Interview – Violet Grohl : « J’ai toujours eu un amour profond pour la musique. »

par | 4 Juin 2026 | À la Une, Interview

Temps de lecture : 12 min

Il y a chez Violet Grohl une intensité douce, une façon de mêler rock, poésie et vulnérabilité qui capte immédiatement l’attention. Son premier album, Be Sweet To Me, traversé de sonorités 90’s et d’une profondeur étonnante, révèle une artiste déjà pleinement elle‑même : élégante, sensible, lumineuse. À l’image de sa musique, notre échange a la délicatesse d’une confidence et la force d’un uppercut émotionnel.

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Violet Grohl

 

Caro (Rock Sound) Hello Violet, bienvenue à Paris, je suis ravie de te rencontrer. Si tu veux bien partons dans tes premiers souvenirs de musique. Alors, à propos de cette première étincelle : tu te souviens s’il y a une musique en particulier qui t’a fait tomber amoureuse de la musique ?

Violet Grohl J’ai des souvenirs vraiment très précoces d’Amy Winehouse, que j’écoutais en voiture avec mes parents. C’était à peu près au moment où Back to Black est sorti. Il y avait… quelque chose. Depuis toute petite, je suis obsédée par la musique.

Mes parents me faisaient déjà écouter des morceaux quand j’étais encore dans le ventre de ma mère, et je suis littéralement née sur un album de Jason Faulkner — un disque de reprises des Beatles façon berceuses. Amy Winehouse a vraiment été une porte d’entrée vers des artistes féminines très authentiques, qui n’ont pas peur d’explorer différentes époques, d’aborder des sujets sensibles, d’être vulnérables et personnelles.

Il y avait quelque chose dans sa musique qui m’a complètement happée. Et j’étais aussi une énorme fan de Madonna quand j’étais petite. J’adorais Madonna.

 

Mes parents me faisaient déjà écouter des morceaux quand j’étais encore dans le ventre de ma mère, et je suis littéralement née sur un album de Jason Faulkner — un disque de reprises des Beatles façon berceuses.

 

Je chante depuis que je suis bébé. Je regardais récemment mon livre de souvenirs d’enfance : à huit mois, je chantais déjà — ou plutôt je fredonnais, je marmonnais, j’essayais de suivre les mélodies. J’ai toujours été entourée de musique, et j’ai toujours eu un amour profond pour ça.

Être plongée dans des environnements très musicaux, entourée de musicien·ne·s incroyables, n’a fait que renforcer cette passion. Voir la façon dont les gens se sentent quand ils jouent, la manière dont ils en parlent… c’est tellement inspirant. Assez tôt, j’ai su que la musique serait une partie essentielle de ma vie. Et quand j’ai commencé à chanter les chœurs pour mon père, je me suis dit : « OK, c’est ça que je veux faire. C’est mon métier. »

Caro (Rock Sound) Tu te souviens de l’âge que tu avais quand tu l’as su ?

Violet Grohl Oui, j’avais environ 12 ans. Peut‑être 11. C’était l’été entre la sixième et la cinquième. Je passais du temps avec les autres choristes, des femmes adorables. Et cette sensation d’être sur scène, de jouer avec d’autres personnes, de sentir l’énergie du public… c’était tellement spécial. C’est tout ce que je voulais.

 

csm Photo Violet Grohl Credit Bella Newman cf457ffbdd scaled

Violet Grohl

 

Caro (Rock Sound) Y avait-il une chanson ou un album que tu mettais en boucle, encore et encore, peut‑être sans vraiment comprendre ce que ça racontait, mais qui t’a vraiment marquée ?

Violet Grohl Il y en a tellement… vraiment beaucoup. Mais Grace de Jeff Buckley est sans doute celui qui compte le plus pour moi. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai entendu le morceau titre. J’étais en voiture avec mon père. Et dès les premières notes, je me suis dit : « C’est l’une des compositions les plus incroyables que j’aie entendues depuis longtemps. » Après ça, j’ai écouté tout l’album. Je ne pouvais plus m’arrêter.

Caro (Rock Sound) Oui, j’en ai des frissons rien que d’en parler. Il y a tellement de belles chansons dessus. Pas seulement Grace, mais vraiment plein de morceaux magnifiques. C’est un de mes albums‑cultes aussi. J’ai les yeux qui brillent à chaque fois que je le réécoute.

Violet Grohl Les morceaux sont tous tellement bruts et émotionnels. On ne sent pas une volonté de rendre ça parfait ou trop produit. Ça sonne très naturel. J’étais complètement accro à ce son. Il te fait ressentir tellement de choses différentes. Ça déclenche des souvenirs… c’est vraiment spécial.

Caro (Rock Sound) Oui, je suis d’accord. Et il y a tellement d’artistes qui me parlent de Jeff Buckley comme d’une influence majeure. Miles Kennedy d’Alter Bridge — il m’a raconté à quel point il l’écoutait en tant que chanteur et songwriter. Frank Carter aussi… Jeff Buckley a marqué toute la scène rock. Et pendant ton enfance, tu avais des posters sur les murs ?

Violet Grohl Oh oui. Beaucoup. Ma chambre a fini complètement recouverte. J’avais des posters de David Bowie, Jeff Buckley, Benny Page, Björk… Je récupérais de vieux magazines de musique, je découpais les photos et je les collais partout.

Avec le temps, j’ai aussi commencé à collectionner des beaux livres, surtout des coffee table books sur la musique. J’en avais plein. Pendant mon début d’adolescence, je les feuilletais tout le temps. Et si un livre traînait sur une étagère, je cherchais des images, je les découpais et je les ajoutais au mur. Ça créait un espace hyper inspirant. Je pouvais regarder autour de moi et penser à ces artistes, ou avoir envie de les écouter. Parfois je levais les yeux, je voyais quelqu’un et je me disais : « Ça fait longtemps que je n’ai pas regardé une vidéo live de cet·te artiste, je devrais aller voir. »

 

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Violet Grohl

 

Caro (Rock Sound) Et tu te souviens si, à un moment, tu as eu une sorte de révélation rock ? Tu m’as dit que tu savais à 12 ans que tu voulais faire de la musique, mais est‑ce que ça a été en voyant quelqu’un sur scène ou juste en écoutant de la musique ?

Violet Grohl Je crois que c’était un peu des deux. J’ai vu tellement de concerts et de festivals au fil des années. Et assez tôt, j’ai su que je voulais suivre une voie plus alternative, parce que ça me semblait plus naturel, plus juste pour moi.

J’ai vu P.J. Harvey jouer à Glastonbury, et ça a été un vrai choc. Je me suis dit : « Oh mon Dieu. C’est possible. » Voir une femme créer quelque chose d’aussi profond et puissant… c’était incroyable. Elle était la seule femme sur scène, entourée d’un groupe entièrement masculin, et pourtant tu ne pouvais pas détacher les yeux d’elle. Sa présence, sa façon de bouger, sa voix… tout était hypnotisant.

Et Marina Abramović a ouvert le concert avec une performance de méditation silencieuse. C’était complètement fou : tellement artistique, tellement bien pensé, et en même temps ça rockait vraiment fort par moments. Cette expérience m’a énormément inspirée dans ma propre démarche créative.

 

J’ai vu P.J. Harvey jouer à Glastonbury, et ça a été un vrai choc. Je me suis dit : « C’est possible. » Voir une femme créer quelque chose d’aussi profond et puissant… c’était incroyable.

 

Caro (Rock Sound) Et tu te souviens de ton tout premier concert en tant que fan ?

Violet Grohl Bonne question. J’ai vu Katy Perry et d’autres artistes pop des années 2000 quand j’étais gamine. C’étaient les premiers concerts où je demandais : « Est‑ce qu’on peut aller voir untel en live ? » Et mes parents m’emmenaient, moi et quelques ami·e·s, voir ces shows.

Mais après ça, je crois que Billie Eilish a été la suivante. C’est celle dont je me souviens le plus clairement : l’avoir vue sur scène, avoir voulu aller à ce concert par moi‑même, avoir traîné mon père là‑bas, la voir jouer dans un festival… Et tout le public était littéralement dans la paume de sa main. Elle sonnait incroyablement bien, elle avait une confiance folle, elle était tellement fière de ce qu’elle présentait.

Pour moi, à 12 ou 13 ans, c’était une vraie révélation. C’était magnifique. Et ça m’a vraiment poussée à avancer, à continuer dans cette voie musicale.

Caro (Rock Sound) Quand tu as vraiment pris conscience de ta voix à 12 ans : qu’est‑ce que ça t’a fait de découvrir que tu pouvais chanter et en faire quelque chose ?

Violet Grohl J’ai toujours su que j’étais capable de chanter, parce que j’entendais les notes correctement et je pouvais les reproduire. J’ai une assez bonne oreille. Et honnêtement, j’ai chanté toute ma vie. Mais oui, je pense que c’est vers cet âge‑là que je me suis dit : « OK, je suis chanteuse. C’est ce que je suis censée faire. » C’était à peu près au moment où j’ai commencé à jouer avec mon père.

 

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Violet Grohl

 

Caro (Rock Sound) Oui, parce que j’ai lu que tu es montée sur scène avec lui à 12 ans, et que ça a été un déclic pour toi. Et est‑ce que tu travaillais avec un coach vocal à ce moment‑là ? Tu avais commencé des cours de chant ?

Violet Grohl Non, pas du tout. Je me contente d’écouter des chansons et de chanter par‑dessus. J’essaie d’écouter très attentivement et de comprendre comment un·e chanteur·se utilise sa voix : où se situe sa tessiture, où la voix résonne dans le corps, si c’est plutôt une voix de tête ou une voix de poitrine… J’ai l’impression d’être une éponge à ce niveau‑là. J’ai tellement écouté de musique que j’ai absorbé tout ça naturellement, sans coaching vocal. Même si j’aimerais bien prendre des cours un jour, pour être plus solide techniquement. Mais non, je n’ai jamais pris de cours de chant.

Caro (Rock Sound) Et ta musique porte une vibe très 90s, avec des riffs lourds, des textures hypnotiques et quelque chose de vraiment poétique à l’intérieur. Est‑ce qu’il y a des artistes ou des albums qui t’ont aidée à façonner cet univers ?

Violet Grohl Oui, bien sûr. J’adore The Breeders — Last Splash est un de mes albums préférés de tous les temps. Je l’ai écouté plus de fois que je ne peux compter. Les sons sur ce disque sont tellement brillants et expérimentaux. Et Heaven or Las Vegas des Cocteau Twins a été une vraie révélation pour moi : « Oh mon Dieu, il existe tout un pan de musique alternative qui peut être à la fois beau et lourd. » Il y a toutes ces couches sonores qui se superposent, et au milieu, cette voix féminine magnifique qui chante des mélodies complexes, qui vont là où tu ne t’attends pas. J’écoutais aussi beaucoup Queens of the Stone Age pendant l’enregistrement de mon album — Songs for the Deaf tournait en boucle.

 

Heaven or Las Vegas des Cocteau Twins a été une vraie révélation pour moi : « Oh mon Dieu, il existe tout un pan de musique alternative qui peut être à la fois beau et lourd. »

 

 

Caro (Rock Sound) C’est exactement ce que je ressens en l’écoutant. J’ai eu la chance d’entendre ton album en entier avant sa sortie, et je le trouve magnifique. Par moments, ça m’a même rappelé certains morceaux de Queens of the Stone Age, pour les riffs, cette lourdeur, cette atmosphère de désert.

Violet Grohl Oui, totalement. Et c’est fou que tout le monde capte ce côté désertique, parce qu’Anthony et Angel, qui ont mixé mon disque, vivent à Joshua Tree, en plein désert. Donc cette influence est vraiment présente dans leur façon de travailler — ils sont littéralement entourés de ça. Et c’était tellement cool que ça se ressente sur l’album, que les gens parlent de ce côté desert rock.

Caro (Rock Sound) J’ai encore un peu de temps pour une avant‑dernière question avant la dernière. En regardant ton évolution depuis ces premières performances, qu’est‑ce qui a le plus changé en toi et dans ta façon de t’exprimer musicalement ?

Violet Grohl Je pense que j’ai une compréhension beaucoup plus profonde de moi‑même, et une compréhension plus profonde de la musique aussi. J’ai passé énormément de temps à explorer ces deux aspects, à regarder à l’intérieur, à me demander : où est‑ce que je peux m’améliorer ? Quels sont mes points forts ? Mes faiblesses ? C’est un rite de passage, un processus naturel. Si tu ne te laisses pas traverser ça, tu restes bloqué·e, tu n’avances pas.

Et j’ai vécu tellement de choses depuis mes débuts. J’ai beaucoup appris des autres : de mon père, de ses amis, de mes ami·e·s, de mon producteur Justin… Tout ça a vraiment enrichi ma compréhension de la musique et de ce que je veux en faire.

 

Aujourd’hui j’ai une compréhension beaucoup plus profonde de moi‑même, et une compréhension plus profonde de la musique aussi.

 

Caro (Rock Sound) On arrive à la fin de l’interview, malheureusement. J’aurais adoré continuer à discuter avec toi. Quel serait ton dernier mot pour nos lecteur·rice·s ? Quelque chose que tu aimerais leur dire ?

Violet Grohl Peut‑être : allez écouter un album vers lequel vous n’iriez pas spontanément, ou un genre que vous n’écoutez pas d’habitude, et essayez d’y trouver quelque chose que vous aimez. Élargissez vos goûts musicaux. Je pense que plus de gens devraient ouvrir leur esprit, laisser une chance à d’autres genres, à d’autres artistes. Et au fond, la musique nous rassemble.

Caro (Rock Sound) Oui, je pense aussi. La musique rassemble les gens. La musique, c’est l’unité.

Violet Grohl Merci pour tes questions, c’était un plaisir de parler avec toi. J’espère qu’on se reverra lors de mon prochain passage à Paris !

Caro (Rock Sound) Je serai là au premier rang pour t’applaudir quand tu seras sur scène la prochaine fois. Sans faute ! Merci pour ton temps et ta gentillesse, Violet.

L’album Be Sweet to Me est déjà disponible depuis le 29 mai. Vous pouvez en lire la chronique ici sur Rock Sound et surtout allez l’écouter et commandez-le, c’est une pépite à conserver précieusement.

Violet Grohl sera en conert à Paris le 04 septembre à la Maroquinerie !

Instagram : @viioletgrohl