Random Hearts – Love PTSD

par | 13 Mar 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 4 min

Dans toute bonne histoire de super-héros, il y a toujours ce moment précis où les destins se croisent. Un accident. Une collision. Un alignement improbable. Pour Random Hearts, ce moment ressemble moins à une explosion radioactive qu’à quelque chose de beaucoup plus banal : des locaux de répétition voisins et des plannings identiques.

Random Hearts – Love PTSD

Random Hearts – Love PTSD

Les membres de Nothing To Prove, Wendy’s Summer et Jack & The Bearded Fishermen répètent au même endroit, aux mêmes heures. Les portes s’ouvrent, les amplis se répondent. Très vite, ils réalisent qu’ils partagent plus que des riffs qui traversent les cloisons : les mêmes obsessions, les mêmes influences, la même manière de transformer l’émotion brute en déflagration sonore. Alors l’idée s’impose, presque naturellement, comme dans les meilleures sagas : former une alliance.

Dans l’encart du disque, une phrase agit comme une devise gravée dans le marbre : “Life is fragile. Everything else is noise.” Un avertissement autant qu’un serment pour cette nouvelle équipe. Une phrase simple, mais qui agit comme une boussole pour l’ensemble du projet. Car Love PTSD n’est pas seulement un exercice de style post-hardcore. Derrière les guitares tendues et les structures nerveuses, le disque parle surtout de mémoire émotionnelle, de ces blessures affectives qui continuent de vibrer après leur disparition. Comme un écho persistant.

Des souvenirs qui éclatent par fragments, des émotions qui ne veulent jamais s’éteindre. C’est dans cet entre-deux fragile, entre colère, tendresse et regrets brûlants, que Random Hearts bâtit ses morceaux, tendus et vivants. Bien debout, les deux pieds ancrés dans la douleur et la beauté du monde. 

Sur le papier, les influences donnent déjà envie de tendre l’oreille : Quicksand, Fugazi, Handsome, Cave In. Mais Random Hearts ne se contente jamais de citer ses héros. Au contraire, le groupe s’appuie sur cet héritage pour construire quelque chose de plus personnel, presque introspectif, où la tension post-hardcore rencontre une sensibilité emo toujours à fleur de peau.

Certains morceaux frappent immédiatement. Au rayon des titres marquants, Past Tears ouvre la marche avec une intensité frontale. “Slow Burn” démarre au quart de tour, avec des mélodies vocales immédiatement accrocheuses qui restent en tête bien après l’écoute, apportant une respiration presque douce au cœur de la déflagration des guitares..

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Random Hearts – Love PTSD – Photo : Thomas Dubois

Et puis il y a “Fences”, sans doute l’un des sommets du disque. Un morceau ouvertement deftonien, dans ce que les Deftones ont produit de plus atmosphérique. On jurerait parfois entendre les plus belles textures de Stephen Carpenter — celles que l’on aimerait retrouver plus souvent aujourd’hui. Dans un guitare-voix dépouillée qui fonctionne à merveille Random Hearts nous offre un moment suspendu, presque fragile, où chaque note semble peser davantage.

Ailleurs, l’ombre de Seven Hate plane parfois, mais avec des guitares plus abrasives, presque râpeuses, comme sur “Crosswalk”. Tout au long de l’album, Random Hearts cultive un son nerveux, parfois décharné, qui laisse volontairement apparaître les aspérités. C’est une musique qui ne cherche pas tant à impressionner qu’à dire quelque chose de sincère, quitte à laisser affleurer les cicatrices.

La production de Christophe Hogommat et le mastering de Thibault Chaumont capturent parfaitement cet équilibre fragile entre tension et vulnérabilité. Le résultat est un disque à la fois rugueux et habité, profondément humain. Et surtout un rappel salutaire : la scène française n’a jamais cessé de produire des disques capables de regarder les références internationales droit dans les yeux.

Dans les comics, les super-équipes se forment pour sauver le monde. Random Hearts, eux, ont peut-être une mission plus modeste : rappeler que la scène emo et post-hardcore française possède encore quelques héros capables de nous mettre le cœur en vrac. Et ça tombe bien, nos âmes cabossées avaient grand besoin d’eux.

Love PTSD est sorti le 20 février 2026 via MA Såret Records, Araki Records, Mighty Worm, Dingleberry Records, Affliction Records et Emergence Records

Style : Post-hardcore de super-héros

Tracklist :

1. Crosswalk 03:31
2. Before We Met 03:38
3. Past Tears 03:11
4. Manikin 02:18
5. Recede Into Shadows 03:49
6. Rehearsed Goodbyes 03:35
7. At The Frame Shop 03:43
8. Slow Burn 03:23
9. Fences 03:13
10. Love PTSD 04:24

Bandcamp : random-hearts.bandcamp.com
Instagram : randomhrts
Youtube : RANDOMHEARTS