3/5 ⭐️⭐️⭐️ – Les lycéens bloquent leurs bahuts, les cortèges toussent sous les lacrymos, et Tagada Jones sort un disque écrit pour leurs gosses bien avant que ça pète. Il s’appelle À fleur de peau : difficile de trouver plus juste pour cet automne 2026.

Trente ans au compteur, et une peau neuve
Tagada Jones fait partie de ces groupes dont on connaît tous les refrains à force de les avoir braillés dans des fosses trempées de sueur. TRNT, leur précédent disque, revisitait leurs classiques dans le rétro. Celui-ci fait exactement l’inverse : il mue, et ça s’entend dès les premières secondes. Ce qui saute aux oreilles, c’est le grand écart. D’un côté, des riffs metal taillés pour faire trembler les vitres, et de l’autre, des sifflements, des synthés et des nappes électro qui viennent bousculer la mécanique punk. Entre les deux, Niko joue les caméléons : sa voix se plie, s’étire et se transforme au point d’être parfois méconnaissable dans les couplets. Et le tout tient debout sans être brouillon.

Tagada Jones
Des parents au micro
L’album s’ouvre en levant son verre dans « Les flammes de la fête ». Face à un « King » qui gouverne au bulldozer, Tagada convoque la foule pour un banquet qui sent la poudre, où l’on trinque « au guet-apens de notre histoire ». Ça cogne d’entrée de jeu et ça allume la mèche d’un fil rouge qui court tout le disque : le feu. « À fleur de peau », c’est le cœur du propos. « Quelles armes laissons-nous à nos enfants ? » : la question ne vient pas de la jeunesse, elle vient de ceux qui l’ont mise au monde. Ce sont des parents inquiets qui parlent, et le « Écoute la jeunesse » martelé dans le refrain s’adresse moins aux ados qu’à leurs aînés. L’écriture de Tagada cogne au premier degré, comme un slogan qu’on taguerait sur un mur. Mais ces mots-là ne sont pas faits pour être lus, ils sont faits pour être scandés à mille voix et sur ce terrain-là, ça fait mouche.
Sur « Hors normes », Tagada nous prend à revers : des sifflements dans le refrain, une couleur franchement pop, une touche d’électro. Venant d’un groupe qu’on attend au tournant du gros son, le pied de nez est réjouissant, et cette légèreté sert l’hommage à ceux que la société regarde de travers. « Contre vents et marées » joue sur un débit qui rappelle les cousins d’Ultra Vomit. En contraste, « La marionnette » glace le sang. Ambiance diabolique avec son refrain rapide porté par des synthés sinistres pour illustrer le sujet, la lourde affaire Pelicot, et le groupe a la bonne idée de le traiter par le malaise plutôt que par le sermon. Plus anecdotique, « Wake Up » sonne l’alarme climatique, avec un message qui passe nettement avant la musique.

Tagada Jones
Le monde entre nos mains
« O.P.L.C.E.M. » pour « On Prend Les Choses En Main » renoue avec le punk sur un refrain qui donne envie de serrer les rangs, avec au détour du morceau un « El pueblo unido jamás será vencido » surgissant, le cri né au Chili en 1973 avec Quilapayún, sous l’Unité populaire d’Allende. Un demi-siècle plus tard, il trouve un écho troublant dans les cortèges de cet automne. « Qui sait ? » joue la carte du punk sans détour, basse bien ronde en avant avec un refrain accrocheur.
« L’enfant héros » est le titre le plus touchant de l’album. Un gamin, une arme en plastique dans les mains et un monde qui s’effondre autour de lui ; la mélodie nous rappelle « L’aventurier » d’Indochine, autre histoire de héros de papier mais ici, l’aventure tourne court : les chœurs s’élèvent et la fin laisse un goût amer. « Je suis fou » fonce à fond de folie incarnée au premier degré et c’est bien là la marque de fabrique de ce disque : des refrains qui s’incrustent dès la première écoute, quitte à parfois se ressembler un peu. « L’enfer des flammes » fait monter la tension avant de lâcher des riffs lourds qui cognent comme des coups de bélier. Après la fête, l’enfer : l’album s’achève comme il a commencé, dans le feu, mais sans claquer la porte. Le monde reste à changer et c’est à nous de nous y coller, martèle-t-il en substance, comme une main tendue.
À fleur de peau est un disque sincère, ses textes frappent plus qu’ils ne suggèrent et certains titres tournent un peu en roue libre, mais après une vie entière passée sur la route, Tagada Jones ose bousculer ses propres habitudes et garde l’oreille collée à son époque. Rendez-vous sur les scènes de France et d’Europe : ces hymnes-là ne demandent qu’à exploser au milieu d’une fosse en ébullition.

Tagada Jones – A Fleur de Peau – sortie le 02 octobre 2026 – Label AT(h)OME
TRACKLIST :
01 Les Flammes de la Fête
02 À Fleur de Peau
03 Hors Normes
04 Contre Vents et Marées
05 La Marionnette
06 Wake Up
07 O.P.L.C.E.M
08 Qui Sait ?
09 L’Enfant Héros
10 Je Suis Fou
11 L’Enfer des Flammes





