À l’occasion de son 20e anniversaire, le sublime troisième album du groupe de Montluçon, Mélanger les couleurs s’offre une éclatante nouvelle sortie et pour la toute première fois, le disque paraît au format vinyle.

Dans le jargon très secret de l’industrie musicale, il existe un concept presque magique : la « Catcher Track ». La chanson-piège, le filet émotionnel. C’est ce morceau à l’efficacité foudroyante, capable de suspendre le geste d’un auditeur en plein zapping, de court-circuiter ses défenses et de le forcer à s’arrêter net. Souvent, les catcher tracks ont la couleur froide des algorithmes ou le cynisme des tubes d’été fabriqués à la chaîne pour saturer l’espace public.
Mais parfois, le miracle est purement organique. Il y a vingt ans, Kaolin a donné naissance à l’une des plus merveilleuses catcher tracks de l’histoire du rock hexagonal. Un piège émotionnel dont on ne s’échappe jamais, l’immortel “Partons vite”. Il suffit de quatre notes de guitare acoustique, de cette ligne de basse feutrée, et de la voix douce de Guillaume Cantillon pour que le temps s’arrête. On s’est tous fait attraper un jour par ce morceau au détour d’un trajet en voiture, et on est tous restés jusqu’à la pub d’après. Bingo, comme un lapin pris dans la lumière des phares.
De fait, il serait profondément injuste de réduire cette œuvre à son unique tube. D’ailleurs, soyons honnêtes : le groupe a eu le génie de le placer idéalement en ouverture de l’album. Une technique de sioux qui désamorce d’un coup le syndrome du zappeur compulsif, celui qui aurait été tenté de sauter les pistes pour aller chercher sa dose de nostalgie en plein milieu du disque. Là non, on nous la donne tout de suite. Ce qui nous autorise légalement à nous la remettre six ou sept fois de suite en boucle, histoire de chanter le refrain à tue-tête en lissant nos souvenirs, avant de pouvoir, enfin, découvrir ou redécouvrir le reste de l’album l’esprit libre et le cœur léger.
Réalisé à l’époque sous la houlette de l’immense Édith Fambuena, l’album retrouve aujourd’hui un peu de lumière. La remastérisation reste discrète, sans chercher à réécrire l’histoire : davantage d’air et de rondeur, mais surtout cette même identité singulière, à mi-chemin entre l’énergie du rock alternatif et la douceur de la chanson française. Vingt ans après, Mélanger les couleurs n’avait visiblement pas besoin d’un lifting radical. Juste d’un petit coup de chiffon avant de reprendre sa place dans nos discothèques.
Les guitares de “Je reviens” mordent avec plus de clarté, la mélancolie solaire de “J’irai mélanger les couleurs” enveloppe l’espace, tandis que des perles plus secrètes comme “Sur le cœur” ou “Fais semblant” rappellent que le groupe savait capturer les fêlures humaines avec une sincérité brute, désarmante, et sans aucune poudre aux yeux.
Kaolin, ce sont les dignes héritiers des Innocents. La fine fleur d’une pop française aux accents « chanson », capable de marier l’exigence mélodique des structures pop à la poésie brute du rock alternatif. Sur l’incandescent et très réussi « Greta », on pense même à des groupes comme Diabologum, tant le morceau flirte avec cette tension électrique et ce parlé-chanté fiévreux qui ont marqué la scène française. Une audace sonique qui culmine sur « Lilla Huset » , véritable joyau caché de l’album, où le groupe s’abandonne à une somptueuse envolée post-rock, laissant les guitares tisser un mur du son crépusculaire digne de Mogwai.
Vingt ans plus tard, le piège fonctionne toujours, et on s’y livre aujourd’hui sans résistance aucune. Sauf qu’on ne parle pas ici de stratégie d’audience ou de froide mécanique industrielle. En posant ce disque flambant neuf dans notre discothèque, juste à côté de son aîné chaleureusement poli par vingt ans d’écoutes, on réalise que Kaolin ne cherchait pas à attraper notre attention pour quelques minutes et puis s’en va. Ils ont capturé un morceau sensible de notre jeunesse, et il n’a pas pris une ride.
À tel point qu’à l’écoute de cette merveilleuse réédition, une envie nous prend, ardente et tenace : celle de les voir, enfin, se mélanger à nouveau. Messieurs, s’il vous plaît… et si on repartait vite ?
Mélanger Les Couleurs sort à nouveau sur At(h)ome le 25 Septembre 2026
Style : Chanson Rock en Technicolor
Instagram : https://www.instagram.com/kaolin.music/
Site Officiel : Kaolin
Youtube: Kaolin
Tracklist :
1. Beach Party
2. Partons vite
3. J’irai mélanger les couleurs
4. Je reviens
5. Chercher des poux
6. Sur le cœur
7. Belle évidence
8. Greta
9. Club 35
10. Lilla Huset
11. Fais semblant
12. J’insiste





