Que reste-t-il de la génération punk rock française des années 2000 ? Quelques stickers sur un meuble remisé dans un garage. Une cicatrice à l’avant-bras, vestige d’un Pop Shove-It raté devant le collège, qui aura au moins eu le mérite d’impressionner les copains. Et puis il reste des albums aussi libres que fougueux, comme ceux d’Uncommonmenfrommars. Leurs auteurs ont bien pris quelques rides au coin des yeux, mais n’ont visiblement pas tout à fait perdu l’envie de composer avec le cœur en bandoulière. Avec Leap of Faith, son premier album solo, Trint Eastwood ne cherche pas à ressusciter les grandes heures d’Uncommonmenfrommars. Il préfère regarder droit devant. Entre folk, grunge et punk rock, il rappelle que les bonnes chansons traversent les modes, défient le temps et bien souvent même les épreuves de la vie.

En bon professeur de nos années d’ados, le punk rock nous a appris beaucoup de choses. Premièrement, Qu’une chanson n’a pas besoin de douze pistes de guitare pour exister. Que trois accords suffisent largement, à condition qu’ils soient les bons. Et que le bon goût est une notion toute relative. Les cheveux décolorés, les shorts cargo et les Vans à damier en sont la preuve vivante. Sur “Trust Me Now”, Trint Eastwood réduit encore la formule. Un ukulélé, une voix, un harmonica, pas de démonstration technique, pas d’esbroufe. Juste une mélodie qui s’incruste dans le crâne avec une insolente facilité.
Dans un disque qui respire davantage que les productions d’Uncommonmenfrommars, « Don’t Tell Me » fait l’effet d’une déchirure. Les dissonances y gagnent progressivement du terrain jusqu’à faire vaciller le refrain dans un chaos presque noise rock. Parce que la production refuse la surenchère permanente, chaque irruption de guitares abrasives prend une dimension presque physique. Une démonstration qu’il n’est pas nécessaire de saturer chaque instant pour faire plus de bruit ou frapper plus fort.
À l’inverse, « Hell Yeah » déboule avec un riff qui avance comme un char d’assaut, écrasant tout sur son passage, avant de dégainer un refrain taillé pour faire jumper des salles entières. Au milieu d’un disque empreint de maturité, le morceau réconcilie Trint Eastwood avec cet esprit punk rock aussi malin qu’immature qui a fait ses belles heures. Comme un rappel salutaire que grandir n’a jamais signifié cesser de s’amuser.
Mais la plus belle victoire du temps n’est peut-être pas de conserver intact ce que l’on était. Elle est de transformer cette fougue en quelque chose que l’on peut transmettre. Il y a quelque chose de beau dans « Never Too Late to Love ». En écrivant pour ses ados, Trint Eastwood transmet plus qu’un morceau, il passe le relais. Les années ont passé, mais le besoin de hurler « I’m not okay » n’a pas disparu. Il a simplement changé de voix. Là où le punk servait autrefois à raconter sa propre jeunesse, il devient ici un langage commun entre un père et ses enfants.
Après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec Uncommonmenfrommars, Trint Eastwood aurait pu choisir de regarder la route dans son rétroviseur. Il préfère prendre un nouveau virage. Leap of Faith porte bien son nom, c’est le saut dans l’inconnu d’un baroudeur qui, après avoir exploré le monde, décide finalement d’explorer son propre langage musical. Loin de chercher à reproduire les formules du passé, il redécouvre ici le plaisir premier de composer, de laisser une chanson naître d’une mélodie, d’une émotion ou d’une histoire à raconter.
Alors du punk rock des années 2000s, il reste surtout une façon de croire encore aux chansons simples, aux mélodies qui touchent juste et à cette idée un peu folle qu’un morceau peut changer quelque chose. Avec Leap of Faith, Trint Eastwood ne cherche pas à revivre une époque révolue. Il en conserve l’essentiel, l’envie de partager, de transmettre et de jouer. Le punk n’est pas mort, il a simplement grandi avec ceux qui l’ont porté. Il a troqué ses cheveux colorés pour quelques cheveux blancs, appris à payer ses factures et peut-être même à préparer les goûters des enfants. Mais il garde toujours cette même urgence : dire quelque chose de vrai, avec le cœur grand ouvert.
Leap Of Faith sort le 11 septembre en auto-production
Style : Dad Punk
Tracklist :
1 · Little idea
2 · Leap of faith
3 · Where
4 · Trust me now
5 · Don’t tell me
6 · Hell yeah
7 · Never too late to love
8 · That really happened
Site officiel : trinteastwood.com
Instagram : trint_eastwood
Youtube : trinteastwood





