Il y a quelque chose de profondément physique, presque organique, qui se noue dès les premiers instants au Motocultor. Il y a la poussière fine de Carhaix qui finit par s’incruster partout, cette chaleur lourde qui vous colle au dos, et ces kilomètres que l’on avale sans compter d’une scène à l’autre. La fatigue physique devient une sorte de monnaie d’échange avec le cerveau, s’invitant au cœur de ces dilemmes cornéliens typiques des grands festivals, où l’on se retrouve cruellement déchiré entre deux groupes programmés à la même heure. Alors, pendant quatre jours, on s’abandonne au même rituel immuable : on marche, on court, on transpire, on s’octroie cinq minutes de répit dans un coin d’ombre (encore trop rare) avant de se jeter dans la fosse suivante. On se promet chaque matin de rentrer tôt, mais la vérité, c’est qu’on ne rentre jamais tôt.

Le festival carbure à cette promesse d’intensité, rythmée par les attentes comblées et les télescopages imprévus. Entre les légendes intouchables, les confirmations éclatantes, les quelques déceptions et ces révélations sorties de nulle part pour vous retourner la tronche, cette édition 2026 aura été un condensé d’émotions fortes, le tout sous un soleil de plomb bien décidé à jouer les têtes d’affiche.
JEUDI — PREMIERS UPPERCUTS
Ce sont les Américains d’Unearth qui se chargent d’ouvrir les hostilités aux heures les plus étouffantes de la journée. S’envoyer un set des vétérans du metalcore sous un thermomètre en surchauffe relève presque du masochisme, mais le quintette du Massachusetts n’est visiblement pas venu pour faire dans la demi-mesure. Sans le moindre round d’observation, le groupe balance un set imparable et d’une efficacité clinique, offrant un premier uppercut idéal qui rappelle pourquoi Unearth demeure une machine de guerre ultra-huilée lorsqu’il s’agit de transformer un pit en champ de bataille. La journée commence à peine et le cœur du festival, lui, vient de se mettre à battre.
Après cette décharge d’énergie brute, le festival opère un virage atmosphérique radical avec l’arrivée de Brieg Guerveno. Le musicien breton déploie un set magnétique, presque tellurique, changeant instantanément la couleur de l’après-midi. Là où Unearth venait chercher les festivaliers à coups de riffs massifs et de breakdowns frontaux, Guerveno convoque une poésie sombre et mystique qui semble sourdre directement du sol armoricain. Habité, dense et d’une justesse rare, ce concert résonne comme une invocation des forces de la terre, offrant une première respiration indispensable, presque sacrée, dans une programmation qui ne va pourtant pas tarder à nous couper le souffle à nouveau.
La trêve est d’ailleurs de courte durée puisque la fosse se remet immédiatement à bouillonner pour accueillir Pilori. Les Rouennais ne se sont clairement pas déplacés pour faire de la figuration, leur set est une décharge de violence pure, tendue et sans la moindre faiblesse structurelle. Le public mord instantanément à l’hameçon, transformant le parterre en une zone de turbulences hautement inflammatoire. C’est à ce moment précis que le mantra des quatre prochains jours s’impose de lui-même comme une évidence : encaisser les coups, reprendre son souffle et y retourner les yeux fermés.
Kittie n’est manifestement pas venu à Carhaix pour jouer les reliques du metal des années 2000. Dès les premières minutes, les Canadiennes affichent une formation parfaitement rodée et surtout une énergie qui ne laisse pas beaucoup de place à la nostalgie.
Le set avance à pleine vitesse, sans s’embarrasser de longueurs. Dans la fosse, le public répond présent et finit par soulever suffisamment de poussière pour donner à Carhaix des airs de désert canadien. Kittie aurait pu se contenter de capitaliser sur le retour en grâce du groupe et sur la nostalgie de toute une génération. Elles choisissent plutôt de montrer qu’elles ont encore largement de quoi en découdre.

Puis, la fin de journée amène avec elle le cas Godsmack, l’un de ces moments de bascule où l’on s’interroge poliment sur notre propre état d’esprit, se demandant si la chaleur ne commence pas à altérer notre jugement. Malheureusement, la tiédeur de ce qui se passe sur scène apporte une réponse assez rapide. Coincé dans un entre-deux poussif, le chanteur peine à accrocher ses notes, et le pourtant culte Awake échoue à réveiller une foule devenue apathique, fatiguée par les mentions incessantes de Common We Are from Boston, Massachusetts, assénées jusqu’à l’indigestion. L’annonce d’un nouvel album pour l’année prochaine sonne d’ailleurs comme une mise en garde, si la trajectoire vocale continue de décliner ainsi, il faudra sans doute revoir les ambitions de Grammy Awards à la baisse.
Pour couronner le tout, le groupe s’égare dans un interminable intermède instrumental aux accents de rock cubain, digne d’un Buena Vista Social Club de café-conc’ qui n’a pas grand-chose à faire là, avant de livrer une reprise de Back in Black d’AC/DC qui laisse l’auditoire profondément perplexe. C’est alors que le véritable spectacle bascule hors de la scène : dans un mouvement de marée humaine, le parterre se vide à vue d’œil, désertant Godsmack pour converger vers Amenra. Lentement d’abord, puis de manière massive, comme si la rumeur d’une claque imminente avait pris une forme physique à travers la foule.
Et la rumeur disait vrai, car ce qu’a proposé Amenra ce soir-là relève tout simplement du magistral. Violent, bouleversant, totalement habité, le collectif belge a délivré la première immense gifle du festival. Amenra ne se contente pas de jouer fort ; ils érigent une masse sonore cathartique qui s’abat sur la plaine, laissant le public exsangue, avec la sensation diffuse d’avoir partagé un rituel mystique plutôt que d’avoir simplement assisté à un concert de metal. Pendant ce temps, la scène voisine achevait de se vider, offrant un contraste cruel mais d’une logique implacable avec le désastre qui venait de s’y jouer.
Pour clore en beauté cette première journée en montagnes russes, c’est Primus qui investit les planches. Grandiose, outrancier et délicieusement absurde, le trio refuse par définition de choisir entre la virtuosité technique et le grand n’importe quoi cartoon, et c’est exactement ce qui fait leur génie. Un vent de folie pure et rafraîchissante souffle soudain sur Carhaix, mené par les lignes de basse élastiques et hypnotiques de Les Claypool. On quitte finalement le site avec ce paradoxe typique des premiers soirs : le corps est déjà sur les rotules, mais la machine est lancée, et on sait pertinemment qu’on reviendra tendre l’autre joue dès le lendemain.
VENDREDI — LA MACHINE EST LANCÉE
C’est aux Bruxellois d’Ice Sealed Eyes que revient la lourde tâche de lancer les hostilités, et ils le font avec une maîtrise bluffante. Pour leur baptême du feu sur la Mainstage, le groupe déploie une énergie communicative particulièrement salvatrice, haranguant un pit encore engourdi pour en extirper les moindres parcelles d’adrénaline. Le public répond présent au-delà des attentes, validant une ouverture idéale qui place d’emblée la journée sous de parfaits auspices.

Après cette masterclass, on décide d’aller voir Gravity, pas la bouse avec George Clooney, mais bien le groupe de metal dystopique venu de Montpellier. La frontwoman Emilie prend immédiatement toute la place, impose une intensité folle, sans jamais relâcher la pression, et semble avoir le public dans le creux de la main.Tout paraît instinctif, mais rien n’est laissé au hasard : le groupe avance comme un seul bloc, parfaitement rodé, avec une efficacité redoutable.
Dans la foulée, Lord Of The Lost prend d’assaut la scène avec ses hymnes fédérateurs et un sens du spectacle théâtral ultra-affûté. Armé du percutant I Hate People, le combo allemand sait exactement sur quels leviers appuyer pour soulever la foule, avant de conclure sur un habile « But I love you, Motocultor ! » qui décroche instantanément les sourires de toute la plaine. Musicalement, le groupe sert un crossover hautement addictif entre metal industriel, rock gothique et structures pop aux contours acidulés. C’est un peu comme si The Rasmus avait ingurgité une fiole de Depeche Mode avec une bonne pincée de KMFDM. C’est visuel, outrancier, totalement assumé, et donc fondamentalement taillé pour l’esprit du festival.
La journée se poursuit ensuite avec le charme brut de l’ancien, le death metal historique de Stockholm porté par les vétérans suédois d’Unleashed. Fondé sur les cendres encore chaudes de Nihilist, le groupe incarne un pan entier de l’histoire de la musique extrême, et il y a quelque chose de profondément réjouissant à voir cette vieille garde inflexible succéder à la jeune génération qui venait de fouler les planches. Pas besoin de courir après les tendances ou une modernité factice quand on possède un tel héritage patrimonial. Unleashed joue ses classiques avec une hargne intacte et, sous la poussière de Carhaix
La fin d’après-midi laisse place à nos fiers numéros un du metal francophone.Mass Hysteria investit la scène pour ce qui s’annonce comme l’unique rendez-vous de leur été. Après neuf mois de silence loin des planches, le combo retrouve la lumière avec une hargne intacte et cette impatience viscérale de mordre à nouveau dans le pit a pleines dents. Ce retour aux sources s’avère d’autant plus vibrant que Mouss joue ici à domicile : le frontman brestois irradie face à un public conquis d’avance, pour une date suspendue qui marque également les adieux définitifs à leur scénographie actuelle. Sur scène, il se montre comme à son habitude impérial, tandis que Yann et Fred découpent l’espace avec une ferveur folle. Solidement épaulés par la rythmique millimétrée de Jamie et Raphaël qui ne laisse aucun répit, le groupe pousse tout à bloc. C’est une performance d’une maîtrise absolue, qui frappe surtout par sa sincérité désarmante. Une leçon, comme toujours.

Alors que la nuit tombe sur Carhaix, la foule se presse en masse vers Alcest. Le flux est tel qu’on en vient à se demander si certaines scènes n’ont pas été sous-dimensionnées face à l’attraction magnétique de certains groupes, le parterre affichant ici complet jusqu’aux derniers rangs. Alcest livre alors un set sublime, aérien et totalement envolé. On appelle ça du blackgaze ou du black metal, certes, mais la musique de Neige a depuis longtemps brisé les frontières des étiquettes pour devenir un pur vecteur d’évasion. On se surprend à planer avec la poussière en suspension, à traverser des voiles du chapiteau et à se lover dans des nuages invisibles. Ce soir-là, malgré un ciel d’août désespérément pur, Alcest a réussi l’exploit de nous emmener très haut.
Il faut pourtant redescendre, et le réveil est brutal avec l’arrivée de Filth. Propulsé par une reprise dantesque du classique Rollin’ de Limp Bizkit, le combo injecte une bonne dose de chaos dans la soirée à coups de lancers de t-shirts et de riffs cataclysmique. L’ambiance est tellement communicative qu’on croise même Yann de Mass Hysteria dans le public, venu incognito savourer la suite des festivités. C’est aussi ça la magie du Motocultor, un espace où la frontière entre la scène et la fosse s’estompe, et où les artistes redeviennent de simples festivaliers bien décidés à pousser la nuit dans ses derniers retranchements.

Sous la tente, le phénomène se confirme avec Eihwar, qui réussit l’exploit d’attirer une foule encore plus compacte. Une véritable communauté semble s’être donné rendez-vous pour cette démonstration de neo-folk féerique qui prend une dimension irréelle sous les étoiles. Le public, en totale communion, connaît les morceaux par cœur, chante, répond et refuse de décrocher. Captivés, nous restons nous aussi suspendus à cette atmosphère hors du temps. À deux heures du matin, alors que nous traînons nos pieds lourds parmi les derniers survivants, une envie parfaitement irrationnelle de prolonger l’instant nous submerge. On se cherche des excuses pour ne pas quitter le site, mais la raison nous rappelle à l’ordre : nous n’en sommes qu’à la moitié du festival et on refuse déjà de penser à la fin.
SAMEDI — LA CORÉE MET LE FEU À CARHAIX
Au réveil de ce troisième jour, le corps commence logiquement à envoyer des signaux d’alerte contradictoires, réclamant du sommeil, une chaise, ou idéalement un lit douillet. C’est dommage pour lui, car la programmation n’en a strictement rien à foutre.
Les premières heures de l’après-midi résument à elles seules la diversité du festival à travers deux ouvertures radicalement opposées. D’un côté, Necrowretch réveille les morts avec un death/black metal à l’ancienne, appliquant à la lettre une recette ancestrale à base de ténèbres, d’ambiance de caveau et de projections sanglantes. De l’autre, Shady Fat Kats mise sur un alliage de pop-punk et d’incursions metal encore perfectible mais suffisamment prometteur pour nous mettre l’eau à la bouche. Cette mise en appétit hardcore et punk de début de journée commence déjà à nous faire saliver pour la suite.
Initialement programmés, les Latino-Américains d’Ill Niño ont brillé par leur absence pour la seconde année consécutive, laissant à Sidilarsen la lourde tâche de les remplacer au pied levé. Jamais deux sans trois ? L’avenir le dira. En attendant, les Toulousains prennent le relais avec un set solide, presque exclusivement axé sur leurs productions récentes. Si les nostalgiques venus guetter les morceaux cultes de Biotope, Eau ou Une nuit pour sept jours sont restés sur leur faim, le reste de l’auditoire s’est montré quant à lui conquis par cette efficacité sans faille.

Et puis, la baffe monumentale du week-end est arrivée sans crier gare. Elle vient de Corée du Sud et répond au nom d’Hollow Jan. Le groupe débarque pour défendre un screamo viscéral devant un public initialement venu par simple curiosité. Il ne faut pourtant que quelques morceaux pour que la politesse se transforme en une transe collective. Sur le magistral Dreamtide Bound, les choeurs du public résonnent si fort que la foule continue de chanter bien après la fin des notes. Surpris et visiblement touché, le groupe relance la machine, et le pit explose. À partir de cet instant, le concert bascule dans la légende du festival : les slameurs traversent la fosse en continu, les corps planent au-dessus des têtes et le groupe donne jusqu’à sa dernière goutte de sueur.
Ce qui devait être une simple découverte se transforme en l’un des moments les plus mémorables de cette édition. En se ruant vers le stand de merch quelques minutes plus tard pour ramener un t-shirt souvenir gravé du sceau « j’y étais », on réalise que la moitié du festival a eu la même idée. Les stocks disparaissent à vue d’œil sous le regard incrédule des bénévoles. Hollow Jan vient tout simplement de retourner le festival, et accessoirement son propre stand.

Visiblement branchés sur le même courant de haute tension, les Montpelliérains de Slift investissent la scène avec la ferme intention de maintenir le public à température de fusion. Le power-trio déploie son space-rock psychédélique avec une maestria folle, emportant instantanément l’adhésion de la plaine. Slift confirme magistralement son statut de valeur sûre de la scène hexagonale, capable d’imposer une signature sonore unique sans jamais se diluer dans la masse.

La nuit est désormais bien installée lorsque Within Temptation vient délivrer sa grande messe gothique. Les Hollandais livrent une performance impériale, de celles qui confèrent immédiatement à un festival une envergure internationale. Portée par une météo devenue enfin clémente après les vagues de chaleur diurnes, cette fin de soirée prend des airs de paradis pour metalleux. L’ambiance est exquise, la communion totale, au point de nous faire oublier, l’espace de quelques refrains, que nos corps sont en train de crier grâce. Presque.
DIMANCHE — JUSQU’À LA DERNIÈRE GOUTTE DE SUEUR
Le quatrième jour s’avance, escorté par cette mention du « dernier jour » qui commence déjà à piquer un peu le cœur. On a passé trois journées entières à ruser avec la montre, à cavaler entre les scènes et à se demander par quel miracle le corps allait tenir le coup jusqu’au bout. À présent, la donne a changé : il faut tenir parce que le dénouement approche, et que l’on refuse de voir le rideau tomber.
Avez-vous déjà tenté de poser la langue sur une pile électrique ? C’est à peu près la décharge instantanée que procure le set d’Eyes. Les Danois débarquent sur scène armés d’un hardcore survitaminé qui s’impose comme le remède idéal au moment où on l’attendait le moins. Après 72 heures de saturation sonore, il nous fallait un véritable électrochoc pour redresser l’échine. Mission accomplie haut la main : Eyes nous remet d’aplomb pour attaquer la dernière ligne droite.
La tension monte encore d’un cran avec l’arrivée de Deafheaven. Derrière son micro, George Clarke se lance dans une série de contorsions frénétiques, tournoyant sur lui-même comme pour canaliser une rage sourde avant de mordre — le tout avec une classe absolument folle. Ce concert résonne comme un règlement de comptes magistral sur l’autel du shoegaze, une transe de derviche tourneur entièrement vouée à la gloire du black metal. La musique du quintette semble constamment vouloir s’extirper de sa propre violence intrinsèque pour aller chercher une lumière plus pure, presque céleste.
À mes côtés, un compagnon de route éphémère observe le séisme. Devant la claque monumentale que nous sommes en train d’encaisser, je lui confie mon désarroi de chroniqueur, face à la difficulté presque absurde de retranscrire avec des mots une telle expérience sensorielle. Il se saisit alors de mon carnet de notes et y griffonne une sentence laconique :
« C’est super 🙂 »
C’est sans doute trop simple, mais c’est d’une justesse implacable. Merci, Matthis.

Dans la foulée, Coltaine investit l’espace et balaie instantanément les derniers doutes. Il n’y a plus l’ombre d’un débat possible : on tombe amoureux, instantanément. Parfois, la magie d’un concert réside dans son évidence, et il n’y a nul besoin de chercher à disséquer davantage l’état de grâce dans lequel le groupe nous plonge.

S’il y avait une grand-messe visuelle et sonore à ne pas manquer lors de cette ultime journée, il valait vraiment le coup de veiller tard pour célébrer Shaârghot. Le spectacle se révèle aussi impressionnant et martial que profondément jubilatoire. Le combo parisien mène ses affaires avec un sérieux papal tout en assénant un set monumental à une foule de fidèles qui semble avoir fait le déplacement exclusivement pour eux. On comprend d’ailleurs très vite pourquoi : il règne dans ce parterre une ferveur presque familiale, un esprit de corps où l’on se sent immédiatement accueilli, comme à la maison. Le set défile à la vitesse de l’éclair, illustrant ce paradoxe si propre aux festivals : on passe quatre jours à courir après les concerts, avant de supplier les aiguilles de s’arrêter lorsque l’on réalise que la fin est là. Le public de Shaârghot nous manque déjà presque autant que le groupe lui-même.

Pour sceller définitivement cette édition, le choix du doom s’impose comme une évidence avec les légendaires Warning. En maître d’orchestre monumental, Patrick Walker ponctue chaque coup de caisse claire de grands gestes théâtraux, les bras plongés dans sa propre musique comme s’il tentait d’en extirper la substantifique moelle. Ici, point de scénographie grandiloquente ou d’artifices visuels ; quelques projecteurs suffisent. C’est le dévouement absolu du frontman à son art qui fait office de spectacle. On s’assomme une dernière fois sous la lourdeur des riffs tout en s’envolant vers des contrées mélancoliques. Dans la foule, les yeux embrumés sont nombreux. Warning est un secret trop bien gardé, une pépite sous-cotée qui mériterait infiniment plus de lumière. Un peu à l’image de ce festival, finalement.

L’ÉPITAPHE DE CARHAIX
Le Motocultor vit par nature dans l’ombre gigantesque du mastodonte de Clisson, et la comparaison revient inévitablement dès que l’on évoque les musiques extrêmes en terres bretonnes. Et pourtant, le Motocultor n’a jamais eu le besoin, ni l’ambition, d’être un énième clone. Il possède sa propre curiosité insatiable, ses paris esthétiques et, surtout, cette précieuse capacité à faire cohabiter des mondes qui n’auraient peut-être jamais dû se croiser ailleurs.
Du death metal suédois d’Unleashed au screamo coréen d’Hollow Jan, du néo-folk envoûtant d’Eihwar au doom funéraire de Warning, le festival continue de remplir la plus noble des missions : mettre sous nos yeux les groupes que nous étions venus chercher, et nous révéler ceux que nous n’attendions pas. Au bout de ces quatre jours suspendus, ce ne sont pas les têtes d’affiche en lettres d’or que l’on glisse dans nos bagages, mais une constellation de moments bruts.
On avait quatre jours, ce n’était manifestement pas assez. La poussière et la ferveur de Carhaix commencent déjà à nous manquer et c’est sans doute là le plus beau des signes. À l’année prochaine.
Site Officiel : motocultor-festival.com





