Shaking Hand – Shaking Hand

par | 16 Jan 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

Le premier album de Shaking Hand, paru ce 16 janvier, est de ces disques qui vous attrapent sans prévenir. Modeste en apparence, il s’installe doucement, et l’on se surprend à se dire que, oui, voilà probablement le premier grand moment musical de l’année.

Parfois, la vie nous fait de jolis petits cadeaux. Souvent ils sont enrubannés de jolies mélodies, de voix qui rassurent, de lignes de guitare simples, sans trop d’effets. Des chansons débarrassées du superflu qui ne promettent pas de bouleverser le monde, mais qui savent exactement où se poser. Et sans prévenir, sans tambour ni trompette, Shaking Hand arrive précisément à cet endroit-là : celui où l’on se sent compris, presque pris par la main, sans qu’on ait besoin de parler. Parfois, la vie nous offre juste ce qu’il nous faut.

Shaking Hand nous vient de Manchester. Et déjà, ça commence très bien. Limite, je pourrais remballer mes mots et terminer cette chronique ici, tant cette simple information suffirait à vous donner envie d’écouter. Mais Manchester n’est pas qu’un mot magique posé sur une carte. C’est une ville qui a appris à composer avec le gris, à transformer l’humidité, l’attente et les temps rudes en matière première. Une tradition de groupes qui savent que la mélancolie n’est pas un frein, mais un terrain de jeu. Shaking Hand s’inscrit là-dedans sans nostalgie forcée, avec une écriture qui regarde vers l’avant tout en acceptant ce qui pèse un peu. Mais allons quand même un peu plus loin, parce que ce premier album mérite mieux qu’un simple clin d’œil géographique.

À l’écoute, on pense parfois à Mogwai s’ils avaient décidé de tirer un peu plus franchement sur la corde pop d’un post-rock minimaliste, moins démonstratif, plus ramassé. Parfois à Slint, pour ce côté écorché, épuré, presque à vif, notamment sur le très beau « Mantras », qui semble avancer à pas feutrés, comme s’il avait peur de faire trop de bruit. Parfois encore à Modest Mouse, quand le groupe penche vers un indie rock plus abrasif et enlevé, à l’image de « In For A Pound », qui accroche sans jamais écraser.

Mais réduire Shaking Hand à un jeu d’influences serait passer à côté de l’essentiel. Car ce disque a sa propre respiration, sa manière bien à lui de s’installer doucement sous la peau. On se laisse saisir par la fièvre sur « Italics », morceau faussement sage, qui progresse sans jamais souffler le chaud et le froid, comme une tension maintenue en permanence, sans explosion inutile. Le groupe nous fait naviguer en eaux changeantes, dans des paysages texturés, jamais figés, toujours en mouvement.

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Photo Sam Lindley

Ils seraient même presque menaçants sur « Cable Ties », si cette basse n’était pas aussi chaude, tendue mais presque réconfortante. Elle nous enlace pendant que les guitares, à vif, dépouillées, tracent des lignes claires, sans fioritures. Ici, rien n’est superflu. Simple, ok, mais pas simpliste. Entendons-nous bien : cette maxime a souvent été essorée jusqu’à la corde, mais ici elle retrouve un vrai sens. Cette économie de moyens n’est pas un manque, c’est un choix, presque une éthique. C’est dire moins pour faire ressentir plus.

Si le format peut parfois nous sembler pop, le groupe s’aventure dans des sentiers moins balisés qu’il n’y paraît. Le pont quasi math-rock de « Up The Ante(lope) » en est un parfait exemple : ça bifurque, ça surprend, sans jamais perdre le fil émotionnel.  C’est exactement ce qu’on aime chez Sonic Youth, et plus précisément sur Washing Machine. Cette manière d’étirer la recherche expérimentale sans jamais sacrifier la mélodie, de faire des chansons profondément élaguées, presque minimalistes, où chaque aspérité compte. Une expérimentation simple en apparence, mais dense, qui laisse de l’espace, du silence, et dans laquelle l’émotion circule librement. Résultat, ce premier album ne ressemble en rien à un disque de pop classique, même s’il est tout aussi accrocheur. Disons même qu’il en a tous les avantages sans en avoir les inconvénients.

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Photo Sam Lindley

Le rêche et le doux, le fervent et le réservé. Shaking Hand semble être tout cela à la fois, dans ce qui se décante et dans ce qui nous rassemble. Leur musique ne cherche pas à se rendre indispensable, et c’est précisément ce qui la rend précieuse. Elle laisse de la place à l’auditeur, à ses propres failles, à ses silences. Leurs chansons donnent l’impression de ne pas vouloir passer en coup de vent. Elles entrent dans nos chambres, posent leurs affaires, choisissent un coin de lumière, et décident d’y vivre. Comme une présence discrète, familière, qui finit par faire imprégner un lieu. 

Comment, au fond, ne pas tomber en amour pour ce groupe, quand tant de talent se niche ainsi au creux de morceaux qui s’installent sans bruit, mais pour longtemps ? Certes, il serait malhonnête de prétendre que ces chansons ne portent pas une certaine tristesse. Mais ne sont-elles pas celles qui sont faites du plus beau bois ? Celles qui résistent au temps, qui craquent un peu mais ne rompent jamais. Ici, les chansons sont limpides, essentielles. Elles sont juste ce qu’il faut. Parfois la vie nous offre juste ce qu’il nous faut.

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Photo Sam Lindley

Shaking Hand est sorti le 16 Janvier 2026 chez Melodic

Genre : Indie Rock

Tracklist :
01. Sundance
02. Mantras
03. In For A… Pound!
04. Night Owl
05. Up The Ante(lope)
06. Italics
07. Cable Ties

Instagram : shaking__hand
Bandcamp : shakinghandband