5/5 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ – Le son est déjà lancé. Pas encore le temps de comprendre d’où ça vient que le corps réagit avant la tête. The Molotovs, c’est comme si quelqu’un t’attrapait par le col pour te tirer au milieu de la fosse. Wasted On Youth leur premier album, c’est un disque qui s’écoute clairement debout, au milieu des autres ou devant la sono de ton salon, là où la basse te cogne dans la poitrine et où les refrains se chantent sans réfléchir. Des morceaux qui embarquent tout le monde dans le mouvement, comme si la scène avait simplement changé d’échelle.

MOLOTOVS – Wasted on Youth
Une jeunesse sur la route
Derrière ce premier album de The Molotovs, on retrouve un duo londonien formé par le frère et la sœur Mathew et Issey Cartlidge. Dix-sept et dix-neuf ans au compteur au moment d’enregistrer Wasted On Youth, mais déjà une expérience qui ferait pâlir pas mal de groupes plus installés. Depuis 2020, ils enchaînent les concerts avec leur batteur Noah Riley à un rythme effréné, façonnant leur identité au contact direct du public, loin des stratégies trop calculées. Cette éducation par la scène les a menés à partager l’affiche avec The Libertines, Sex Pistols, Blondie, Iggy Pop ou encore The Damned, tout en recevant des signes d’approbation venus d’artistes qui n’ont plus rien à prouver. Résultat : Wasted On Youth ne sonne aucunement comme un premier pas hésitant, mais comme un disque déjà sûr de son terrain de jeu.

The Molotovs
Branché sur l’instant
Dès « Get A Life », le ton est donné. Moins de deux minutes, aucune introduction inutile, et cette impression que le morceau a été écrit pour déclencher instantanément quelque chose dans la salle. Les guitares claquent, le chant est frontal, presque insolent. On ne cherche pas la subtilité : on cherche l’impact, et ça fonctionne. « Daydreaming » ralentit la cadence, juste assez pour installer une vibe différente. Le morceau parle de dérive, de flottement, de cette sensation de passer à côté de sa propre vie si on ne fait pas attention. Un thème récurrent sur l’album, traité sans pathos, mais avec un œil étonnamment averti. Avec « More More More », l’énergie repart de plus belle. Un titre power pop qui incarne parfaitement l’esprit de l’album : accroche immédiate, refrain entêtant, mais un fond plus amer qu’il n’y paraît. Derrière l’efficacité pop se cache une vraie réflexion sur l’insatisfaction permanente et le besoin d’en vouloir toujours plus.
Nerveux et conscient
« Come On Now » et « Newsflash » renforcent cette impression de disque branché sur le présent. Les morceaux parlent d’injonctions, de pressions, d’un monde qui va trop vite, sans jamais tomber dans le discours moralisateur. La musique reste nerveuse, dansante, euphorique, tandis que les paroles grattent là où ça fait un peu mal. « Rhythm Of Yourself » marque un moment clé. Le titre évoque le refus de se laisser modeler, l’envie de suivre son propre tempo malgré les voix qui voudraient t’emmener ailleurs. Musicalement, le morceau s’impose comme un futur classique live, avec ce groove tendu qui appelle la foule à se déhancher. La chanson-titre, « Wasted On Youth », arrive comme un point d’équilibre. Plus ample, plus nuancée, elle parle du temps qui file, des doutes, de la peur de gâcher quelque chose de précieux sans même s’en rendre compte. Sans casser la dynamique du disque, elle apporte une profondeur bienvenue.
Respirer sans perdre l’élan
L’album sait aussi lever légèrement le pied. « Nothing Keeps Her Away » apporte une respiration plus mélancolique, presque fragile, montrant que The Molotovs sait baisser la garde sans perdre son identité. « Geraldine » joue sur une autre forme de pression, plus subtile, où les voix et les arrangements prennent le temps de s’installer. « Popstar » et « Today’s Gonna Be Our Day » referment le disque sur une note à la fois ironique et combative. D’un côté, une critique des illusions de la célébrité ; de l’autre, un hymne générationnel qui refuse l’apathie et appelle à reprendre la main, pas comme un simple slogan, mais comme une impulsion.
Le point de départ
Wasted On Youth ressemble à une photographie prise sur le vif : un instant où l’élan est intact, où la conscience du monde est déjà bien présente, et l’envie d’avancer l’emporte encore sur le cynisme ambiant. Un disque qui vit et respire à chaque instant. The Molotovs ne réinvente pas la roue, ce n’est clairement pas le sujet. Ils partent d’un héritage assumé, qu’ils digèrent et transforment en une musique actuelle, directe, immédiate, qui parle autant au corps qu’à la tête. Et si l’album impressionne par sa cohérence et son énergie, c’est surtout parce qu’on sent qu’il n’a jamais été pensé comme une fin en soi. Tout ici appelle la scène. Et justement, avec une tournée américaine en première partie de Yungblud à l’horizon, The Molotovs s’apprête à faire résonner sa musique bien au-delà de ses frontières. Il serait tentant de parler de promesse ou d’avenir radieux, mais Wasted On Youth ne demande pas qu’on l’écoute comme un brouillon. C’est déjà un premier album solide et incarné, qui s’impose naturellement dans le paysage rock actuel. Un point de départ qu’on a tout intérêt à suivre de près.
Wasted On Youth – Sortie le 30 janvier 2026 chez Marshall Records
Tracklist
1. Get A Life
2. Daydreaming
3. More More More
4. Come On Now
5. Nothing Keeps Her Away
6. Wasted On Youth
7. Geraldine
8. Newsflash
9. Rhythm Of Yourself
10. Popstar
11. Today’s Gonna Be Our Day





