Creeper :  » Derrière le mythe, il y a un coeur et une âme »

par | 14 Mai 2026 | À la Une, Interview

Temps de lecture : 19 min

Il y a quelque chose d’étrange chez Will Gould : une douceur qui n’a rien à voir avec la créature vampirique qu’il incarne sur scène… une figure d’opéra rock qui saigne le rouge et le noir. En interview, il sourit, choisit ses mots, se révèle doux, posé… presque fragile. Il raconte Bowie, Steinman, les films qui l’ont façonné et ses idoles de jeunesse. Mais dès que les lumières s’éteignent, il devient autre chose : un personnage d’opéra gothique, un revenant, un conteur de l’ombre. Creeper vit dans cet entre‑deux… un monde où le maquillage est un masque, et le masque une vérité. Voici l’homme derrière la métamorphose.

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Creeper

Aux origines : un enfant façonné par le glam rock

Caro (RockSound) : Quelle est la toute première chanson dont tu te souviens dans ton enfance ? Peut‑être celle qui t’est restée sans que tu saches vraiment pourquoi ?

Will Gould (Creeper) : C’est une bonne question. Mon père était un grand fan de glam rock. Son groupe préféré, c’était Roxy Music, avec Bryan Ferry. Je me souviens avoir entendu More Than This de Bryan Ferry. Tu connais cette chanson ? Elle est devenue très célèbre grâce à Lost in Translation, avec la scène de karaoké avec Bill Murray. Mon père écoutait ce disque tout le temps quand j’étais petit. Ça m’a donné une énorme affection pour Roxy Music et pour le travail de Bryan Ferry.

Je l’aimais profondément. Probablement celle‑là, je dirais.

 

Tombé dans la musique par accident

Caro (RockSound) : Y a‑t‑il une chanson ou un artiste qui t’a donné envie de te lancer dans la musique ?

Will Gould (Creeper) : À l’origine, je n’étais pas du tout censé faire de la musique. J’étais promoteur avant d’être artiste. J’organisais des concerts punk DIY au-dessus d’un pub de foot à Southampton. Un jour, le chanteur d’un des groupes a quitté le concert. Ils l’avaient viré ou quelque chose comme ça. Ils m’ont appelé pour me demander de venir chanter à sa place.

J’ai toujours pensé que je finirais par faire des films plutôt que de jouer dans un groupe. Mais je suis tombé dedans, et j’ai commencé à tourner. J’étais jeune, et ça m’a permis de voir beaucoup d’Europe, ce qui était génial. Je voyais ça comme une excuse pour voyager. Je criais juste dans ce groupe punk. Et avec le temps, c’est devenu de plus en plus élaboré. Le groupe dans lequel je suis aujourd’hui est quelque part entre un film et un groupe. C’est une vision cinématographique.

 

Bowie, les masques et la naissance d’un performer

Caro (RockSound) : Quand tu étais enfant, tu n’as pas eu une révélation rock ?

Will Gould (Creeper) : J’étais un enfant très maladroit. Je marmonnais tout le temps et j’avais un petit cheveu sur la langue. Même si j’admirais les artistes et les performeurs, je n’étais pas naturellement comme ça. J’avais aussi un vrai bégaiement quand j’étais plus jeune. J’ai dû surmonter toutes ces petites choses. Je pense que c’est en partie pour ça que, quand on joue, on porte beaucoup de maquillage. J’étais un énorme fan de David Bowie. C’était mon héros en grandissant, et ça l’est toujours. L’idée de porter un masque sur scène rend tout ça beaucoup plus supportable.

Caro (RockSound) : Tu imitais des artistes rock devant le miroir ?

Will Gould (Creeper) : David Bowie, oui. Ziggy Stardust and the Spiders from Mars était mon disque préféré. Je le découvrais. Quand mes parents ont divorcé, j’ai récupéré tous ces disques de mon père. C’étaient de brillants albums rock de toutes les époques. Ziggy Stardust m’a retourné la tête la première fois que je l’ai entendu. Je n’en revenais pas. C’était comme une pièce de théâtre. Ça commence avec Five Years. Ça démarre avec une batterie qui entre, et ça culmine avec Rock ’n’ Roll Suicide. Je me souviens avoir trouvé ça incroyable. Je chantais toutes ces chansons devant le miroir.

Caro (RockSound) : Tu te projetais sur une scène ?

Will Gould (Creeper) : Je suppose, oui, mais je n’ai jamais pensé que ce serait réaliste pour moi. Je n’ai jamais cru que ce serait un chemin possible. J’aimais l’idée, parce que j’adore la mise en scène et l’artifice. Les choses qui ont l’air vraies alors qu’elles ne le sont pas. J’aime le principe du showman. Mais je n’avais pas vraiment la confiance nécessaire quand j’étais jeune.

Caro (RockSound) : Quel a été le premier concert que tu as vu en tant que fan et qui t’a fait dire : “OK, wow” ?

Will Gould (Creeper) : Mon cousin plus âgé m’a emmené voir Black Sabbath à Ozzfest en 2001. J’étais un petit garçon. Je me souviens d’un énorme festival. C’était avec la formation originale. J’étais un grand fan d’Ozzy. Je n’aurais jamais imaginé les voir. J’ai été complètement soufflé. Et avec la disparition récente d’Ozzy, c’est vraiment triste. Tout ça est très, très triste. Ça a compté énormément pour moi en grandissant. J’en garde des souvenirs très précieux. Y aller avec un cousin plus âgé, voir tous ces moshers dans les champs… Il y avait quelque chose de vraiment magique dans cette connexion que tout le monde partageait.

Caro (RockSound) : Tu es allé voir Black Sabbath pour le dernier concert ?

Will Gould (Creeper) : Non, j’étais en tournée malheureusement. Avec ce métier, je ne suis jamais vraiment là. Les gens m’envoyaient des vidéos. J’aurais adoré y être.

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Creeper au Trabendo

L’histoire derrière Creeper

Caro (RockSound) : As‑tu des icônes qui continuent de t’inspirer, artistiquement ou personnellement ?

Will Gould (Creeper) : Oui. La grande influence pour nous sur les albums Sanguivore, c’est Jim Steinman, l’architecte derrière Meat Loaf et Bat Out of Hell. On voit souvent ça comme de la musique un peu kitsch. Les gens disent que c’est leur plaisir coupable. Moi, j’adore ces disques sans ironie. Ils sont vraiment brillants.

Bat Out of Hell est sorti au sommet du disco, en même temps que le punk. C’était totalement différent de tout ce qui se faisait. Je trouve qu’il y a quelque chose de très punk rock dans ces albums. Steinman était un vrai outsider, un vrai bizarre. Il écrivait sur des choses… Il ne pouvait jamais avoir la fille parce qu’il était ce nerd, mais il écrivait ces chansons comme un virtuose. J’ai toujours trouvé ça génial, parce que, comme je le disais, j’aime l’illusion. J’aime l’idée de créer un autre monde. Entrer dans celui de quelqu’un d’autre, ou créer le tien. Donc oui, Jim Steinman reste une énorme source d’inspiration.

Caro (RockSound) : Comment est né Creeper, et qu’est‑ce qui le rendait différent de tes autres projets ?

Will Gould (Creeper) : Creeper est né parce que je jouais dans un groupe hardcore depuis des années, et j’ai dû trouver un vrai travail parce que ça ne rapportait rien. J’ai commencé à travailler dans un call center et j’ai déménagé. On a décidé de monter un groupe juste pour les week‑ends, pour ouvrir quand un groupe passait en ville.

Et on l’a fait. Et ce groupe‑là, parmi tous ceux qu’on avait montés pour s’amuser, s’est retrouvé signé chez Roadrunner. On était aussi surpris que tout le monde. Ce n’était pas censé devenir ce que c’est devenu. J’étais au bon moment de ma vie pour que ça arrive. J’étais vraiment passionné de cinéma, et beaucoup de mes idées étaient très visuelles. On a commencé à assembler toutes ces influences.

Au début, c’était un son punk avec beaucoup d’imagerie iconique. Le premier disque a beaucoup de Roméo + Juliette de Baz Luhrmann, et plein de choses qui m’entouraient en grandissant, cette sorte de lueur néon nostalgique. Et petit à petit, c’est devenu plus dramatique.

La vision s’est élargie, et c’est devenu plus excitant.

Caro (RockSound) : La narration et l’esthétique sont très importantes. Pourquoi le storytelling compte‑t‑il autant pour toi ?

Will Gould (Creeper) : Avec les albums, ça a toujours été essentiel pour moi. Et puis, j’étais un énorme fan du Rocky Horror Picture Show quand j’étais jeune. Oui, vraiment très important.

Caro (RockSound) : Tu faisais la chorégraphie ?

Will Gould (Creeper) : Oh, le Time Warp, oui. Et j’écoutais beaucoup de bandes‑son de comédies musicales en grandissant, parce que je pouvais m’asseoir dans un bus et avoir l’impression d’entrer dans un autre monde. Donc oui, tout ça est très important : emmener l’auditeur ailleurs pendant 45 minutes. Les albums étaient une échappatoire pour moi. Tu mets un disque et tu disparais dans un autre royaume. C’est ça, la magie du rock. Avoir une narration renforce ce sentiment d’évasion.

Caro (RockSound) : Quand tu construis cet univers, ça commence par une idée musicale, une image, une histoire ?

Will Gould (Creeper) : Ça dépend, mais récemment, l’histoire passe en premier, et elle informe ce qu’on écrit. Par le passé, on a fait l’inverse : on avait des chansons et on a ajusté la narration autour. Ça dépend vraiment. Pour Sanguivore, la narration était tellement centrale qu’on a commencé par elle.

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Creeper – Photo Luna Lemarchand

Sanguivore : Vampires et mythologie personnelle

Caro (RockSound) : L’album s’ouvre sur une ambiance vampirique et cinématographique. Qu’est‑ce qui t’a attiré dans le mythe du vampire ?

Will Gould (Creeper) : Pour le troisième album, le storytelling de Creeper est devenu très intéressant. Sur le deuxième, dans la vraie vie, notre guitariste — l’un des co‑auteurs — a fait une dépression psychotique et a été hospitalisé. On a dû finir le disque dans des conditions très compliquées pendant son absence.

L’idée de revenir à la vie, d’être ravivé, de mourir et revenir… c’était exactement ce qui arrivait au groupe. Donc le vampire était une métaphore parfaite. On s’est beaucoup amusés avec ça. Beaucoup de l’histoire et de l’esthétique viennent de films comme Near Dark avec Bill Paxton, ou The Hunger avec David Bowie. C’est volontairement camp, exagéré… C’est censé être très évident, dans le look et tout le reste. C’est intentionnellement surjoué.

Caro (RockSound) : Je pensais aux livres d’Anne Rice, Entretien avec un vampire, et Lestat, le vampire rockstar.

Will Gould (Creeper) : Bien sûr, sur ce nouveau disque, il y a un peu de ça aussi.

Caro (RockSound) : Il y a un sentiment de rituel et de transformation. Comment as‑tu imaginé le voyage de l’auditeur à travers ces deux volets ?

Will Gould (Creeper) : À travers les deux albums ? L’auditeur est toujours au centre de tout ce qu’on fait. C’est très altruiste : tout est pensé pour t’emmener quelque part. Nos albums sont séquencés dans cette optique. L’idée, c’est de te transporter d’un point à un autre. Et qu’en chemin, quelque chose ait changé. Tu ressens différentes choses à différents moments. Les albums sont aussi pensés pour le vinyle, avec cette qualité tangible. Et même si c’est une continuation, ça repousse un peu les limites. On a exploré de nouveaux terrains créatifs sur le deuxième volet.

Caro (RockSound) : Donc c’était prévu dès le départ d’avoir deux parties ?

Will Gould (Creeper) : Non, pas du tout. C’est venu de la réaction au premier album. On avait un clip où on portait le maquillage de vampire. Ma copine est maquilleuse. Elle fait tout notre maquillage. On avait fait ça pour une vidéo. Plus tard, pour les concerts de sortie, on n’avait pas prévu de le porter sur scène. Mais plein de kids sont arrivés maquillés en vampires. On s’est dit : “OK, on devrait probablement le faire aussi.”

Donc on a commencé à le faire sur scène, ce qui est un vrai cauchemar parce que ça se met partout. Mais on a réalisé que ça connectait avec les gens d’une manière que nos anciens disques n’avaient pas. Les kids nous ont mis dans une position où ils voulaient une suite. C’est le premier album qu’on a fait à la demande du public.

Caro (RockSound) : Tu vois la figure du vampire comme une métaphore personnelle ou culturelle — désir, danger, mortalité ?

Will Gould (Creeper) : Oui, la luxure. Même si ce n’est pas très humain, ça reflète toute l’humanité. Métaphoriquement, comme je le disais, pour le groupe qui a été “réanimé”, c’est comme ça que je le vois.

Caro (RockSound) : Saint Louisville ressemble à un opéra gothique. Comment équilibres‑tu le côté théâtral et l’émotion dans ton écriture ?

Will Gould (Creeper) : Je pense que les gens achètent un billet pour voir quelque chose. Là où on est différents, c’est que beaucoup de groupes prétendent être sincères, mais en coulisses, ce n’est qu’un pantomime. Ils jouent un rôle plus qu’on ne le croit. Avec Creeper, on te dit dès le départ que c’est une performance. Tu achètes un billet pour voir le pantomime, et j’espère que tu trouves un cœur en dessous, sous le maquillage et le rouge à lèvres. C’est comme cette conversation entre David Bowie et John Lennon : Bowie lui demande ce qu’il pense de sa musique.

Et Lennon répond : “C’est super. C’est juste du rock’n’roll avec du rouge à lèvres.” Je ressens la même chose. Ça a l’air fou, ça a l’air de te vendre un mythe, quelque chose de pas sincère… mais en dessous, c’est là. Il y a un cœur et une âme.

Caro (RockSound) : Et comment traduis‑tu cet univers sur scène ? Un concert est‑il une extension du monde narratif ?

Will Gould (Creeper) : Ça dépend. Aujourd’hui, on joue 30 minutes, donc on n’a pas beaucoup de temps. Mais en tête d’affiche, surtout au Royaume‑Uni où on est un peu plus gros, on peut faire des choses plus théâtrales. Mais dans des situations comme aujourd’hui, c’est plus difficile. On a un rituel pour se préparer chaque jour. Il nous faut une heure et demie pour se maquiller, et ensuite on joue 30 minutes. C’est beaucoup de maquillage.

C’est devenu de plus en plus élaboré. Récemment, dans l’histoire du groupe, il y a eu une vidéo où mon personnage se faisait crever les yeux. Ça devait viser ma poitrine, mais quelqu’un m’a attrapé les jambes, et ce chasseur de vampires m’a planté l’œil. Donc maintenant, chaque jour, je dois maquiller mon œil pour qu’il soit ensanglanté sur scène. Et la moitié des kids ne connaissent même pas l’histoire.

Ils nous voient pour la première fois. Ça a juste l’air fou. Mais ça fait partie de la mise en scène.

Caro (RockSound) : Quel est ton film de vampires préféré ?

Will Gould (Creeper) : Near Dark. Tu ne connais peut‑être pas. C’est un film des années 80. Avec Bill Paxton. Il est sorti à peu près…

Caro (RockSound) : Il y a eu tellement de bons films d’horreur dans les années 80, je suis fan… John Carpenter, Freddy, Evil Dead… mais Near Dark, le titre ne me rappelle rien…

Will Gould (Creeper) : Tu devrais le voir. Il est vraiment bon. Il est sorti à peu près en même temps que Lost Boys, mais Lost Boys… J’adore Lost Boys, mais il l’a éclipsé. On a les mêmes références en matière de films à ce que je vois !

Caro (RockSound) : Lost Boys, je m’en souviens ! Super bande-son d’ailleurs !

Will Gould (Creeper) : C’est un super film aussi.

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Creeper au Trabendo

 

Caro (RockSound) : Concernant la carrière et l’évolution du groupe, quels ont été les moments clés ? Ceux où tu t’es dit : “OK, on a réussi quelque chose” ?

Will Gould (Creeper) : On a été co‑tête d’affiche à la Wembley Arena l’an dernier avec Black Veil Brides, et c’était fou, parce qu’on n’aurait jamais pensé que notre petit groupe ferait ça. C’était incroyable. Mais pour moi, les vraies réussites sont musicales, sur les albums.

On joue avec des genres et des styles qu’on n’aurait jamais pensé pouvoir aborder, et on se pousse un peu plus à chaque fois. Je me demande parfois quel sera l’héritage du groupe, et je pense que la réponse est dans les disques. Les concerts sont géniaux et marquent les gens, mais la musique enregistrée reste pour toujours. Chaque album, j’en suis très fier. Ils existeront même quand je ne serai plus là, et c’est assez cool.

 

La scène, l’anxiété et la communauté

Caro (RockSound) : Comment vis‑tu la différence entre le travail en studio et l’énergie du live ?

Will Gould (Creeper) : Ce sont deux bêtes différentes. Je préfère… enfin, j’aime jouer en live, parce que c’est ça, un groupe. C’est le cœur de ce qu’on est. On joue ensemble. C’est comme ça. Mais la tournée me stresse. Avec les années, ça provoque de l’anxiété. J’ai du mal avec ça. Le studio est beaucoup plus relaxant : tu crées le projet, tu t’amuses. C’est comme être à la maison.

Et j’ai toujours été un peu un chat d’intérieur, tu vois ? Je suis un type assez improbable pour faire tout ça. Je ne devrais même pas être en train de faire la moitié de ce que je fais. Mais je pense que c’est ce qui rend tout ça amusant. C’est une alternative à plein d’autres trucs ennuyeux. L’idée, c’est que ce soit un peu absurde, fun, accueillant, inclusif, et que beaucoup de gens trouvent leur chemin jusqu’à nous. Je ne suis juste pas toujours très doué pour “être dans un groupe”.

Caro (RockSound) : Oui. Tu es un solitaire. Un loner.

Will Gould (Creeper) : Un loner, oui. Je suppose. J’ai toujours l’impression qu’on est un peu les moutons noirs. Et c’est cool, parce que j’adore le rock. Mais comme je le disais plus tôt, je n’aurais jamais imaginé être la personne qui le joue.

Caro (RockSound) : En parlant de tournée, qu’est‑ce qu’il y a de pire dans le fait de tourner ?

Will Gould (Creeper) : Ma maison me manque… En prenant de l’âge tu passes tellement de temps à te créer un endroit sûr chez toi. J’ai mes chats, mes affaires, j’aime écrire des chansons, être créatif. Et je laisse tout ça derrière pour aller dans un endroit où il y a plein de gens tous les jours. On est entourés de monde en permanence.

Je me retrouve dans des situations sociales auxquelles je ne suis pas habitué. Et ça me provoque de plus en plus d’anxiété. Bien sûr, j’adore jouer, j’adore créer, être avec mes amis. Mais ma copine me manque, mes chats me manquent, tout ça me manque. Et j’ai de plus en plus de mal à partir. C’est étrange, non ? Je ne sais pas pourquoi. Il y a quelques années, on jouait à un festival Slam Dunk au Royaume‑Uni. Et j’ai vomi juste avant de monter sur scène, dehors, sans raison.

Et j’ai dû monter immédiatement après pour chanter, avec l’acidité dans la gorge. C’est un truc bizarre qui m’arrive parfois. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est étrange.

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Creeper dans le clair-obscur du Trabendo

 

Caro (RockSound) : Et tu as un souvenir de scène qui ressort comme l’un des meilleurs… ou l’un des pires ?

Will Gould (Creeper) : Oh, j’ai les deux. Récemment, on a joué un concert à Southampton pour la sortie de notre album. Et comme ce qu’on fait n’est pas vraiment… un groupe “normal”, quand tu te retrouves dans une salle pleine de gens qui sont sur la même longueur d’onde que toi, qui chantent ces chansons très émotionnelles, c’est vraiment spécial. Très touchant. Je trouve ça très émouvant. L’autre soir, on a joué More Than Death, une ballade au piano. Et une salle entière qui te la chante en retour… c’est fou. C’est magnifique.

Et puis… le pire. Il pourrait y en avoir un million. On a tourné avec des groupes pop‑punk, parfois, et le public ne voulait pas voir le “Rocky Horror Show”. Et on le leur donnait quand même. C’était drôle. Il y a eu plein de moments comme ça. Une fois ici, mon jean s’est complètement déchiré. Un jean super serré, façon Ramones, explosé sur scène. Les accidents de costume, ce genre de trucs. Ian est tombé d’un retour de scène au Brixton Academy, sur le dos. Il était comme une tortue, incapable de se relever. Oui, il y en a beaucoup.

Caro (RockSound) : Les pantalons qui craquent sur scène, c’est un classique.

Will Gould (Creeper) : Oh oui. C’était le pire. Mais aussi le plus drôle. Ça arrive souvent sur scène. Parfois c’est juste… flaaah ! Et le gars est à moitié à poil. Le lendemain… Le lendemain, je n’avais plus de jean. Il a pris du duct tape et il m’a tout rafistolé. C’était n’importe quoi.

Caro (RockSound) : C’est un beau souvenir, ahah ! Et… pour finir… Qu’aimerais‑tu que les gens retiennent de ton travail, au‑delà des chansons ?

Will Gould (Creeper) : Oh… Quand j’étais jeune, j’étais un gamin vraiment bizarre, sans beaucoup d’amis. Et j’ai trouvé beaucoup d’amis grâce à la musique. J’ai rencontré ma première copine en allant à des concerts — elle est toujours l’une de mes meilleures amies aujourd’hui. J’ai rencontré tous mes amis grâce à la musique, et elle m’a porté, m’a rendu plus confiant, m’a forcé à sortir, à aller dans le monde, à faire des choses.

Donc j’aimerais que, si quelqu’un trouve un peu de confiance grâce aux chansons qu’on a écrites, ou dans le monde qu’on a construit, ou un endroit où il se sent un peu plus à sa place — ce dont on a tellement besoin dans un monde qui s’assombrit — j’aimerais vraiment penser que des gens ont trouvé une forme d’échappatoire, ou une sorte de foyer.

Caro (RockSound) : Très beau. Et c’est ton mot de la fin ? En France, on appelle ça “le mot de la fin”.

Will Gould (Creeper) : Mon mot de la fin ?

Caro (RockSound) : La fin de l’interview. Pas la fin de ta vie ahah !

Will Gould (Creeper) : Ah oui, non. On verra comment se passe ce soir. On ne sait jamais. Ahaha !

D’abord, merci beaucoup pour ces belles questions. Merci d’avoir pris le temps de parler de ce groupe et de ce projet. C’est quelque chose d’inhabituel, et j’apprécie vraiment ça. Merci à tous ceux qui ont acheté le disque. Sanguivore: The Misfits of Death est sorti à Halloween cette année. On est très excités, et je pense qu’il se passe quelque chose de très spécial pour nous en ce moment.

On adore venir en France. On espère revenir plus souvent, et j’espère qu’on vous verra nombreux.

Caro (RockSound) : J’espère te revoir bientôt en tête d’affiche. Merci beaucoup.

Will Gould (Creeper) : C’était un plaisir.

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Creeper – Photo Luna Lemarchand

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Une interview de Caro @Zi.only.Caro sur Instagram avec les belles photos de Luna Lemarchand lors du concert de Creeper au Trabendo.