Airbourne, « Airbourne » : sept ans d’absence et toujours rien à dire, Dieu merci
Il paraît qu’il faut sept ans pour renouveler toutes les cellules de son corps. Airbourne a pris exactement ce délai depuis « Boneshaker » pour revenir avec un constat scientifique : chez eux, les cellules repoussent à l’identique. Un groupe normal aurait profité d’une pause pareille pour faire une dépression, un album ambient ou un featuring avec un rappeur belge. Eux ont écrit, réécrit, jeté et recommencé des chansons sur le rock’n’roll, pour finalement sortir un disque de rock’n’roll intitulé « Airbourne ». J’ai vu des cartes de visite plus audacieuses. Et vous savez quoi ? C’est exactement ce dont j’avais besoin.
Parce qu’il ne faut pas confondre immobilisme et paresse, nuance que ma banquière refuse d’appliquer à mon cas personnel. Ces six années ont servi à poncer la recette jusqu’à l’os, avec une équipe de vieux briscards : Brian Howes à la production, déjà de service sur « Black Dog Barking » en 2013, Mike Fraser (AC/DC, Metallica) à l’enregistrement, Zakk Cervini au mixage. Et le vrai geste de vétérans : tout enregistrer en analogique. Pendant que l’industrie entière maquille ses disques comme une influenceuse avant un brunch, ces types ont ressorti les bandes et les lampes. Résultat : un son organique, ample, qui respire, des chansons qui gardent leur spontanéité. Un disque qui sonne comme quatre Australiens dans une pièce, pas comme un stagiaire sous caféine devant Pro Tools. C’est devenu si rare que ça mériterait une appellation d’origine contrôlée.
Dès « Gutsy » en ouverture, zéro surprise, et c’est marqué dans le contrat : hard rock frontal, refrains taillés pour les stades, groove reconnaissable les yeux fermés et le foie en vrac, accélérations qui rappellent que cette musique est censée procurer des sensations, pas un mémoire de fin d’études. Mais sous le capot, c’est plus malin qu’il n’y paraît : l’écriture joue sur les dynamiques, les tempos, les ambiances, sans aligner douze brûlots clonés. Mutt Lange et Bryan Adams ont même mis la main à la pâte sur certains titres. Relisez cette phrase. Le producteur de « Back in Black » et le type de « Summer of ’69 » chez Airbourne. Sur le papier, c’est le mariage le plus louche depuis mes deux derniers. Dans les faits, ça marche insolemment bien. Et « Alive After Death », machine à refrain conçue pour être hurlée par des gens qui ont renversé leur bière, va faire des dégâts considérables en tournée.
Alors oui, on connaît la chanson, littéralement, depuis 2007. Mais reprocher à Airbourne de faire du Airbourne, c’est reprocher à un pub de servir de la bière. Sept ans pour ne rien changer, sauf l’essentiel : tout est mieux.
Le disque de la rupture ? Certainement pas. Celui d’un groupe qui sait exactement qui il est, et qui n’a jamais aussi bien sonné.





