deadly Rhythm.
Refused s’est-il reformé ?
Oui, en 2012.
Sources :





