4/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Certaines métamorphoses se font dans la lumière. D’autres avancent dans l’ombre. Avec Monarch, Dead Poet Society choisit clairement la seconde voie. Les lumières vacillent. Les murs se rapprochent. Quelque part entre la fièvre industrielle de Nine Inch Nails et les élans mélodiques qui ont fait leur réputation, Dead Poet Society s’enfonce dans l’obscurité… et n’en ressort jamais tout à fait. Le papillon du titre n’est pas celui de la légèreté. C’est celui qui émerge d’une chrysalide faite de bruit, de tension et d’obscurité.
Les néons grésillent encore, mais la fête est terminée. Sur Monarch, Dead Poet Society avance seul dans un décor vidé de ses occupants. Les silhouettes ont disparu, les murs semblent plus hauts, l’air plus lourd. Là où FISSION explosait dans toutes les directions, ce troisième chapitre préfère observer les décombres.
Dès les premières minutes, le groupe épaissit son univers. Les riffs ne cherchent plus systématiquement l’impact immédiat. Ils s’étirent, rampent, s’accrochent aux chansons comme une fumée noire. Les textures électroniques se font plus présentes, la tension plus permanente. Tout paraît construit pour maintenir l’auditeur dans un état de déséquilibre constant. Et pourtant, au milieu de cette obscurité, une lumière refuse de s’éteindre.
Cette lumière c’est la voix de Jack Underkofler : elle demeure ce point d’ancrage émotionnel qui distingue Dead Poet Society de tant d’autres formations issues de la scène alternative moderne. Même lorsque les guitares se déforment et que les arrangements deviennent plus menaçants, son chant conserve cette capacité à prendre de la hauteur. Quand les instruments s’enfoncent dans les profondeurs, sa voix, elle, s’élève toujours avec cette fragilité tendue qui transforme chaque refrain en exutoire. Les refrains n’éclatent pas forcément davantage, mais ils frappent plus profondément.
Le disque demande toutefois davantage d’investissement que ses prédécesseurs. Certaines chansons dévoilent leur richesse après plusieurs écoutes, pour que les détails de production, les couches de guitares et les subtilités rythmiques commencent à apparaître. Cette approche pourra dérouter les amateurs des morceaux les plus directs du groupe, mais elle témoigne surtout d’une ambition artistique en pleine expansion. Et c’est sans doute là que Monarch réussit son pari. Devenir plus sombre sans devenir hermétique. Plus lourd sans sacrifier l’émotion. Plus ambitieux sans perdre son identité.
Album de transition pour certains, album de confirmation pour d’autres, Monarch ressemble surtout à l’œuvre d’un groupe qui a cessé de vouloir convaincre. Dead Poet Society semble désormais uniquement préoccupé par une chose : explorer jusqu’où il peut pousser son propre langage. Et à entendre la noirceur fascinante qui habite ces nouveaux morceaux, le voyage ne fait probablement que commencer.
Le verdict RockSound : Dead Poet Society livre son album le plus mature et le plus immersif à ce jour. Une plongée dans des eaux plus noires, portée par une écriture plus ambitieuse et par une voix qui continue de percer la tempête.






