It's Never Over - Pourquoi Jeff Buckley nous hante encore ?

It’s Never Over – Pourquoi Jeff Buckley nous hante encore ?

par | 26 Jan 2026 | À la Une, Films / Séries

Temps de lecture : 5 min

Il suffit parfois de quelques secondes. Une note tenue trop longtemps, une voix qui tremble juste ce qu’il faut, et tout revient. Un été, une nuit, une émotion trop grande pour l’âge qu’on avait. Jeff Buckley, ce n’est pas seulement un artiste qu’on a écouté : c’est un moment de vie imprimé dans nos cœurs qu’on a traversé avec lui, et qui ne nous a jamais vraiment quittés.

 

cover film

 

Près de trente ans après sa disparition, son nom continue de circuler avec une intensité étrange. Comme une présence discrète mais persistante. On ne parle pas seulement d’un chanteur culte des années 90, ni d’un destin tragique de plus à ranger dans le panthéon rock.

On parle d’un artiste qui, malgré une discographie minuscule et une carrière interrompue net, continue de provoquer des frissons chez celles et ceux qui ont grandi avec Grace… et de fasciner une génération qui ne l’a jamais vu vivant. La sortie prochaine du documentaire It’s Never Over, Jeff Buckley, en salles françaises le 11 février, ravive forcément cette sensation. Pas tant parce qu’il “raconterait enfin la vérité” — illusion tenace — mais parce qu’il pose une question qui dépasse le film lui-même : pourquoi Jeff Buckley ne nous a-t-il jamais quittés ?

 

 

Une œuvre trop courte pour disparaître

Il n’y a, objectivement, aucune raison rationnelle à cette persistance. Un seul album studio de son vivant, Grace, quelques lives devenus mythiques, des fragments posthumes, et puis plus rien. D’autres ont fait bien plus, vendu davantage, occupé l’espace médiatique pendant des décennies. Pourtant, Jeff Buckley reste. Peut-être justement parce qu’il n’a pas eu le temps de s’user.

Sa musique ne s’est jamais figée dans une époque précise. Grace n’est ni totalement rock, ni vraiment folk, ni franchement soul. C’est un disque hors-sol, émotionnellement brut, qui échappe aux modes comme aux étiquettes. Une œuvre qui semble toujours contemporaine, quelle que soit l’année où on la découvre. Et puis il y a cette voix. Impossible de l’ignorer, impossible de la neutraliser. Une voix capable de murmurer comme de déchirer, d’envelopper puis de lâcher sans prévenir. Une voix qui donne le sentiment troublant qu’elle s’adresse à chacun, individuellement. Ce n’est pas de la performance, c’est de l’exposition.

 

Jeff Buckley

 

Une génération marquée… et une autre contaminée

Pour celles et ceux qui ont découvert Jeff Buckley à l’adolescence, il est souvent associé à une période précise : les premiers émois, les longues nuits blanches, les sentiments qu’on ne savait pas encore nommer. Buckley n’expliquait rien, il accompagnait. Il ne rassurait pas, il comprenait.

Mais ce qui est peut-être le plus fascinant, c’est la manière dont son héritage continue de se transmettre. Des artistes actuels le citent, des jeunes auditeurs tombent dessus “par hasard”, souvent via une reprise de Hallelujah ou une recommandation algorithmique… et restent. Parce que cette musique ne demande aucun contexte historique pour toucher. Elle agit immédiatement.

 

Jeff Buckley n’est pas un souvenir figé : il est une expérience toujours renouvelable. C’est peut-être aussi parce que le temps semble n’avoir aucune prise sur lui. Là où tant d’artistes des années 90 portent aujourd’hui les marques d’une époque — une production, un son, une esthétique datée — Jeff Buckley échappe à cette usure. Sa musique ne provoque pas de nostalgie gênée ni de sourire attendri.

Elle agit immédiatement, sans filtre. On ne se dit pas “c’était une autre époque”, mais “c’est toujours là”. Comme si Grace refusait obstinément de vieillir, de se laisser ranger dans une case générationnelle. Un disque hors du temps, parce qu’il a toujours parlé d’émotions qui, elles, ne changent pas.

 

 

Un fantôme qui refuse le mythe

Le documentaire à venir s’inscrit dans cette continuité. Non pas comme une tentative de clore le récit, mais comme une nouvelle façon de l’ouvrir. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si ce projet a mis autant de temps à voir le jour. Buckley échappe aux récits définitifs. Il résiste à la simplification, au biopic, au slogan. Il n’était ni ange ni martyr, ni héros ni victime idéale. Juste un artiste traversé par des contradictions, une hypersensibilité, une exigence presque douloureuse.

C’est peut-être pour ça qu’il nous hante encore : parce qu’il n’a jamais été transformé en produit fini. Si l’on continue de revenir à Jeff Buckley, de produire des films, des articles, des relectures de son œuvre, ce n’est peut-être pas pour comprendre ou expliquer. C’est sans doute parce qu’on refuse inconsciemment de refermer son histoire. Chaque nouveau regard n’est pas une conclusion, mais une tentative de dialogue. Avec ce qu’il a laissé, avec ce qu’il n’a pas eu le temps de dire, avec ce que chacun projette encore en lui.

 

It's Never Over - Pourquoi Jeff Buckley nous hante encore ?

It’s Never Over – Pourquoi Jeff Buckley nous hante encore ?

 

It’s never over, vraiment

Le titre du film dit tout, finalement. It’s Never Over. Parce que Jeff Buckley n’est pas une histoire qui se termine. C’est une vibration qui continue, une voix qui ressurgit quand on s’y attend le moins et nous mets les poils instantanément, un disque qu’on relance des années plus tard avec la même intensité.

Le documentaire ne fera sans doute pas “revivre” Jeff Buckley. Mais il rappellera pourquoi il n’est jamais vraiment parti. Et c’est peut-être tout ce qu’on peut demander à un film, à une œuvre, à un artiste : ne pas s’éteindre.

It’s Never Over, Jeff Buckley – Documentaire réalisé par Amy J. Berg – 1h46 – sortie en France le 11 février 2026

It’s Never Over – Jeff Buckley 

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