Sex Shop Mushrooms – 131217

par | 21 Jan 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

Sorti le 30 janvier, 131217 marque le retour de Sex Shop Mushrooms avec un grunge français encore plus brut et frontal. Entre riffs cinglants, batterie explosive et voix enragée, le groupe transforme sa rage en énergie palpable, imposant un disque à la fois violent et vulnérable. Une œuvre qui confirme leur place parmi les nouveaux visages incontournables de la scène rock française en ce début d’année.

S’il est des albums qui vous accueillent, 131217 n’en fait sûrement pas partie. Lui, il attend l’air goguenard, les bras croisés, il a bien d’autres chats à fouetter que de vous ouvrir la porte gentiment. Et quand vous approchez, il ne vous tend pas la main mais il vous jauge. Il vous demande ce que vous êtes prêts à laisser derrière vous pour entrer, ce que vous avez à perdre, à abandonner. Parce que ce disque n’est pas fait pour ceux qui cherchent du confort, il est fait pour ceux qui savent, quelque part au fond, que grandir, s’émanciper, devenir soi, ça pue souvent le soufre avant de sentir la liberté.

Sex Shop Mushrooms arrive ici à ce moment charnière où un groupe cesse de montrer ce qu’il sait faire pour montrer qui il est vraiment. Si leur premier disque était une vitrine — belle, léchée, presque trop polie — alors avec 131217 ils lui envoient un parpaing dans la tronche. La vitre implose en un flash blanc, les éclats viennent se planter dans leurs paumes, et ils continuent d’avancer comme ça, les mains ouvertes, blood on the tracks. Ils arrêtent de chercher l’approbation, de lisser les angles, de répondre aux attentes réelles ou fantasmées. La beauté du disque est là, saignante dans son geste brutal, presque adolescente mais plus tout à fait vraiment. Ce qui est sûr, c’est qu’il convoque quelque chose d’absolument nécessaire, comme une étincelle qui tombe dans un baril de gasoil : ça explose, ça brûle, ça noircit les murs, mais ça éclaire enfin ce qu’on devait voir.

Sex Shop Mushrooms

Sex Shop Mushrooms credit-Melisa-Bernardot


Dès « Help Me I’m Cumming », on est frappé par l’urgence. Les riffs arrivent comme des coups de pelle, la batterie avance en pulsation martiale, et la voix déchire, chevrote parfois, tout autant qu’elle chante. C’est une attaque frontale, un exutoire rendu public. Ce premier souffle ouvre une brèche dans laquelle s’engouffre « Nice Place to Die ». Là encore, pas de posture. Pas de grunge « à l’américaine » recyclé comme on achète une veste vintage à la Kurt. Sex Shop Mushrooms habite la souffrance de son époque : la précarité, l’incertitude, le flou moral permanent.


« 131217 » agit comme une trouée étrange dans la tempête. Un titre poisseux, oppressant, mais où affleurent, presque par accident, de délicates hallucinations psychédéliques. Des couleurs qui vibrent sous la crasse. Des éclats de lumière qui tentent de filtrer au travers du nuage. C’est là que le groupe s’autorise, pour la première fois, quelque chose qui ressemble à une torpeur hypnotique, un flottement, une manière de perdre pied autrement que par la rage.


Et puis il y a « Dissonance », ce moment où 131217 cesse d’être un simple album de grunge, pourtant brillant, pour devenir un disque qui compte. Un morceau incandescent, tendu comme un fil, où l’on entend soudain résonner les grandes heures de Sloy. Ce même goût pour l’abrasion, cette façon de tordre la dynamique jusqu’à la rupture, de transformer le chaos en architecture. Ce n’est pas un clin d’œil, encore moins une référence facile. C’est une réussite franche, une montée d’inspiration presque dangereuse, où Sex Shop Mushrooms parvient à toucher une intensité rare, entièrement personnelle.


Ce qui frappe dans ce disque, c’est la sincérité abrasive. On sent le groupe vouloir s’affranchir de quelque chose. Cette émancipation, ils ne la romantisent pas, ils ne la marchandent pas. Ils la vivent comme un arrachement, comme un rite initiatique où l’on jette au feu ce qui doit l’être puis marche pieds nus sur les braises. Et dans ce chaos, il y a de vrais tubes grunge made in France. Des morceaux taillés pour les salles bouillantes et les retours de scène mal réglés. Des chansons nées dans l’underground, mais qui ont assez de souffle pour dépasser les caves qui les ont façonnées. Et tant mieux si ça dérange, tant mieux si ça déborde, car le groupe n’a pas besoin qu’on lui ouvre les portes, il les défonce.

Sex Shop Mushrooms

Sex Shop Mushrooms crédit Jeanne El Bez

131217 est un pari. Un pari qu’on est prêt à suivre et à défendre becs et ongles même, celui de soutenir un groupe qui choisit la rugosité plutôt que la facilité, l’honnêteté plutôt que le vernis, la scène plutôt que l’image. Sex Shop Mushrooms ne cherche pas à plaire et c’est précisément pour ça qu’ils nous plaisent autant. Ce disque ne cherche pas de place dans le paysage, il s’en fabrique une à coups de riffs, de crises, et de vérité. Un album d’émancipation, une purge, une brûlure. Et peut-être, au bout, une forme de liberté trouvée.

131217 est sorti le 30 Janvier 2026 en autoproduction

Style : Grunge From Pigalle

Tracklist :

1- Help Me I’m Cumming
2- Juicy Victim
3- Nice Place to Die
4- Scam
5- Mush
6- Quality Wine
7- 131217
8- Dissonance
9- Today my Girlfriend’s Dead
10- Submerged
11- Your Eyes

Site Officiel : sexshopmushrooms.com
Instagram : sexshopmushroomsband
Facebook : Sex Shop Mushroom