5/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ – Avec Yarotz, on se préparait aux coups les dents serrées, prêts à encaisser en lançant leur nouvel album Resurgence. Neuf morceaux plus tard, l’eau nous arrivait au menton. Comme une rivière qui gonfle sous la pluie sans que personne ne s’en inquiète, jusqu’au moment où elle passe par-dessus la digue.

En 2022, Erinyes déboulait comme un coup de poing sans gants nourri au grind, au punk et au death. Le power trio des Landes (mais pas que) signe aujourd’hui son deuxième album autoproduit et entre-temps, Fabien Zwernemann (chant, guitare), Vincent Perdicaro (basse, chant) et Enzo Laidi (batterie) ont traîné leur chaotic hardcore du Hellfest au Tyrant Fest, en passant par le Rock In Bourlon. Avec en prime un parrain qui a fait trembler la Conciergerie : Christian Andreu guitariste de Gojira, invité sur « Childish Anger », morceau du premier opus. Une sacrée école pour apprendre à couper dans le gras et à ne garder que l’os.
Le reste tient dans un petit synthé, offert à Fabien par ses deux acolytes pour son anniversaire. Un cadeau anodin qui a fini par ouvrir une porte que le trio n’avait jamais poussée : claviers, nappes, chant clair. Yarotz ne remplace rien, il ajoute du relief. La pochette signée Emmanuel Poteau donne d’ailleurs le ton, au sens propre : un serpent qui ondule dans une coupe de cristal pleine de sang rouge vif sur fond bleu. Le luxe d’un côté, la menace de l’autre.

Yarotz – photo by Fabien Gaby
La montée des eaux
« The Rising Starts » ouvre le bal sans hurler. Quelques notes qui s’étirent, un brouillard sonore qui s’épaissit, une tension qui grimpe par capillarité. Un calme trompeur, celui de l’eau qui dort. « Strengths And Fears » fait sauter le bouchon : la batterie d’Enzo cavale, les riffs grincent, les voix arrachent tout sur leur passage. La rage d’Erinyes n’a pas pris une ride, mais elle coule désormais dans des structures plus nettes, où chaque riff a le temps de s’installer avant de revenir vous chercher par le col. C’est une chouette qui accompagne « Hysteric Souls », et on a du mal à la quitter des yeux. Elle a ce regard fixe des oiseaux de nuit, celui qui ne juge pas, qui enregistre. Le morceau lui ressemble : nerveux, à vif, traversé par une ligne mélodique qui vous colle à la peau bien après la dernière note. Puis « Four Dead Ends » réserve la vraie surprise : pour la première fois sur le disque la voix se fait claire et fend le chaos comme une éclaircie entre deux averses. Pas une pause, plutôt une bouffée d’air prise en apnée.
À partir de là, plus rien ne retient le flot. « The Breach » porte bien son nom : c’est la brèche, celle par laquelle tout s’engouffre d’un coup, riffs en rafale et coups de frein brutaux. « A Purifying Bath » prolonge l’immersion, sauf que ce bain-là ne lave rien, il noie. Ça cogne, ça hurle, mais pas n’importe comment : derrière la furie, chaque montée et chaque cassure ont été pesées, et c’est précisément là qu’on mesure le chemin parcouru en quatre ans. Après la vague, il reste la vase. Avec « Walked In The Sludge », le trio coupe le moteur et laisse les claviers s’étendre sur un paysage détrempé. C’est peut-être l’endroit où le nouveau visage de Yarotz se lit le mieux. On patauge, on contemple les dégâts, on se croit tiré d’affaire. Erreur.
Toucher le fond
« Giving Up The Ghosts » remet tout à terre avec une hargne neuve, comme une deuxième crue qui arrive alors qu’on commençait à peine à éponger. Reste « Abyssal », et le titre ne ment pas. Pour refermer Resurgence, Yarotz descend tout au fond : des arpèges aux couleurs dark folk, des synthés qui enveloppent comme une eau trouble, une voix claire qui flotte quelque part au-dessus. C’est le morceau qui prend le plus son temps, et celui qui ose le plus. Celui qui prouve qu’un groupe capable de tout raser sait aussi laisser le silence faire une partie du travail.
Cette eau qui traverse l’album n’a rien d’un hasard. Le disque s’inspire de Blackwater, la saga de Michael McDowell, où une crue vient bousculer une petite ville du Sud et la famille qui la tient. Yarotz s’en empare à sa façon et y lit autre chose : des riches qui saignent la terre jusqu’à la dernière goutte, des puissants qui serrent la vis, une société qui glisse vers le pire. Un propos qui résonne d’autant plus fort que les trois musiciens, issus de familles venues d’Italie, d’Algérie et de Pologne, savent de quel côté de la digue on finit quand l’eau monte.

Yarotz – photo by Alexandra Yermakova
Après le déluge
Resurgence ne renie rien d’Erinyes. Il en garde la rage, la vitesse, l’urgence, mais il apprend à doser, à laisser de l’espace, à glisser un clavier ou une mélodie là où on attendait un énième assaut. Et ça fonctionne de bout en bout : l’album ne lâche jamais son auditeur, le happe dès les premières secondes et le recrache, essoré, une demi-heure plus tard. C’est un disque de groupe massif, qui a grandi sans se ranger. Il ne reste plus qu’à savoir ce que cette crue donnera une fois lâchée dans une salle, sans aucune digue entre la scène et la fosse. De notre côté, on a chaussé nos bottes pour se prendre la vague.
Resurgence – sortie le 25 septembre 2026 – enregistré, mixé et masterisé par Clément Decrock au studio Boss Hog (Ham-en-Artois)
Tracklist :
1. The Rising Starts
2. Strengths and Fears
3. Hysteric Souls
4. Four Dead Ends
5. The Breach
6. A Purifying Bath
7. Walked in the Sludge
8. Giving up the Ghosts
9. Abyssal





