Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Marshall fête 60 ans de Hendrix avec un ampli «Purple Haze»

par | 25 Mai 2026 | À la Une, Lifestyle

Temps de lecture : 8 min

Soixante ans après que Jimi Hendrix a branché sa première tête Marshall dans un club londonien, la marque britannique sort une collection limitée — demi-stack, pédale Fuzz Face et enceinte Bluetooth Acton III — taillée pour les fans du guitariste autant que pour les collectionneurs.

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

 

Il existe peu de photos de Jimi Hendrix sur scène où l’on ne voit pas, derrière lui, une muraille noire estampillée d’un logo cursif blanc. Marshall. Trois lettres devenues, en quelques années, le synonyme sonore du rock électrique le plus fort qu’on ait jamais entendu. Cette image est si ancrée qu’on en oublierait presque le hasard à son origine : un nom de famille en commun, une curiosité piquée, un magasin de Hanwell visité un après-midi de 1966.

Marshall célèbre cet anniversaire avec une collection limitée dévoilée le 15 mai. Au programme : un demi-stack et une pédale Fuzz Face réservés aux musiciens, et une version « Hendrix » de l’enceinte connectée Acton III pour le grand public. L’esthétique reprend les codes visuels du guitariste — tourbillons noirs et violets façon Purple Haze, accents argentés en référence à ses bijoux turquoise — et abandonne pour l’occasion le laiton signature de la marque.

 

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze 1

Un nom en commun, une rencontre décisive

L’histoire commence en septembre 1966. James Marshall Hendrix, débarqué de New York à l’invitation de Chas Chandler, ancien bassiste des Animals devenu manager, cherche un son. Londres bruisse alors d’amplis qui commencent à dépasser leur fonction de simple amplification : les Who poussent les leurs jusqu’à la saturation, Eric Clapton sort tout juste Blues Breakers with Eric Clapton — l’album dit « Beano » — enregistré avec un combo Marshall poussé à fond.

C’est Mitch Mitchell, batteur de la future Jimi Hendrix Experience, qui parle à Jimi de Jim Marshall, fondateur de la marque et propriétaire d’un magasin de musique à Hanwell, dans la banlieue ouest. Quand Hendrix s’y présente, il commence par préciser qu’il s’appelle aussi James Marshall. Une coïncidence amusante qui n’entraînera, contrairement à la légende parfois colportée, aucune faveur particulière.

« Lorsque Hendrix rencontre Jim Marshall en 1966, il paie ses amplis plein tarif, demandant seulement à Marshall d’en assurer la maintenance en cas de panne », précise la marque dans son communiqué. Aucun contrat d’endorsement, aucun arrangement commercial. Hendrix achète son matériel comme n’importe quel client.

Ce qui change tout, c’est ce qu’il en fait. Là où la plupart des guitaristes de l’époque utilisent un seul stack, Hendrix en empile trois et les branche en daisy-chain — une technique apprise auprès de Pete Townshend, qui poussait déjà les amplis Marshall à des volumes alors jamais entendus dans un club. Le résultat est physique. Le son ne sort plus seulement des haut-parleurs, il occupe l’espace, sature l’air, pousse les feedbacks dans des zones où ils deviennent des notes à part entière.

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Marshall devient international grâce à Hendrix

« Marshall est devenue internationale grâce à Jimi Hendrix », résume Joel Manan, Artist Liaison Manager chez Marshall. « Au Royaume-Uni, tout le monde — les Clapton, les Townshend — connaissait Marshall. Mais quand Jimi a commencé à jouer sur ces amplis, à les pousser à fond, à les empiler en full stack ? C’est là que la marque est devenue mondiale. »

L’effet est mesurable. En 1965, Marshall reste un fabricant artisanal dont la production se compte en dizaines d’unités par mois. À la fin des années 1960, après les passages télévisés d’Hendrix sur les chaînes américaines et son apparition au festival de Monterey en juin 1967 — où il met le feu à sa Stratocaster devant les caméras —, la demande explose. Marshall ouvre des canaux de distribution aux États-Unis, en Allemagne, au Japon.

« Un full stack, c’est exactement ce qu’il faut », ajoute Manan. « Et lui, il en utilisait trois. Je ne vois aucune autre marque capable de faire ça et de rendre sa musique encore meilleure. C’est ce qu’un Marshall sait faire. »

L’une des têtes d’ampli utilisées par Hendrix à la fin des années 1960 est aujourd’hui conservée dans les archives du Museum of Pop Culture (MoPOP) de Seattle, ville natale du guitariste. C’est ce modèle, et plus largement l’esthétique psychédélique qui entourait Hendrix sur scène, qui ont servi de point de départ aux designers de Marshall.

 

 

 

Trois produits, une cohérence visuelle

Le demi-stack en édition limitée arbore un motif tourbillonnant noir et violet, imprimé sur le tissu façade et sur la tolex de l’ampli. Le pack inclut une pédale Fuzz Face dans la même livrée — un clin d’œil direct, puisque c’est précisément ce type de fuzz, alors fabriqué par Arbiter, qu’Hendrix utilisait pour obtenir sa distorsion la plus reconnaissable. Le bundle est commercialisé à 5 000 dollars en précommande sur marshall.com.

La Fuzz Face mérite qu’on s’y arrête. Conçue à l’origine par Arbiter Electronics en 1966 — l’année même de la rencontre Hendrix-Marshall —, cette pédale ronde au look de smiley est entrée dans la mythologie du rock à travers les solos de Purple Haze et de Foxy Lady. Son circuit, basé sur deux transistors germanium, produit une distorsion granuleuse, instable, qui réagit au volume de la guitare. Marshall en propose ici une réédition dans la livrée violette de la collection, plus comme objet symbolique que comme outil de production de masse, même si les puristes apprécieront le geste.

Pour le grand public, la marque décline l’enceinte connectée Acton III en version Hendrix. Le simili-cuir habituel est remplacé par du velours violet écrasé, et les accents laiton cèdent la place à de l’argenté brossé. L’enceinte intègre par ailleurs une touche que les fans repéreront immédiatement : à l’allumage et lors de la connexion d’un appareil, des extraits de morceaux de Hendrix servent de jingles audio. L’Acton III édition Hendrix est disponible immédiatement à 300 dollars.

La collection comprend aussi deux t-shirts inspirés du musicien à 49 euros, déjà en vente sur le site de la marque.

« De son style vestimentaire à ses paroles, en passant bien sûr par sa musique… Autant d’histoires que nous pourrions raconter à propos d’Hendrix », explique Emma Ryadhl, Designer industrielle senior chez Marshall Group. « Nous avons commencé par explorer les matières et les motifs, en examinant différents tissus et en réalisant des essais d’impression avec un passage psychédélique en tête. Nous avons passé beaucoup de temps à peaufiner le design de l’ensemble de la collection. »

 

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Marshall 60 ans Hendrix ampli Purple Haze

Le rôle de Janie Hendrix

Le projet, qui a mis plusieurs années à aboutir, a été développé en lien direct avec Janie Hendrix, sœur du guitariste et présidente d’Authentic Hendrix, la société qui gère les droits liés à son nom et à son image. Aucun produit officiel ne sort sans son accord.

« On a vraiment fait beaucoup d’allers-retours », raconte Joel Manan. « Janie nous a apporté énormément d’input précieux. Qu’est-ce que Jimi aimerait ? Pour quoi craquerait-il ? Et qu’est-ce qui a du sens pour Marshall ? »

Janie Hendrix, de son côté, souligne ce que le partenariat doit à la physique des amplis. « Je pense que c’était un bon partenariat, parce qu’un ampli Marshall sonne d’autant mieux qu’on le pousse fort », dit-elle. C’est une caractéristique technique connue des guitaristes : les amplis Marshall de l’époque, à lampes, ne révèlent leur saturation et leur compression caractéristiques qu’à des volumes élevés. À faible niveau, ils restent propres. C’est ce qui pousse Hendrix à empiler les stacks : il a besoin de cette saturation, et pour l’obtenir, il faut du volume.

« Bien sûr, certains jouent fort juste pour le bruit », ajoute Janie. « Lui, c’était de la vraie musique. Sa façon de jouer avec un Marshall, c’était la rencontre parfaite. »

 

 

Le regard de Terry Marshall

Terry Marshall, co-fondateur de Marshall Amplification aux côtés de son père Jim, replace l’épisode dans une perspective plus large. Pour la marque, l’arrivée d’Hendrix n’a pas seulement signifié des ventes supplémentaires : elle a redéfini ce que représentait un ampli Marshall dans l’imaginaire collectif.

« Jimi était un musicien hors pair, une véritable force de la nature », confie-t-il. « Il donnait une nouvelle dimension à tout ce qu’il touchait et entraînait tout le monde dans son sillage. Ses performances suscitaient une véritable émotion et d’aucuns se disaient que « s’il pouvait le faire, peut-être que moi aussi ». Et comme il utilisait des produits Marshall, ses fans en voulaient aussi. Ce fut une époque charnière pour nous : Marshall a très clairement grandi avec lui et grâce à sa notoriété. Un lien naturel. Le reste appartient à l’histoire comme on dit. »

 

Une suite annoncée

Le partenariat ne s’arrête pas à ces trois produits. Marshall a déjà teasé d’autres sorties pour le 60e anniversaire, sans préciser le calendrier ni le contenu. La marque, désormais détenue par Marshall Group après une refonte de la holding il y a quelques années, a multiplié ces dernières saisons les collaborations autour de figures iconiques du rock. Mais le cas Hendrix occupe une place à part, presque structurelle.

Hendrix est mort le 18 septembre 1970 à Londres, à 27 ans. Sa carrière professionnelle aura duré moins de cinq ans. Pendant ces cinq années, il a sorti trois albums studio avec la Jimi Hendrix Experience, joué à Monterey, à Woodstock, à l’Isle of Wight, et redéfini ce qu’on pouvait faire avec une guitare électrique branchée dans un ampli à lampes poussé à fond.

Soixante ans après leur rencontre, Marshall et Hendrix restent indissociables. Une coïncidence de patronyme aura suffi pour qu’un guitariste américain entre dans un magasin de Hanwell un après-midi de 1966. Le reste, comme le dit Terry Marshall, appartient à l’histoire.