LIVE REPORT : JUST MUSTARD AU TRABENDO

par | 17 Juin 2026 | Live Report

Temps de lecture : 5 min

Il y a des concerts où tu te retrouves à ne plus bouger. Pas par indifférence, par absorption totale. Les yeux rivés sur la scène et le souffle légèrement retenu, comme si le moindre geste risquait de briser quelque chose. Just Mustard est venu poser cette empreinte au public du Trabendo le 17 avril dernier, et nous rappelle pourquoi certains groupes ne ressemblent à personne d’autre.

 

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

 

Dundalk, brouillard et bruit

Just Mustard naît en 2016 dans la grisaille de Dundalk, petite ville côtière à mi-chemin entre Dublin et Belfast, pas vraiment le berceau qu’on imaginerait pour une des formations les plus singulières du rock actuel. Katie Ball (chant), David Noonan (guitare, chant), Mete Kalyoncuoğlu (guitare), Rob Clarke (basse) et Shane Maguire (batterie, arrivé début 2017) forgent leur son dans une quasi-indifférence locale, sortent Wednesday en 2018 sur le label indépendant Pizza Pizza Records, un premier disque aux accents shoegaze prononcés nommé au Choice Music Prize irlandais. La suite logique aurait pu être une progression tranquille. C’est plutôt une accélération. Le saut se fait en 2020 avec la signature chez Partisan Records (label new-yorkais qui abrite aussi Fontaines D.C.) et Heart Under sort en 2022 : c’est là que tout bascule. Le groupe tourne avec Fontaines D.C. en Amérique du Nord, enchaîne une tournée européenne dense, puis assure les premières parties de The Cure en Amérique latine en 2023.

 

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

 

L’optimisme comme terrain miné

Leur troisième album We Were Just Here sort le 24 octobre 2025. Katie Ball l’a construit autour d’une idée en apparence simple : mettre son corps et son esprit dans un état de joie pure pour écrire. Chercher l’euphorie, la convoquer physiquement. Et puis observer ce qui se passe quand on la force. Et c’est là que l’album devient fascinant, parce que sous chaque tentative d’optimisme, le sol se dérobe. « Pollyana » ouvre le disque et pose immédiatement le décor conceptuel. Le terme désigne en psychologie ce mécanisme mental qui filtre la réalité pour n’en garder que le positif. Poussé à l’extrême, c’est une toxine douce. Le morceau le démonte de l’intérieur : guitares agressives, rythmique tendue, et cette voix qui flotte en dehors du chaos comme si elle n’en faisait pas partie.

 

 

« Endless Deathless » creuse encore. Des basses qui s’enroulent et se resserrent, une pression qui ne se relâche jamais vraiment. « We Were Just Here » le titre éponyme, est sans doute la pièce la plus aboutie du lot : les textures électroniques se glissent entre les guitares, la voix de Katie Ball prend de la couleur, et quelque chose ressemblant à de la lumière filtre enfin. « Out Of Heaven » clôt l’album comme une chute ralentie, les voix masculines et féminines se dupliquent, presque plaintives, les sons électroniques se font métalliques et disparaissent. Comme quelque chose qui s’efface avant d’avoir pu être nommé. Ce disque sonne clairement comme du pur Just Mustard dont le son est identifiable entre mille, mais les curseurs ont bougé : plus de place pour les synthés, le chant davantage au premier plan, une pop froide et mélancolique qui transparaît sans jamais prendre le dessus. Évolution maîtrisée sans compromis.

 

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

 

Le Trabendo sous hypnose

Sur scène, Just Mustard ne sourit pas, ne parle pas, ou presque : un mot bref avant le dernier morceau, et c’est tout. Certains pourraient y lire de la distance. Nous, on y ressent autre chose : une cohérence absolue entre le son et la posture. Ce groupe n’est pas là pour faire la conversation. Il est là pour que tu disparaisses dans sa musique façon shoegaze des origines : on ne bavarde pas, on joue. Et l’espace entre les notes fait partie du set. La totalité des dix titres de We Were Just Here est passée, avec « The Steps » ajouté en dernière minute sur la setlist, petit cadeau bonus aux Parisiens. Les trois albums sont représentés, avec des extraits de Wednesday distillés en milieu de concert, « Deaf », « Pigs », « Tainted », qui tiennent la route avec une solidité qui dit beaucoup sur la cohérence de la trajectoire. « I Am You », « Seed » et « Still » depuis Heart Under assurent la clôture, suspendus dans le silence qui suit.

 

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

 

Ce qu’on retient, c’est la capacité du groupe à faire tenir ensemble des choses qui, sur le papier, s’excluent : la violence des guitares et la fragilité de la voix de Katie Ball qui habite la scène sans jamais sembler y être tout à fait. Cette dualité-là ne se construit pas, elle est là ou elle ne l’est pas et ce soir, elle était là. Le Trabendo presque plein, ça dit quelque chose sur où en est Just Mustard aujourd’hui. Pas encore une certitude absolue pour le grand public, mais un groupe qui construit quelque chose de solide, de concert en concert, de ville en ville. L’été prochain, ils repartent en première partie de The Cure en Irlande et en Écosse et repasseront par la France le 28 août à Bordeaux, l’occasion pour toi d’attraper la toxine douce en vol.

Just Mustard – WE WERE JUST HERE – Partisan Records – sorti le 24 octobre 2025

Instagram @JustMustard

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand

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Just Mustard au Trabendo Paris – photo Luna Lemarchand