GAMI – UNDERNEATH

par | 25 Oct 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 7 min

4/5  ⭐️⭐️⭐️⭐️ –  Pour son premier album, GAMI rêvait d’une pochette percée d’une fenêtre, laissant entrevoir ce qui se cache derrière. Tout Underneath tient dans cette envie. Le trio marseillais ne se dévoile jamais d’un bloc : il soulève un coin du voile, puis un autre… jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à cacher.

 

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Le projet de fin d’études qui a refusé de s’arrêter

Avant d’être un trio, GAMI était le projet de diplôme de Capucine Trotobas au conservatoire. Sauf qu’elle s’y est tellement amusée qu’en rentrant à Marseille, une évidence s’impose : il faut le remonter. Elle croise Rémi Bernard, le voit jouer avec Avee Mana et le recrute presque sur-le-champ. Les batteurs défilent… jusqu’à ce qu’on appelle David Benzazon pour un dépannage. « On ne l’a jamais laissé repartir », s’amuse Capucine, qui le connaissait déjà depuis le lycée. Deux EP plus tard (Make A Path en 2021, Step By Step en 2023), le projet perso est devenu une vraie histoire de groupe.

Pour Underneath, personne ne reste à sa place. Enfermé une semaine dans son home studio, le trio pond six titres en sept jours. Pendant que l’un attrape la guitare, l’autre fouille le piano et le troisième bidouille des prods sur l’ordi. Résultat, une bonne partie des riffs de guitare sort des mains… du batteur. Le groupe enregistre à la maison, instrument par instrument, et garde le budget pour le mix, confié à Rémi Gettliffe au studio White Bat, l’homme derrière le son de Last Train. Le DIY là où il suffit, les grands moyens là où ils comptent.

 

GAMI – photo by Margaux Solia

 

Deux disques, une seule marée

À la fin des sessions, David voit deux disques distincts : un rock aux arêtes vives, un trip hop qui flotte. « Au début, j’aurais préféré que ce soit deux projets différents », avoue-t-il. Capucine et Rémi ne sont pas d’accord, il finit par leur faire confiance… et apprécie ce grand écart un peu plus chaque jour. Plutôt que de ranger les deux humeurs dans deux tiroirs, la tracklist les fait alterner, et le disque va et vient comme les vagues sur les rochers. Bristol a ouvert un nouveau quartier, et il donne sur la Méditerranée.

Une voix qui a appris à chuchoter

Capucine vient du gospel, cette école où l’on chante en envoyant du lourd. C’est en travaillant avec Martin Mey au sein du Minimum Ensemble qu’elle découvre le plaisir de chanter « des trucs très fins, très texturés ». Ses textes ont fait le même chemin. Les EP parlaient de dépression. L’album arrive après un diagnostic tardif de TDAH et d’autisme léger, qui ne change rien mais explique tout. « C’est pareil, mais au moins, on comprend pourquoi », résume-t-elle. Vient maintenant l’état des lieux, lucide et étonnamment léger.

 

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La descente

L’idée, Capucine la résume sans détour : « aller chercher au fond de nous tous et voir ce qu’il y a sous la surface ». Et d’un morceau à l’autre, les textes ne parlent que de ça. L’intro sert de sas. Quelques instants pour quitter la surface, et on est déjà aspiré vers « Face It », un rock indus lent et massif qui avance comme une coulée de lave, mais avec dans la voix et le rythme un groove qui fait rouler les épaules. Et ça cogne aussi dans le texte : Capucine y renvoie à l’expéditeur les injonctions faites aux femmes, de « sois belle, même si ça fait mal » à « jamais assez sexy, ou toujours trop ». « Anymore », morceau amené par Rémi, change de décor : batterie en première ligne, synthés, basse qui martèle, et un refrain où la voix de Capucine s’étire jusqu’à décoller comme quelqu’un qui cherche la paix sous la surface, les oreilles pleines d’eau. Ça grimpe, la digue finit par céder… puis tout se retire pour ne laisser qu’elle, seule face au silence.

 

 

Derrière le masque

« Glass » ralentit tout. Balade suspendue où la basse avance en douce sous des guitares caressantes, mélancolique mais traversée d’un filet de lumière. David y raconte une relation où il s’était muré en lui-même. Trop pudique pour l’écrire frontalement, il passe par l’univers inspiré de Philip K. Dick et ses répliquants. Le clip, né d’un rêve où il vomit du verre, a été tourné avec son ex, plasticienne, avec qui il a renoué depuis. C’est là qu’Underneath révèle sa vraie nature. Il a la beauté du verre où l’on voit à travers… et c’est son propre reflet qu’on finit par y trouver.

Puis « Masking » tend son tempo coupé en deux façon « Angel » de Massive Attack, le trio ne s’en cache d’ailleurs pas, « ça aurait été malhonnête de ne pas le reconnaître » assume le groupe. Quelques secondes plus tard, le morceau trace sa propre route avec son piano. Un morceau de trip hop pur et une voix au grain chaud, dont la tension monte jusqu’à la bascule indus à mi-parcours. Le rythme s’emballe, la guitare entre en scène en groovant, et la voix reste d’une délicatesse désarmante au cœur de la tempête. On pense à Archive, à Nine Inch Nails, et on retient son souffle jusqu’au bout. Le calme en surface, l’orage dessous, comme le masque social qui lui donne son nom. C’est le sommet du disque.

 

 

Le rêve et le réveil

« Fragments », c’est la surprise : seul titre en français choisi après un sondage sur Instagram et planqué exprès au milieu de la tracklist. Un clavier, la voix de Capucine, puis des battements, des guitares et des chœurs qui s’ajoutent un à un, sur un tempo lent qui flotte, la tête dans les nuages.  Puis « Move On » réveille en sursaut. Ses premières notes de guitare rappellent « Street Spirit (Fade Out) » de Radiohead, puis la voix s’affirme, les guitares grondent et le morceau finit en plein rock. « Pills » continue le bal : riffs rock, groove qui s’accélère, impossible de garder les hanches immobiles. Sauf qu’en tendant l’oreille, on découvre la surcharge du bruit et de la lumière, la peur de rechuter, les psys et les cachets. On danse sur des bleus. C’est peut-être là le masque le plus réussi du disque. « Settle » prolonge la danse, lumineuse, avec un jeu rythmique malin, une pause aérienne au milieu et des échos sur la voix avant de repartir de plus belle.

Et puis « To Be Heard » referme tout, presque nue. Des percus trip hop qui sonnent comme des pas sur le sol, un peu de piano, une voix démultipliée et la chaleur d’une Beth Gibbons. Des pas de quelqu’un qui continue d’avancer, puisque le texte parle justement de se relever et de répondre présent, encore et encore. La batterie finit par cogner comme un bouquet final, avant que tout redescende sur le piano-voix du début. Un dernier « I’m not insignificant » presque murmuré, comme on souffle une bougie… et la fumée continue de danser un instant.

 

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GAMI – Live

 

Remonter à la surface

On était venu chercher un disque de trip hop, on en ressort avec bien plus. Underneath cogne et berce, cache et dévoile, fait danser sur des bleus et murmure ses failles au lieu de les hurler. Trois musiciens qui jouent les instruments les uns des autres, deux humeurs qu’on aurait pu séparer et qui finissent par ne faire qu’une, une voix qui a compris qu’un chuchotement porte parfois plus loin qu’un cri. Un premier album qui ne cherche pas à rentrer dans le moule : il le fait fondre.

Reste à voir tout ça prendre corps sur scène. Vu la tension que ces morceaux tiennent sur disque, on imagine sans mal ce qu’ils doivent donner en live. En attendant, fais comme nous : lance Underneath, ferme les yeux et descends voir ce qui se cache.

GAMI – Underneath – sortie le 23 octobre 2026

Tracklist :
1. Underneath
2. Face It
3. Anymore
4. Glass
5. Masking
6. Fragments
7. Move On
8. Pills
9. Settle
10. To Be Heard

Instagram @Gami.Music