Entre sourires, bienveillance et énergie communicative, The Subways se sont présentés dans un état d’esprit aussi solaire que leur musique. Avant de monter sur scène, le trio a livré une interview généreuse et sincère, revenant sur plus de vingt ans de carrière, leur manière de créer et l’évolution de l’industrie. Quelques instants plus tard, ils confirment le tout sur scène avec un show incandescent, repris en chœur par un public conquis. Une rencontre aussi touchante qu’électrique, à l’image de leur concert.

Charlotte : Nous sommes très heureux d’être ici. C’est tout ce que je connais du français (Rires)
Rock Sound : C’est déjà un très bon français, bravo ! Est-ce que vous avez fait un bon voyage ?
Charlotte : Oui, très bien, merci. Un peu long, mais ça s’est très bien passé.
Rock Sound : Que pensez-vous du festival et de ce lieu ?
Billy : C’est trop beau, et surtout le temps est incroyable aujourd’hui. On a passé une superbe journée au soleil. Et surtout, tout le monde ici a été adorable. C’est un vrai plaisir, donc on a hâte de jouer.
Rock Sound : Avant de continuer, pouvez-vous vous présenter ?
Billy : Bien sûr. Je suis Billy, je chante et je joue de la guitare.
Charlotte : Je suis Charlotte, je joue de la basse et je chante un peu.
Camille : Et moi c’est Camille, je joue de la batterie.
Rock Sound : Merci pour les présentations. Je vous écoute depuis 14 ans, donc ça fait longtemps, et nous sommes vraiment heureux de vous avoir avec nous. Cela fait plus de 20 ans que The Subways existe. Comment avez-vous vu l’industrie musicale évoluer ?
Billy : Merci beaucoup, c’est vraiment gentil. C’est incroyable, ça ne cesse jamais d’être incroyable quand les gens te disent qu’ils ont écouté ta musique. On se sent toujours très chanceux d’avoir eu l’opportunité, d’abord de sortir notre premier disque Young Fraternity, puis de continuer à jouer et à enregistrer cinq autres albums sur vingt ans. Et en vingt ans, l’industrie a tellement changé, dans tous les sens. C’est un peu des hauts et des bas constants, des pics et des creux. On a connu des moments heureux, d’autres plus difficiles. Je pense que la principale différence aujourd’hui, c’est que les “gatekeepers” d’en haut ne sont plus les mêmes qu’avant, ce qui a un peu démocratisé la musique. Mais d’un autre côté, d’autres acteurs ont pris du pouvoir — les plateformes de streaming, par exemple. Donc il y a encore une forme de contrôle, autrement. Ce qui reste constant, en revanche, c’est les gens. Les gens aiment la musique. Ils aiment bouger sur la musique. Peu importe l’état de l’industrie, les gens vont aux concerts, aux festivals et passent des moments incroyables. Et puis oui, la manière dont on consomme les albums a changé. La façon dont les gens les écoutent et interagissent avec eux est totalement différente aujourd’hui. Et je pense que ça nous laisse beaucoup plus de liberté pour être créatifs.
Rock Sound : Donc forcément, cette nouvelle manière d’écouter, ça vous inspire ?
Billy : Oui, clairement. Je pense qu’on a eu de la chance sur un point : on écrit généralement notre musique en ayant déjà le live en tête. On adore jouer sur scène — et vous allez le voir plus tard — on s’y amuse énormément. Donc, quand on compose des morceaux ou qu’on fait des albums, on pense toujours à la tournée suivante : comment ça va fonctionner en situation live ? Pour nous, l’album a toujours été au service du concert. Et aujourd’hui, le streaming fonctionne un peu de la même manière : il sert surtout à préparer le terrain pour partir en tournée. Ça oblige simplement à adapter la façon dont on pense la présentation d’un album. Vous en pensez quoi, vous ?
Camille : Je trouve que c’est vraiment une façon positive de voir les choses, de dire que ça laisse une forme de liberté créative. Parce que moi, j’ai plutôt tendance à voir ça de manière plus négative : aujourd’hui, les gens sont beaucoup plus volatiles avec les plateformes de streaming. C’est comme s’ils avaient accès à tout ce qu’ils veulent écouter dans le monde entier. “Oui, non, j’ai commandé celui-là… oui non, finalement j’ai pris celui-là…” Et je pense que, quand j’étais gamin, je dépensais 15 ou 20 livres pour un CD, ou même une cassette à l’époque. Donc je ne l’aimais pas forcément immédiatement, mais je restais avec, je l’écoutais encore et encore, et je finissais par m’y attacher, par en tomber amoureux. Aujourd’hui, comme la musique a perdu un peu de cette valeur-là — parce qu’elle est tellement accessible — les gens s’ennuient plus vite. Donc j’apprécie ta lecture positive (rires).
Billy : Et j’apprécie aussi ta lecture plus réaliste (rires).
Rock Sound : À quoi ça ressemble justement un concert de The Subways ?
Charlotte : On a toujours adoré être sur scène, et je pense que les gens le sentent vraiment. On est toujours super heureux, on a beaucoup d’énergie, et je pense que c’est quelque chose de contagieux. C’est aussi pour ça que les gens aiment venir à nos concerts, parce qu’on est juste hyper contents d’être là.
Billy : Oui, beaucoup de danse et de sueur. Je dirais surtout de la sueur (rires).

Rock Sound : En 2023, vous avez sorti un nouvel album Uncertain Joys. Comment vous l’avez composé ?
Billy : Uncertain Joys a en fait été assemblé alors qu’on était séparés, parce que c’était pendant la pandémie. Et moi, j’étais aussi un étudiant assez paresseux à ce moment-là — j’ai fait l’université pendant trois ans. Donc j’envoyais mes idées à Charlotte, et Charlotte composait et enregistrait chez elle. De mon côté, je composais et j’enregistrais en studio. Puis Charlotte composait et enregistrait chez elle, et on s’envoyait nos parties par mail, et on a tout construit comme ça. Du coup, Uncertain Joys est probablement l’album le plus particulier en termes de méthode d’écriture. Et je trouve toujours assez intéressant de jouer les morceaux de Uncertain Joys en live, parce que ce n’est pas vraiment un disque qu’on a fait ensemble dans une même pièce. Et comme on était tous isolés, l’idée même d’un concert semblait tellement lointaine. On ne savait même pas quand on allait rejouer.
Rock Sound : Ou même s’il serait possible de rejouer tout court.
Billy : Exactement, on ne savait pas si on allait encore faire des concerts un jour. Donc oui, c’était une expérience vraiment intéressante.
Rock Sound : Est-ce que vous réécoutez vos premiers albums ?
Billy : Non, non. J’ai récemment donné une interview où quelqu’un m’a demandé : « Quand tu réécoutes cette chanson aujourd’hui, qu’est-ce que tu ressens ? » Et ma réponse a été : je ne la réécoute pas (rires).
J’écris les chansons en les vivant de manière tellement intense que, lorsqu’on arrive à l’étape de l’enregistrement, je suis déjà très impliqué dans leur composition, puis dans leur enregistrement, et même dans le mixage. Donc quand l’album est terminé, moi aussi je suis arrivé au bout du processus. J’ai plutôt tendance à passer à autre chose. Je me tourne vers la prochaine série de chansons que j’ai envie d’écrire. Du coup, si j’écoute l’un de nos anciens morceaux, c’est généralement parce que quelqu’un m’y a forcé (rires).
Et ce sont souvent des expériences très chargées émotionnellement, parce qu’il y a énormément de choses enfouies dans ces chansons. Des souvenirs heureux, d’autres plus douloureux. Beaucoup de moments de vie. Et puis il y a aussi cette idée du temps qui passe, que je ressens très fortement. C’est quelque chose de doux-amer. C’est merveilleux de vivre, d’expérimenter des choses et de créer, mais en même temps nous sommes constamment en train de regarder en arrière, de nous souvenir, de ressentir de la nostalgie. C’est une chose à la fois belle et triste.
Rock Sound : J’ai l’impression que peu d’artistes ré-écoutent leurs chansons. Néanmoins, vous jouez toujours en live vos anciennes chansons, ça vous fait quoi de les jouer ?
Camille : Eh bien, jusqu’à présent, je n’ai joué que sur deux chansons des Subways, donc j’ai besoin de me les remettre en tête pour me souvenir comment les jouer ! Donc oui, j’écoute encore les morceaux, c’est sûr. Mais ce que j’adore par-dessus tout, c’est les jouer en live. Et puis, particulièrement les nouveaux titres qui figurent sur le best-of et sur lesquels j’ai eu la chance de jouer. Ceux-là, je les écoute encore, je dois l’avouer.
Billy : Et toi Charlotte, tu écoutes encore nos morceaux ?
Charlotte : Eh bien oui, moi je les écoute encore, parce que j’aime être extrêmement préparée pour les concerts. Donc je joue souvent les morceaux chez moi en même temps que les enregistrements. Je joue par-dessus les albums pendant que je les écoute. D’ailleurs, ce soir, on va jouer quelques chansons qu’on n’avait pas interprétées depuis un moment. Donc, dans notre petite maison de plage, je me suis remise à jouer certains morceaux. Je jouais notamment sur une chanson qui s’appelle « Popdeath », et je me suis dit : « Waouh, les voix sonnent vraiment bien ! » (rires). Comme ça faisait longtemps que je ne l’avais pas écoutée, je pense qu’on finit parfois par oublier certaines choses. Je ne l’écoute pas forcément pour le plaisir, de manière récréative, mais plutôt pour répéter ou me préparer. Donc oui, je l’écoute encore dans ce cadre-là. Et je me suis vraiment amusée à jouer dessus ! (Rires)
Rock Sound : Camille, avant de rejoindre The Subways, tu jouais dans The Ramonas, un tribute band féminin aux Ramones. J’ai l’impression que pour vous tous, The Subways est votre seul et unique projet. Vous avez des envies de nouveaux projets, d’aération, de respiration ?
Camille : Non, personnellement, je n’ai pas d’autre projet original dans lequel j’écris ma propre musique. Je joue bien avec d’autres personnes de temps en temps, mais je n’ai pas d’autre projet où je compose et développe du matériel comme on le fait ensemble avec The Subways.
Billy : Mais tu enseignes quand même, non ?
Camille : Oui, c’est vrai, je donne des cours de batterie. Mais en ce qui concerne la création musicale, aujourd’hui, je crée uniquement avec The Subways.
Billy : Camille est incroyable. Elle nous écrit énormément de morceaux. En fait, je pense qu’il est vraiment important d’avoir d’autres centres d’intérêt à côté. Pendant longtemps, le groupe occupait toute ma vie. Je me réveillais en me demandant : « Qu’est-ce que je peux faire pour le groupe aujourd’hui ? Qu’est-ce que je peux écrire ? Qu’est-ce que je peux enregistrer ? Comment préparer l’avenir ? » Et ça finit par tout envahir. Ça peut devenir trop lourd. Ça peut même freiner le processus créatif, parce qu’on est constamment absorbé par une seule et même chose. Alors on essaie tous d’avoir d’autres activités. Moi, par exemple, j’adore la littérature. Je lis beaucoup et j’écris des articles de blog sur les livres que je découvre. J’ai aussi un studio d’enregistrement, et j’aime y accueillir de jeunes groupes émergents qui n’ont pas les moyens d’aller dans les grands studios. Je les invite à enregistrer chez moi pour une somme modique. Je vais probablement faire du mauvais travail (rires), mais ça leur permet de découvrir un vrai environnement d’enregistrement et d’apprendre quelques choses au passage. Et toi Charlotte, tu as aussi plein de choses à côté. Tu participes à des compétitions sportives, par exemple.
Charlotte : Oui, je pense que, fondamentalement, The Subways représente déjà tout ce pour quoi j’ai de l’énergie. Mais je cours beaucoup, j’adore ça, et c’est aussi une part importante de ma vie.
Billy : Elle est vraiment impressionnante dans ce domaine.
Rock Sound : Billy, la transmission est quelque chose de vraiment important pour toi ? Tu parles de l’aide que tu apportes dans ton studio, de ton expérience, de tes connaissances techniques…
Billy : Oui, complètement. Je pense qu’à un moment dans l’histoire du groupe, j’ai réalisé que mon ego devait peut-être prendre un peu moins de place. Et je ne parle pas d’arrogance ou du fait de trop croire en moi. C’était plutôt le fait de trop penser à moi-même. De toujours me demander ce que je devais faire pour moi, pour le groupe, pour ma carrière. Et je me suis demandé : « Qu’est-ce que je peux faire pour les autres ? » Alors j’ai décidé de consacrer davantage de temps à mes amis et à ma famille. Puis je me suis dit qu’il était peut-être temps de prendre un peu de recul par rapport au « Billy Show » et de m’impliquer davantage dans les processus créatifs d’autres artistes. Et c’est quelque chose de très libérateur. Parce qu’au fond, ça permet de se débarrasser un peu du poids de sa propre personne. On cesse d’être constamment focalisé sur soi-même et on commence à penser à autre chose. Comme tu le disais, beaucoup d’artistes ont plusieurs projets parce que cela ouvre de nouvelles perspectives. Chaque projet nourrit le suivant. Je pense que travailler avec d’autres artistes m’a permis de prendre du recul par rapport à ma propre démarche créative et de mieux comprendre l’ensemble du tableau. La scène musicale est une communauté. Nous avançons tous ensemble. Mais nous vieillissons aussi. Et, d’une certaine manière, cela signifie parfois accepter de faire un pas de côté pour laisser de la place aux autres. Leur permettre de monter sur scène, de prendre le micro, de saisir une guitare et de s’épanouir. Et je crois que travailler avec des artistes qui sont encore en train de se découvrir est une excellente manière de garder les pieds sur terre, de rester équilibré et stable.
Rock Sound : Oui, et ça nourrit aussi sa propre créativité. Ça peut être très précieux justement pour les jeunes artistes.
Billy : Bien sûr. Je pense que l’une des raisons pour lesquelles certains grands artistes, et je précise que je ne me considère absolument pas comme un grand artiste, ont réussi à durer ou à maintenir un tel niveau de création, c’est justement parce qu’ils ont exploré différentes choses. Ils ont travaillé sur plusieurs projets, découvert différentes facettes d’eux-mêmes, compris qu’ils n’étaient pas définis par une seule chose dans leur vie. Pour moi, ça a été une prise de conscience importante. C’est venu notamment grâce à la thérapie. Et on réalise alors qu’il y a tellement de couleurs dans la vie. Il existe tellement de choses au-delà de cette unique obsession sur laquelle on est resté focalisé pendant des années. Prenons quelqu’un comme David Bowie. Il a travaillé avec d’autres artistes, produit d’autres artistes, mais surtout, il devenait lui-même un artiste différent à chaque album. À chaque disque, il semblait se réinventer. Je pense que beaucoup d’artistes se posent la même question, et moi le premier : « Qui suis-je ? » « Qui sommes-nous ? » « Quel genre de groupe sommes-nous ? » « Quelle musique voulons-nous jouer ? » Et j’ai l’impression que Bowie répondait simplement : « Peu importe. Sur ce disque, je vais être ça. Et sur le suivant, je serai autre chose. ». Il y avait chez lui une immense liberté, une grande fluidité. Quelque chose de non binaire. Et c’est magnifique à observer chez de nombreux artistes. Encore une fois, cela permet de décentrer l’ego. Ce n’est plus seulement une question de soi-même. Cela devient une question de ce que l’on est en train de créer, des personnes avec lesquelles on le crée, et de la manière dont on s’aide mutuellement à avancer.
Rock Sound : À quoi peut-on s’attendre pour le prochain album ? On a l’impression que vous êtes toujours en train d’aller un peu plus loin à chaque disque.
Billy : Un album entièrement centré sur ma propre personne (rires). Non, plus sérieusement, nous travaillons actuellement sur un nouvel album et nous prenons notre temps. Enfin… je prends mon temps. Eux ont déjà écrit leurs parties ! (rires) Mais c’est le premier album que nous réalisons avec Camille, et c’est quelque chose de vraiment beau. C’est très excitant. Comme vous l’avez dit, il y a déjà deux morceaux présents sur notre best-of qui figureront également sur ce nouvel album.
Rock Sound : On peut donc imaginer un disque assez varié ?
Billy : Oui, complètement. J’adore quand un album explore différentes facettes, et je pense que celui-ci ira clairement dans cette direction. Il y aura des chansons pour vous faire danser et d’autres pour vous faire pleurer, et il y aura un peu de disco aussi.
Rock Sound : Ça donne envie, en tout cas. On a hâte d’entendre ça et d’en savoir plus sur ce prochain album. Pour terminer, une petite question plus légère. L’un de vos plus grands tubes reste Rock & Roll Queen, et je me demandais : quels seraient vos conseils pour devenir une véritable Rock & Roll Queen ?
Camille (en regardant Charlotte) : Je crois que la réponse est juste là, sous nos yeux (rires)
Billy : Je vous regardais tous les deux et je me disais…
Camille : Elle a déjà toutes les qualités, non ?
Charlotte : Essayer de faire de son mieux pour ne pas se soucier de ce que les autres pensent… mais je ne suis pas très forte pour ça. J’aimerais pouvoir dire que c’est juste “s’en foutre complètement” — bon, ça fait un peu gros mot, mais…
Rock Sound : Ici, tu peux (rires).
Charlotte : Je pense que la vie est souvent assez rigide. On est coincés par des limites, des règles. Et une partie de ce que j’aime sur scène, c’est qu’il n’y a plus de règles. Tu fais ce que tu veux. Et je pense que c’est probablement ça, pour moi, être une Rock & Roll Queen.
Camille : Et tu fais partie de celles qui ont ouvert la voie.
Billy : On joue dans des festivals et des gens viennent voir Charlotte pour leur dire : « C’est grâce à toi que je suis dans un groupe », ce genre de choses. C’est magnifique. C’est hyper inspirant pour nous.
Propos recueillis par : Aurélie Déniel, Cédric “Gomina” Fautrel et Julien Maurey dans le cadre du festival God Save The Kouign. En partenariat avec Fréquence Mutine.
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