4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Il y a des sons comme ça qui tombent dans notre casque, s’installent, et nous emmènent tellement loin qu’on a plus trop envie de revenir. Social Prophecy, quintet du sud de la France formé en 2022 vient de signer Tourments, un premier album qui n’a pas du tout l’air d’un premier album. Quatorze titres, une prod qui transpire le boulot, une voix qui tape direct dans le noyau de tes cellules… et ces riffs lourds et précis qui te rappellent pourquoi le metal alternatif n’est pas près de s’effacer de ta playlist.
Social Prophecy – Tourments
Du lycée aux studios
Social Prophecy est né en 2022 quelque part entre Marseille et Salon-de-Provence, dans ce sud-est de la France où la scène metal alternative commence à sérieusement se faire entendre. Le groupe se forme autour d’un noyau dur : Max Armandi au chant et Mathis Lakermance à la guitare, qui se connaissent depuis le lycée, ainsi qu’Olivier Millet, second guitariste, rencontré directement dans le cadre du projet. L’alchimie est immédiate, autant musicalement qu’humainement. La section rythmique se complète progressivement : William DeKerviler à la batterie et Mathias Delacours à la basse. Un line-up qui a mis du temps à se stabiliser, avec un premier bassiste fondateur qui quitte l’aventure avant ce premier album. Avant Tourments, le groupe sort deux EP déjà très puissants et prommetteurs : des morceaux écrits au fur et à mesure, réunis selon ce qui sonnait juste à ce moment-là. « On s’est beaucoup cherchés », raconte Max, « on voulait prendre le temps de se trouver, sur nos influences et sur ce qu’on voulait créer. » Ces EP servent de laboratoire. Le chant saturé n’y est d’ailleurs pas encore, c’est en découvrant des chanteurs capables de marier le clair et le scream avec une vraie fluidité, sans que ça sonne comme un exercice de style, que Max décide de travailler cette dimension-là. Des cours de chant, un vrai travail technique, et cette conviction que « notre musique avait besoin d’avoir aussi cette autre identité vocale », comme nous le raconte Mathis.
Avec Tourments, Social Prophecy franchit un cap. L’album est enregistré en auto-production, le son géré par Olivier en interne, sans concessions imposées de l’extérieur. « On avait vraiment besoin de prendre notre temps », dit Max. Le groupe signe chez M&O Music pour la sortie, accompagné de Sébastien leur manager qui gère cette montée en puissance. Une professionnalisation choisie, pensée pour permettre à chacun de se concentrer sur l’essentiel : la musique.
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Quand la musique dit ce que les mots n’arrivent pas à finir
«Tourments, C’est un espèce de mal-être, que ce soit dans la société ou dans le fait de ne pas trouver sa place », résume Max. Pas un album concept avec un fil narratif balisé, mais un mood cohérent, une tension émotionnelle qui traverse les quatorze titres de bout en bout. Chacun peut s’y retrouver parce que les thèmes sont universels : l’inconfort d’exister, l’incompréhension face au monde, ce sentiment d’être légèrement décalé par rapport à tout. Et la musique, elle, dit exactement la même chose que les paroles. « C’était important que ça fonctionne aussi bien avec la musique », insiste Mathis. « Il fallait que la musique ait un sens par rapport à ce qu’on voulait dire derrière. » Avant même d’appuyer sur play, Social Prophecy raconte quelque chose. Le choix du noir et blanc dans leur univers visuel ? « C’est pour marquer les contrastes qu’il y a dans notre musique », explique Max, qui joue pleinement de son côté androgyne avec son visage angélique maquillé de noir qu’on n’attendrait pas au micro d’un groupe de metalcore. Kiss, Avatar, Slipknot, quelques références qui ont nourri Mathis et lui depuis le lycée, et dont ils s’inspirent non pas pour se « déguiser », mais pour que chaque concert soit un événement marquant, pas juste un set sans personnalité.
De 3 A.M. à 534 : le voyage
« 3 A.M. » ouvre l’album comme une porte qu’on pousse lentement dans la nuit brumeuse. Une intro instrumentale qui installe une atmosphère entre le rêve et l’angoisse. Ça ne ressemble pas à un prélude passe-partout, c’est déjà un état d’esprit. On est dedans avant même que ça commence vraiment. Et puis « Forever (And a Day) » te met à terre d’entrée de jeu. Riffs lourds, refrain taillé pour s’imprimer, chant qui passe de l’attaque à la caresse sans crier gare : le ton est donné. « Resurrected » et « Apart » enfoncent le clou avec brio. On pense à Linkin Park dans cette façon de marier la puissance et la mélodie sans sacrifier l’un pour l’autre, mais il y a quelque chose en plus. Quelque chose qui est vraiment à eux, dans la façon dont les guitares d’Olivier et Mathis sculptent des riffs épais qui rappellent par moments la lourdeur organique de Slipknot. « Apart » notamment, plus accessible en surface, cache une profondeur émotionnelle qui se révèle à la deuxième ou troisième écoute. Et ça, c’est souvent le signe d’une écriture solide : ce qu’on croit avoir compris au premier passage n’est qu’une partie de ce qu’il y a à entendre. Suit « Eden on Earth » qui tire vers le melodeath avec des riffs qui s’entremêlent et un rythme puissant, une excursion qui montre l’étendue du terrain sur lequel Social Prophecy est capable de jouer.
On redescend d’un ton avec « Unchanged » dont on imagine en live les briquets (ou téléphones) allumés pour ce track qui nous prend aux tripes et nous laisse -un peu- respirer, avant d’attaquer « Silence » et son up-tempo qui cogne et souffle comme une tempête dévastatrice. Puis vient « No Ending » et là, tout s’arrête. Power ballad lumineuse et bouleversante, portée par la voix de Max dans ce qu’elle a de plus nu, avec une montée en émotion qui te prend vraiment par surprise si tu ne l’as pas vu venir. « C’est vraiment ce qu’on a essayé de faire », dit Max à propos de l’album entier, proposer le meilleur de ce qu’ils ont à un instant T, et sur « No Ending », impossible de ne pas avoir de frissons tant cet instant T est suspendu, fragile, et absolument magnifique.
Arrive « Clone » et ce son lourd et massif par endroits, ces riffs épais et la batterie de William qui excelle dans les cassures de rythme empêchant de décrocher, c’est costaud et ça sait où ça va. On continue de plonger avec les échos de « Resilence », pont du track suivant « Crushed » dont le refrain colle au cerveau pour notre plus grand bonheur, « Jail » enchaîne les breaks et vrille sans jamais perdre le fil avec un final tout en harmonies. Ces harmonies s’intensifient avec « Insomnia » qui donnent au morceau une dimension épique teintée d’une inquiétude sourde. « Il y avait le côté épique, c’est sûr, mais il y avait un côté un peu ambiant, un peu inquiétant », confie Max. Les deux coexistent parfaitement, et c’est dans cet équilibre que le morceau trouve sa force. C’est là aussi que la production révèle toute sa sophistication : les arrangements sont pensés, les détails comptent, chaque couche existe pour une raison. Enfin, « 534 » referme l’album comme « 3 A.M. » l’avait ouvert : instrumental, cinématographique et élégant, avec cette impression d’avoir bouclé quelque chose. Une fin qui ne cherche pas à en faire trop, un point final qui n’insiste pas. Le voyage est terminé mais on a qu’une seule envie, relancer l’album.
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Le game est plié
On le disait en intro, Tourments ne sonne pas comme un premier album qui tâtonnerait encore, tant il y a de la maturité dans sa construction. Architectures mélo-heavy, rigueur des arrangements et cette façon de laisser de l’air dans le lourd, Social Prophecy amène un énorme coup de fouet ravageur sur la scène metal alternative française. Un son unique et déjà reconnaissable, avec ces détails dans chaque track que l’on découvre encore à la énième écoute, nous prouve que ces 5 gars-là en ont dans la tête et les bras. Et il nous tarde de les retrouver en live, parce qu’un album comme Tourments, joué par un groupe qui pense chaque détail visuel et sonore comme un tout cohérent, ça promet. Tu l’as bien compris, si Social Prophecy n’est pas encore dans tes favoris à côté de Linkin Park ou Deftones, t’as un peu de retard mais t’es à un click de retrouver ta dignité musicale.
Social Prophecy – Tourments – sortie le 06 mars 2026 chez M&O Music