Kid Kapichi : Fearless nature

par | 16 Jan 2026 | Chroniques

Temps de lecture : 4 min

4/5  ⭐️⭐️⭐️⭐️ – Le nouvel album de Kid Kapichi débarque comme un souffle glacé dans une ruelle déserte : brut, fragile, impossible à ignorer. Une odeur de pluie fine, de fatigue accumulée et de vérités qu’on ne peut plus repousser s’incruste dans les sillons du vinyle. Fearless Nature capture une Angleterre qui chancelle, mais aussi un duo qui choisit de tenir debout malgré tout, les poings serrés et le cœur ouvert.

 

Kid Kapichi October 2025 promo credit Chris Georghiou 

Il y a des groupes qui naissent dans le vacarme, et d’autres qui apprennent à survivre quand le bruit retombe. Kid Kapichi appartient désormais aux deux. Découverts puis propulsés par Frank Carter, adoubés par une presse anglaise qui les a un temps comparés aux Sex Pistols, les quatre de Hastings ont longtemps avancé comme une déflagration ambulante. Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux — une mue brutale, presque aussi sèche qu’un dernier appel au bar.

Kid Kapichi n’a jamais été un simple groupe, mais une fraternité, un pacte forgé dans les salles moites et les nuits trop longues. Dix ans après leurs débuts, Jack et Eddie avancent encore comme deux frères d’armes, convaincus que musique et message peuvent cohabiter sans compromis. Fearless Nature marque ainsi une véritable renaissance — un groupe rebâti, plus audacieux, plus libre, prêt à pousser son son là où il n’était encore jamais allé.

Fearless Nature ne cherche pas à séduire : il cherche à dire la vérité. Dès les premières secondes, on a l’impression de pousser la porte d’un appartement trop silencieux après une nuit trop longue. Les guitares ne claquent plus comme des pintes renversées, elles vibrent comme des nerfs à vif. La basse ne vrombit plus comme un bus de nuit, elle pulse comme un cœur qui refuse de lâcher. Et la voix de Jack Wilson surgit avec une urgence nouvelle — moins rageuse, plus nue, plus humaine. Jack l’explique lui‑même : pour la première fois, l’inspiration ne vient plus seulement du monde extérieur, mais de ce qui se fissure à l’intérieur. Il parle de “ses heures les plus sombres”, de cette période où tout semblait vaciller, où la peur prenait toute la place. En réécoutant l’album, il dit entendre cette fragilité — mais aussi la preuve que les choses peuvent changer, parfois plus vite qu’on ne l’imagine. Cette introspection nouvelle irrigue tout le disque : c’est un Kid Kapichi qui regarde son propre reflet dans la fenêtre, pas seulement ce qui se passe de l’autre côté.

 

 

Chaque morceau fonctionne comme une confession, un instantané de survie émotionnelle. On y croise des solitudes tenaces, des amitiés qui tiennent debout par miracle, des regrets qui collent aux semelles, des espoirs minuscules mais indestructibles. Le groupe transforme cette matière brute en un mélange de rock alternatif tendu, de punk ralenti par la lucidité, et de refrains qui ne cherchent plus à être hurlés, mais à être ressentis. Là où beaucoup recyclent la vulnérabilité comme un effet de style, Kid Kapichi la sculpte. Ils la rendent belle, rugueuse, nécessaire.

L’album avance ainsi, morceau après morceau, comme une marche nocturne dans les rues d’Hastings après la tempête : lampadaires tremblants, trottoirs luisants, silence étrange, et au loin, toujours, ce battement de batterie qui ressemble à un cœur trop plein. Cette sensation de renaissance, on la doit aussi à la production de Mike Horner et Ben Beetham, et au mix de George Perks, qui sculptent un son plus large, plus tranchant, presque cathartique. Fearless Nature sonne comme un groupe qui se reconstruit en direct, morceau après morceau.

Au fil des titres, Fearless Nature déploie une palette émotionnelle plus large que tout ce que le groupe avait montré jusque‑là. “Leader of the Free World” ouvre les hostilités avec une ironie sombre, un regard désabusé sur les figures de pouvoir. “Intervention” plonge dans les addictions silencieuses, celles qu’on porte comme un manteau trop lourd. “Shoe Size” joue sur l’autodérision, sur ces petites humiliations du quotidien qui finissent par façonner une personnalité. “Stainless Steel” brille comme une armure fissurée, un morceau tendu entre force et fragilité. Et “Fearless Nature”, la piste titre, referme l’album comme un dernier souffle, un aveu, un serment : celui de continuer, coûte que coûte.

 

 

Fearless Nature n’est pas seulement un album : c’est un miroir tendu, un aveu sans fard, un pas en avant dans l’obscurité. C’est la bande‑son d’une époque où tout semble s’effriter, mais où la musique, elle, continue de tenir debout. Kid Kapichi signe ici leur disque le plus humain, le plus intime, le plus nécessaire. Et pour un duo qu’on disait fragilisé, c’est une manière magistrale de rappeler qu’ils n’ont jamais eu besoin d’être nombreux pour être vrais.

 

Kid Kapichi sur Instagram : @kidkapichi