Vibora – Egin Ez Dugun Guztia

par | 6 Mar 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

Les albums qui marquent nos vies sont toujours associés à des souvenirs, souvent ceux des premières écoutes. Je me souviens très bien de ma première écoute de Zaldi Beltza, l’album précédant des Basques de Vibora. Sorti en Septembre 2023, je ne l’avais découvert qu’un mois plus tard via un post de l’excellent label français Fireflies Fall, et le coup de cœur fut immédiat. C’est donc avec grand plaisir que je me plie aujourd’hui pour la première fois à l’exercice de la chronique de disque, pour parler de leur deuxième LP, Egin Ez Dugun Guztia.

 

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Je pourrais vous dire que j’avais peur d’être déçu, car c’est toujours dur d’écrire la suite d’un grand disque, mais pour être honnête je n’avais que peu de doute. J’ai eu la chance de rencontrer les membres de Vibora lors de leur tournée européenne avec Oscuro Culto en 2024, et ces gens sont profondément ancrés dans la culture DIY, sûrs et fiers de leurs références, forts d’une véritable patte musicale reconnaissable instantanément et d’un talent indéniable. Autant d’ingrédients qui font les grands groupes. Toujours est-il que j’aurais pu être déçu, car même les grands groupes font parfois des pas de côté surprenants (je pense à Hyperview de Title Fight par exemple), ou bien tombent dans la redite (le dernier Turnstile…). Mais même s’il est clair qu’Egin Ez Dugun Guztia s’inscrit dans la continuité de Zaldi Beltza, il le fait avec la juste dose de fraîcheur qui lui permet de s’inscrire à son tour parmi les meilleurs albums de post-hardcore de la décennie.

Egin Ez Dugun Guztia reprend de nombreux ingrédients de son prédécesseur, à commencer par un artwork composé de carrés monochromes posés sur une photographie. Cette composition, encore une fois signée de Jorge Gonzalez, le bassiste du groupe, fonctionne aussi bien avec cette photo prise lors d’un passage par les Alpes en tournée, que sur celle beaucoup plus urbaine de Zaldi Beltza. On retrouve également en point commun ces voix si caractéristiques, avec une alternance de cris entre les deux guitaristes du groupe, Goio Saenz et Xabi Arratibel. La voix de Goio se situe toujours dans un registre haut perché véhiculant énormément d’émotions, évoquant bien sûr State Faults, en particulier l’album Desolate Peaks. On va jusqu’à retrouver comme un clin d’oeil la phrase “Lejos de aqui” sur le single « Fotos », qui était déjà scandée sur le single Dana de Zaldi Beltza. Les cris de Xabi quant à eux se déchirent souvent pour atteindre un registre proche du black metal, allant parfois plus loin que sur le reste de leur discographie (6 :36 par exemple).

Mais une première innovation du disque réside dans l’utilisation de la voix claire, absente sur l’album précédent. On la retrouve par touches intéressantes sur « Fotos » ou sur « Blu » par exemple, mais c’est sur « Ezin Duzu Zure Lagunak Hiltzen Utzi » que son utilisation est vraiment marquante. Sur ce single, le groupe a fait appel à la musicienne Miren Narbaiza Martiartu (MICE) pour poser une voix claire lancinante traitée de manière très originale, qui s’installe sur toute la fin du morceau en se noyant dans la reverb et l’instrumentation massive.

De ce point de vue, Egin Ez Dugun Guztia réussi d’ailleurs la prouesse de faire encore mieux que son prédécesseur. La production est d’une qualité folle, avec un son de basse énorme et des couches de guitares jouant énormément sur les textures, les superpositions et les placements dans l’espace, donnant parfois l’impression qu’un nouveau guitariste apparaît pour appuyer certains passages. Une autre part de la fraîcheur du disque vient justement des sons de guitare utilisés.

On retrouve bien-sûr les sons de distorsion typiques du groupe, approchant parfois de la fameuse “tronçonneuse” des pédales Boss HM-2, finalement assez rare dans le screamo mais utilisée à merveille par la scène espagnole actuelle, chez Crossed et Vibora notamment. Je pense par exemple au riff arrivant au milieu du titre « Autoestima », qui découpe le mix et donne clairement envie de mouliner dans une fosse. Mais on trouve également sur ce nouvel opus de nombreux leads joués avec beaucoup de chorus et moins de distorsion. C’est le cas par exemple sur le single « Fotos « ou sur le final incroyable de « Nuevas Formas » (sans doute mon titre favori du disque).

Sur « Blu », ils vont même jusqu’à installer une rythmique aux frontières de l’indie rock, très catchy et qui fonctionne parfaitement avec le final plus violent scandé à plusieurs voix. On a donc finalement un album qui reprend les codes principaux de son prédécesseur, tout en ajoutant de la nuance et de la finesse dans les compositions et la production, avec à la fois des passages plus « metal » et des passages plus doux que jamais qui donnent une couleur particulière au disque. Là où Zaldi Beltza était rouge sang et fonctionnait comme un cheval au galop écrasant tout sur son passage, Egin Ez Dugun Guztia est à l’image de sa pochette, plus bleu, plus froid, plus nostalgique, toujours aussi énervé et sans doute encore plus triste.

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C’est donc encore une fois un grand album que nous offre Vibora, aux frontières du screamo, du crust et du hardcore, dans leur style si unique et rafraîchissant dans une scène regorgeant de groupes faisant tout pour sonner comme ceux d’il y a 20 ou 30 ans. Ils n’ont malheureusement pas encore annoncé de dates en France pour leur tournée de 2026, mais je ne peux que vous encourager à les écouter et à les soutenir !

Emile.

Egin Ez Dugun Guztia est paru le 20 février 2026 (Zegema Beach Records / BCore records).

Style : Emotional Hardcore / Screamo

Tracklist :

1 – Egin Dugun Guztia
2 – Sentir Nostalgia De Cosas Que Quizá Nunca Pasaron
3 – Autoestima
4 – Zerbait Ona Idatzi
5 – Fotos
6 – Blu
7 – Ezin Duzu Zure Lagunak Hiltzen Utzi
8 – 6:36
9 – Nuevas Formas
10 – Egin Ez Dugun Guztia

Bandcamp : viborahc.bandcamp.com

Instagram : viboraband

Youtube : vibora