4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Fin des années 90, Escape tourne en boucle dans une chambre d’ado et sa deuxième piste s’appelle « SOS ». Vingt-sept ans plus tard, Burning Heads ouvre All Fired Up avec « SOS 2 ». Le signal de détresse est le même. C’est le monde autour qui a empiré.

Entre Burning Heads et Rock Sound, c’est une histoire au long cours faite d’albums qui n’ont jamais cessé de tomber depuis les années 90. Mais Escape garde une place à part : enregistré à Seattle avec Jack Endino et sorti chez Epitaph, il était la preuve qu’un groupe d’Orléans pouvait jouer dans la même cour que les Californiens, et les ados qu’on était bombaient fièrement le torse pour ça. Son « SOS » avec ce sentiment d’être le seul à voir que tout part de travers, JB, le bassiste de Burning Heads, nous l’a décrit exactement comme ça : le regard d’un ado persuadé d’être seul à marcher droit. « SOS 2 » garde la question mais change d’âge. C’est désormais un constat d’adultes face à un monde où « on marche sur la tête » et qui fonce dans le mur sans freiner, tabassant d’entrée de jeu sans round d’observation : on n’est pas devenus plus sereins en grandissant, mais plus lucides.

Burning Heads
Même recette, autre atelier
Troisième album avec Fra au chant depuis le départ de Pierre, All Fired Up porte ses textes de bout en bout. Le vrai changement, lui, se joue en coulisses. Après deux disques enregistrés en Normandie, le groupe a filé en Bretagne, chez un ingé son repéré par Thomas Viallefond, le batteur fondateur. Un type qui a mis son grain de sel dans les arrangements, surtout côté batterie. Et à la guitare, c’est Dudu, qui a pris toute sa place dans l’écriture. Une autre main, donc une autre couleur dans les compos, comme le souligne JB. Que les puristes se rassurent : la différence est fine, elle se niche dans les détails, pour qui tend l’oreille.

Burning Heads
Un départ en trombe
« Fire Walks With Her » emprunte son titre à Twin Peaks pour un texte qui prend le parti des femmes, sur un rock plus carré que viennent bousculer des accélérations. « Smombies » croque ces zombies à smartphone sur une mélodie accrocheuse qui laisse un arrière-goût fataliste. Puis « Not My Business » tape sur une info tenue par une poignée de puissants, avec un son punk jusqu’à l’os, porté par des chœurs qui renvoient le refrain en écho : coup de cœur de la rédac’. « Back Home » met en avant la voix de Fra, ce chant à l’anglaise qui touche juste dès qu’il prend le temps de mélodiser. Refrain imparable, wo-ho-ho à reprendre en meute et un riff mélodique en guise de sortie. « Take Over » laisse d’abord la basse ouvrir la voie, puis tout le groupe s’engouffre derrière. Le texte tend le micro à ceux qui arrivent derrière nous et leur demande s’ils ont encore la rage. Les jeunes, dans la rue depuis la mi-septembre, ont répondu avant même la sortie du disque : la question est devenue rhétorique.
« Consequences » repart en punk rapide. On imagine Fra scander le poing levé, avant que des basses lourdes n’installent le malaise ambiant en plein milieu du morceau, un régal. « My Life Is A Lie » ramène cette diction très british qu’on aime tant chez Fra, sur un texte plus intime. Des voix secondaires viennent épauler un refrain qu’on reprend en chœur dès le deuxième passage. « How Many Tears » ralentit un peu la cadence pour un morceau plus rock, tout simple mais dont le refrain ne vous lâche plus (à nouveau !), tandis que « Plan B » s’ouvre sur une basse entraînante qui joue au ping-pong avec la guitare en écho. Puis le dernier tiers appuie sur l’accélérateur. « Fast Forward » durcit le chant, plus vénère, sur un refrain qui s’imprime lui aussi rapidement (décidément!), et « Big Lies », plus brut, gueule à plusieurs voix avant de ralentir pour mieux repartir de plus belle.
Un ADN qui respire
Reste « High Times », le reggae qui ferme le bal, un rituel chez les Orléanais, et qui vient illuminer le tout. JB nous l’a résumé simplement : dépouiller, « laisser respirer les morceaux », offrir l’espace que les titres rapides ne laissent pas. C’est peut-être là que se loge l’ADN de Burning Heads : dans ce va-et-vient entre la rafale et le silence, entre le skate punk qui fonce tête baissée et le reggae qui prend son temps. Les colères des années 90 tiennent toujours debout, sans une once de résignation.

Burning Heads – live
40 ans de carrière et toujours la dalle
All Fired Up ne détrône pas les classiques de l’époque Epitaph, et il n’en a pas besoin. C’est l’album d’un groupe qui, au seuil de 40 ans de carrière, avance sans se répéter tout en restant parfaitement lui-même. L’ado qui écoutait « SOS » en 1999 peut être rassuré : les Orléanais ont grandi, mais ne sont jamais rentrés dans le rang. Si t’es dans le sud, rendez-vous le 28 novembre au Bikini à Toulouse. Sinon au nord, ce sera à Paris le 20 mars 2027 pour la release party à La Maroquinerie, là où chaque refrain deviendra une mêlée. Et pour tout ce que JB nous a raconté au-delà du studio, ce sera dans notre interview, à paraître très bientôt sur Rock Sound.
Burning Heads – All Fired Up – sortie le 16 octobre 2026 chez Kicking Records
TRACKLIST :
01. SOS 2
02. Fire Walks With Her
03. Smombies
04. Not My Business
05. Back Home
06. Take Over
07. Consequences
08. My Life Is A Lie
09. How Many Tears
10. Plan B
11. Fast Forward
12. Big Lies
13. High Times





