The Twilight Sad – It’s The Long Goodbye

par | 27 Mar 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 5 min

Il aurait été facile d’ouvrir cette chronique en présentant It’s The Long Goodbye comme le disque d’un groupe soudain débarrassé de tout ce qui le retenait jusque-là. Non que les précédents efforts de The Twilight Sad aient jamais manqué de puissance, bien au contraire, leur discographie regorge de petites merveilles à la mélancolie ciselée. Mais ce retour, après 7années de silence, résonne différemment. Plus frontal. Plus intime, aussi. Comme si le groupe signait ici son œuvre la plus personnelle et paradoxalement, la plus accessible.

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Il aurait été facile également, voire franchement réducteur, de lire The Long Goodbye comme une simple mue stylistique, le moment où The Twilight Sad aurait enfin décidé d’arrondir les angles pour mieux atteindre sa cible. Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel. Car derrière l’apparente limpidité de ces nouveaux morceaux ne se cache pas un renoncement, mais une forme de dépouillement volontaire. Comme si le groupe avait compris, à la manière de certains moralistes, que la justesse émotionnelle naît moins de l’accumulation que de la précision du geste.

Depuis ses débuts, la formation écossaise excelle dans cet art délicat : transformer la douleur privée en onde de choc collective. Mais rarement cette mécanique émotionnelle n’avait semblé aussi dénudée. Graham lui-même l’admet : moins de métaphores, moins d’écrans de fumée. Une écriture plus frontale, presque désarmante, qui épouse les guitares urgentes et texturées d’Andy MacFarlane.

Ce dépouillement n’a rien d’un adoucissement. Il relève plutôt d’une forme de lucidité presque brutale : celle qui consiste à regarder la perte en face sans chercher à la mythifier. Écrit sur près de sept ans — entre tournées avec The Cure, bouleversements familiaux et épisodes de fragilité mentale — It’s The Long Goodbye avance ainsi sur une ligne de crête rare, où la vulnérabilité ne s’excuse jamais d’exister.

Prétendre que la présence de Robert Smith plane tel un oiseau magistral au-dessus de l’album, comme si l’ombre tutélaire de The Cure venait naturellement envelopper le disque d’une caution gothique supplémentaire, serait, là encore, céder à la facilité du récit. Car si Smith a bien accompagné le groupe dès les phases de démos, allant jusqu’à y poser sa voix “Back To Fourteen”, son empreinte n’a rien d’envahissant. Elle agit plutôt comme un fil discret, presque souterrain, qui renforce la tension émotionnelle sans jamais détourner le regard de l’essentiel : le cœur battant de The Twilight Sad reste intact, toujours guidé par cette capacité rare à faire surgir la lumière au milieu des zones les plus fissurées de l’expérience humaine avec un facilité désarmante.

Pourtant, rien n’est jamais facile dans l’œuvre de The Twilight Sad. Depuis 2003, le groupe persiste, repoussant sans cesse ses propres limites pour proposer des disques plus riches, plus profonds, capables de combler son public tout en ouvrant de nouveaux champs des possibles. It’s The Long Goodbye peut sembler limpide à l’écoute, presque comme une évidence dans sa puissance et son émotion “Get Away From It All”.

Mais il suffit d’y prêter une oreille attentive pour sentir que chaque chanson porte le poids de bientôt 20 ans de persévérance, de nuits blanches, de tournées et de travail acharné. C’est dans ce vertige entre apparente simplicité et profondeur sourde que réside toute la force du groupe. La somme de tout ce que l’on a le plaisir de vivre sur It’s The Long Goodbye résulte de ce dépassement. C’est le déploiement de toute la force qu’il a fallu au groupe pour en arriver là. Des décharges de guitares comme autant de déflagrations d’émotions et de souvenirs, des nuées de synthés, mélodiques et mélancoliques, qui s’entrelacent avec une élégance presque dangereuse.

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Photo : Abbey Raymonde

C’est un album lancé pleine bille, alignant des titres d’une efficacité presque insolente, où les guitares s’abattent comme des éclats de lumière et où la voix de Graham se fait à la fois guide et témoin, traversant ces paysages avec une intensité qui ne s’excuse jamais. On navigue ainsi dans les codes de l’indie rock et les évidences cold wave, glissant à travers des climats new wave qui frappent droit au cœur et qui ne nous lâchent jamais. 

Et au milieu de tout cela, il y a ce sentiment rare et précieux que le groupe est toujours là, fidèle, comme un phare dans la tempête, un compagnon qui ne nous abandonne jamais vraiment. Que les temps soient doux ou complexes, faciles ou secoués.

It’s The Long Goodbye sort le 27 Mars 2026 chez Rock Action Records

Style : Indie Rock crépusculaire

Tracklist :

  •  1 – GET AWAY FROM IT ALL
  •  2 – DESIGNED TO LOSE
  •  3 – ATTEMT A CRASH LANDING – THEME
  •  4 – WAITING FOR THE PHONE CALL
  •  5 – THE CEILING UNDERGROUND
  •  6 – DEAD FLOWERS
  •  7 – INHOSPITABLE/HOSPITAL
  •  8 – CHESTWOUND TO THE CHEST
  •  9 – BACK TO FOURTEEN
  •  10 – TV PEOPLE STILL THROWING TVS AT PEOPLE

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