Il faut être honnête tout de suite. Depeche Mode : M n’est pas un film pour consommer de la nostalgie entre deux épisodes d’une série jetable. C’est un film qui regarde le temps passer, qui accepte la ride, la fatigue, la disparition. Et c’est précisément pour ça qu’il cogne. Quand Depeche Mode arrive sur Netflix le 9 janvier, ce n’est pas une archive qu’on déballe, c’est un groupe qui continue d’exister sous nos yeux, sans tricher, sans maquillage numérique. M documente la tournée Memento Mori, mais le terme “documentaire musical” est presque trop sage. Ce film est un journal de deuil mis en musique, un carnet noir rempli de synthés, de beats et de questions sans réponse. La mort n’est pas un thème ici, c’est une présence. Une silhouette qui ne quitte jamais vraiment le cadre.
Après Fletch, le silence n’était pas une option
Depuis la mort d’Andy Fletcher en 2022, une question flottait comme une mauvaise odeur dans la pièce. Depeche Mode pouvait-il continuer ? Pas techniquement. Humainement. Fletcher n’était pas le compositeur principal, ni la voix, mais il était la colle. Le point fixe. Le mec qui faisait tenir la machine quand les autres partaient trop loin dans leurs obsessions.
M ne cherche jamais à le remplacer. Il accepte le manque. Et ce choix est fondamental. La tournée Memento Mori n’est pas un hommage appuyé, encore moins une tentative de renaissance artificielle. C’est une continuation bancale, consciente de sa fragilité. Et c’est précisément ce qui la rend crédible.
Sur scène, Dave Gahan n’est plus seulement le frontman charismatique qu’on a connu. Il est un survivant élégant. Un type qui sait que chaque date est un sursis. Martin Gore, lui, semble plus introspectif que jamais, presque ascétique. La musique devient un rituel. Pas une démonstration.

Mexico, capitale mondiale du dialogue avec la mort
Si M se déroule à Mexico, ce n’est pas pour le folklore. C’est pour la cohérence. Le film, réalisé par Fernando Frías, utilise la culture mexicaine de la mort comme un miroir tendu à Depeche Mode. Là où l’Occident cache la fin sous des euphémismes, le Mexique la regarde en face, la peint, la chante, la boit. Dans les rues, dans les témoignages, dans les visages du public, la mort n’est jamais morbide. Elle est intégrée. Acceptée. Et c’est exactement ce que Depeche Mode a toujours tenté de faire dans sa musique. Depuis Black Celebration jusqu’à Memento Mori, le groupe ne dramatise pas la fin. Il la rend habitable.
Le Foro Sol devient alors bien plus qu’une salle de concert. C’est un espace rituel. Une cathédrale païenne où se rencontrent un groupe britannique vieillissant et un public qui comprend instinctivement ce que signifie célébrer malgré tout.
Un film qui refuse le spectaculaire facile
Pas de montage hystérique. Pas de narration surproduite. M prend son temps. Il alterne les performances live, les images de la ville, les interviews de fans, d’artistes et de penseurs culturels. La voix off de Daniel Giménez Cacho agit comme un fil conducteur grave et posé, presque funéraire, mais jamais plombant.
Le film ne cherche pas à expliquer Depeche Mode. Il les observe. Il laisse la musique respirer. Il laisse les silences exister. Et dans un monde saturé de commentaires inutiles, ce choix est presque radical.
On comprend alors que Depeche Mode : M parle autant du groupe que de ceux qui les écoutent. Des fans filmés, souvent émus, parfois silencieux. Des gens qui ont grandi avec cette musique et qui vieillissent avec elle. Le film documente une relation sur le long terme, une fidélité rare dans l’industrie culturelle.
Memento Mori, ou l’art de ne pas détourner le regard
Rolling Stone l’avait bien résumé lors de la sortie de l’album. La mélancolie a toujours fait partie de l’expérience Depeche Mode. Mais aujourd’hui, elle n’est plus un style. Elle est une donnée brute. Memento Mori reconnaît la mortalité sans jamais s’y complaire. Certains morceaux sont même étonnamment lumineux, presque apaisés.
M capte parfaitement cette tension. La conscience de la fin n’empêche pas le mouvement. Au contraire. Elle lui donne du sens. Ce n’est pas un film triste. C’est un film lucide. Et la lucidité, quand elle est bien accompagnée, peut être étrangement réconfortante.

Depeche mode M memento_mori_documentaire
Un objet rare dans le paysage du streaming
Sur Netflix, Depeche Mode : M fait figure d’anomalie. Pas de formatage. Pas de cliffhanger. Pas de promesse algorithmique. Juste un groupe qui existe encore, qui accepte ses pertes, qui continue de jouer parce que s’arrêter serait pire. Ce film n’est ni un point final ni un best of filmé. C’est une étape. Une trace. Une preuve que certaines œuvres gagnent en profondeur avec le temps, la douleur et l’acceptation. Depeche Mode ne cherche plus à être éternel. Ils savent que ça ne fonctionne pas comme ça. Ils font mieux. Ils font vrai. Et M en est la captation la plus honnête depuis longtemps.
Fiche technique
Depeche Mode : M
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre original | Depeche Mode : M |
| Artistes | Depeche Mode |
| Type | Film concert et documentaire |
| Réalisation | Fernando Frías |
| Pays de production | Royaume-Uni / Mexique |
| Langue originale | Anglais |
| Narration | Daniel Giménez Cacho |
| Lieu de tournage principal | Foro Sol, Mexico City, Mexique |
| Dates de tournage | Septembre 2023 |
| Tournée documentée | Memento Mori World Tour |
| Contexte artistique | Premières tournées sans Andy Fletcher, décédé en 2022 |
| Thématiques centrales | Mort, deuil, spiritualité, lien culturel mexicain à la mort, transmission |
| Format | Long métrage |
| Genre | Musique, documentaire culturel |
| Première mondiale | Juin 2024 |
| Festival de présentation | Festival du film de Tribeca |
| Sortie cinéma | Octobre 2024 (sélection de salles) |
| Sortie streaming | 9 janvier |
| Plateforme | Netflix |
| Disponibilité antérieure | Location et téléchargement numérique |
| Album associé | Memento Mori (2023) + album live issu de la tournée |






