Live Forever de Raúl Treviño : Sarah, une adolescente, vient de perdre sa mère. Le deuil et la douleur sont si difficiles à vivre qu’elle part à la recherche d’un antidote qui offrirait à ses proches la vie éternelle. Elle décide alors de croire les rumeurs selon lesquelles son voisin serait un vampire et de lui voler son sang.
© Raùl Trevino. All Rights Reserved
Avec plus de 6000 sorties par an, le marché du neuvième art est aussi saturé en France que la ligne 13 du métro parisien, et il ne sera pas dit que chez Rock Sound, nous ne tentions pas de donner une seconde chance à des œuvres notables passées sous les radars obnubilés par « Mortelle Adèle ».
Voici donc une histoire écrite et dessinée par un auteur mexicain, d’un charme fou et inattendu. Alors que le pitch d’un voisin vampire pouvait laisser imaginer à des effusions sanglantes et gothiques, « Live Forever » opte au contraire pour une histoire naturaliste émaillée de touches surnaturelles fortement référencées « Twin Peaks » avec des clins d’yeux appuyés au rouge du monde des loges et à ses lignes brisées labyrinthiques.
Sarah est cette jeune adulte prise entre son désir de toute puissance et la réalité qui finit par broyer ses émotions : après avoir perdu sa mère d’un cancer, c’est au tour de son frère d’une dizaine d’années d’être atteint d’une leucémie. Et vous, si vous aviez la possibilité de le guérir en le transformant en vampire, que feriez-vous ?

Live Forever de Raúl Treviño © Raùl Trevino. All Rights Reserved
Dans ce récit initiatique où Sarah passe par toutes les étapes du deuil, c’est Samuel Livingstone, le vieux vampire dont elle a volé le sang qui va lui servir de mentor inattendu, la douleur de l’immortel, celle de survivre à ceux que l’on aime, venant tutoyer celle de la gamine qui va devoir littéralement lutter contre ses démons.
Un dessin d’un épure folle qui vient rappeler celui d’Atsushi Kaneko, auteur de « Soil », autre grand convocateur de David Lynch et bien entendu le Frank Miller de « Sin City », lorsque des touches de couleurs viennent déstabiliser le noir et blanc comme autant de certitudes.
« Live Forever » est émaillé de discours philosophiques sur notre rapport à la mort, puisés dans le deuil personnel du frère de l’auteur qui invoque aussi sa culture rock avec un personnage musicien et une citation émouvante du « Immigrant Song » de Led Zeppelin. Jules Renard disait que la mort des autres nous aidait à vivre. La lecture de ce Webtoon subtil et profond, aussi.

Live Forever de Raúl Treviño
Live Forever de Raúl Treviño
Kotoon – Histoire complète en deux volumes – 14.95€