5/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ Neuf ans. C’est le temps qu’il aura fallu pour qu’Ecca Vandal revienne avec un vrai album. Près d’une décennie depuis son premier disque éponyme, salué à l’époque comme l’un des débuts les plus éclatants de l’année, pour sa façon d’attaquer les riffs de guitare avec la même aisance que des beats synthétiques. À l’époque, elle décrochait des premières parties d’Incubus et de Queens Of The Stone Age, jonglant entre fougue punk et dextérité vocale. Puis la pandémie a brisé l’élan, et plutôt que de courir après, l’artiste née en Afrique du Sud et grandie à Melbourne a choisi le silence. Looking For People To Unfollow, paru le 29 mai, est le fruit de cette patience.

ECCA VANDAL – Looking For People To Unfollow
Le titre est déjà une déclaration d’intention. Vandal l’a baptisé d’après le grand ménage opéré sur ses propres réseaux sociaux, tout le superflu qu’elle a fini par évacuer. Et la fabrication épouse la même philosophie. L’essentiel a été enregistré avec le bassiste et coproducteur Richie « Kid Not » Buxton, dans sa chambre d’enfance à Melbourne, sans connexion internet. « On a coupé tout ce qui ne nous servait pas, les délais, les métriques, la pression de rester visible en ligne », explique-t-elle. Pendant près de deux ans, ces quatre murs en banlieue balnéaire sont devenus tout leur univers, un endroit où redevenir adolescents et fabriquer des choses avec les mains, tangibles et imparfaites. Un disque de soustraction qui, paradoxalement, déborde pourtant d’idées.

Car sur le plan sonore, rien n’est minimaliste. Dix-sept titres, quarante et une minutes, et une cartographie de genres qui donne le tournis. « Eyes Shut » et « Sorry! Crash! » ouvrent comme un album de punk-rock incendiaire, avant que les guitares ne cèdent peu à peu la place à des beats plus larges, gorgés de basse, lorgnant vers le reggaeton (« Do It Anyway »), la trap (« Came Here For The Loot ») et son héritage sud-asiatique (« Then There’s One »). Quelle que soit l’instrumentation, c’est sa voix, toujours mordante, qui assure une forme de cohérence à ce melting-pot chaotique.

Les sommets naissent justement de ces collisions. Sur « Bleach », big beat et hip-hop fusionnent dans des éclats de guitare et des cris bruts, l’idée de tout raser pour repartir de zéro, en guise de manifeste. « Okay Not To Be Okay » déroule un flow mélodique sur des percussions à haute vélocité, tandis que « Levitate Part 1 + 2 » oppose à sa voix éraillée une brise R&B éthérée. « Did A Little More To Forget » la cadre dans un piano jazzy et des batteries saturées, et malgré la profusion d’idées, tout reste compact, exécuté avec une vraie intention. Le moment le plus frontal arrive sur la fin : « Ghosts », avant-dernier titre, est une charge posée sur un beat tourné vers le futur.
Cette plasticité est sa plus grande arme. Ecca aboie, hurle à travers couplets et refrains, puis bascule soudain vers des chants façon Santigold, ouvrant une dimension entièrement neuve. Tout le monde ne tiendra pas la distance face à dix-sept morceaux qui changent de cap toutes les trois minutes. C’est le revers d’une telle ambition. Nous, on adore.
Reste l’essentiel : Ecca Vandal impose sa propre temporalité. Looking For People To Unfollow est un disque fabriqué loin du feed, contre l’algorithme, et ça s’entend dans chacune de ses embardées. Imparfait, surchargé, indomptable et c’est précisément ce qui le rend vivant. Vandal l’emmène désormais sur les routes, de Lollapalooza à Osheaga, en passant par l’Europe, le Royaume-Uni et l’Amérique du Nord : sur scène, cette électricité brute devrait trouver son terrain idéal. À l’heure où la pop se mesure en métriques d’engagement, voilà une artiste qui s’est déconnectée pour mieux frapper. Mission accomplie.
De l’ambition dans une époque qui en manque.
Chez RockSound, on applaudit.






