DEF LEPPARD + EXTREME — ACCOR ARENA, PARIS — UNE SOIRÉE DE ROCKSTARS

DEF LEPPARD + EXTREME — ACCOR ARENA, PARIS — UNE SOIRÉE DE ROCKSTARS

par | 1 Août 2026 | À la Une, Live Report

Temps de lecture : 8 min

Il y a des concerts qui réparent le temps. Trente ans après leur dernier passage, Def Leppard est revenu à Paris comme on revient à une histoire inachevée, et l’Accor Arena a explosé dès les premières notes. Avec Extreme en état de grâce pour ouvrir les hostilités, la soirée s’est transformée en démonstration pure : deux groupes au sommet, un public en fusion, et un rock qui prouve qu’il n’a jamais pris une ride.

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Def Leppard par Greg H

 

Certains soirs, Paris semble vibrer avant même que la musique ne commence, comme si la ville savait qu’elle s’apprête à vivre quelque chose qu’elle attend depuis trop longtemps. Le 8 juillet 2026, l’Accor Arena respirait cette tension-là : une impatience presque palpable, un mélange de nostalgie, de fièvre, et de soulagement. Def Leppard revenait enfin à Paris, près de trente ans après leur dernier concert dans la capitale.

Trente ans de tournées qui passaient ailleurs, de dates françaises qui contournaient systématiquement Paris, de fans qui vieillissaient en gardant leurs vinyles, leurs t-shirts Hysteria élimés, leurs souvenirs de Bercy 1988 ou de l’Élysée Montmartre 1996. Trente ans à espérer, à se dire “peut-être l’an prochain”, à voir le groupe jouer au Hellfest mais jamais dans la ville lumière.

Ce soir-là, les conversations dans les gradins avaient un goût particulier, celui des retrouvailles longtemps différées. On voyait des regards fébriles, des sourires impatients, des générations mélangées, des couples qui avaient attendu ensemble, des parents qui avaient transmis la passion à leurs enfants. Paris était prêt. Paris était brûlant. Paris était enfin face à ses légendes.

Et pour rendre la soirée encore plus irréelle, Def Leppard avait embarqué dans ses valises Extreme, une première partie qui n’avait rien d’un échauffement mais tout d’un cadeau. À vingt heures pile, les lumières s’éteignent. La soirée bascule.

 

Extreme : un show principal avant l’heure

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Extreme – Photo Greg H

 

Extreme surgit comme une déflagration. “Decadence Dance” claque dans l’air, riff tranchant, groove immédiat, décor Pornograffiti projeté en grand, couleurs saturées, silhouettes découpées par les lights. Le son n’est pas parfait (on n’est pas à Pleyel), mais l’énergie est telle qu’elle écrase tout le reste.

Gary Cherone traverse la scène comme un courant d’air : il bondit, tourne, s’arc-boute sur son pied de micro, interpelle les premiers rangs, multiplie les allers-retours avec une aisance presque insolente. Il chante avec une intensité qui surprend, comme s’il voulait réveiller chaque recoin de la salle.

 

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Extreme – Photo Greg H

 

Nuno Bettencourt, lui, ne se contente pas de jouer : il parle, il charme, il provoque, il embarque. Entre deux riffs, il s’avance au bord de la scène, pointe du doigt un fan qui brandit un vieux vinyle de Pornograffiti, lui envoie un sourire carnassier et lâche : « Paris… vous êtes insane ce soir. » La salle rugit.

Avant “Hole Hearted”, il calme la foule d’un geste de la main, comme un chef d’orchestre qui dompte une tempête. « On va faire un truc… juste vous et nous », dit-il en français approximatif mais adorable, déclenchant une vague de rires et d’applaudissements. Il évoque leur premier concert en France, remercie les fans « d’être encore là, toujours là », puis se lance dans l’intro acoustique, les yeux fermés, comme s’il jouait pour une seule personne.

Pendant le medley Ozzy, il interpelle les gradins : « Vous êtes prêts ? Je veux tout entendre ! » Et quand l’Arena répond, il recule, secoue la tête, rit, et lâche : « Paris, vous êtes fous. Je vous aime. » Un vrai frontman bis, un showman total, un guitar hero qui sait parler autant qu’il sait jouer.

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Nuno Bettencourt

 

Le moment acoustique avec “Hole Hearted” apporte une respiration chaleureuse, un peu longue peut-être, mais accueillie avec tendresse. Puis Nuno se lance dans une démonstration guitaristique comme lui seul sait les faire : virtuosité, malice, technique pure, quelques notes de “Stairway to Heaven” glissées en douce, et l’Accor Arena réagit au quart de tour. Les premières notes de “More Than Words” transforment ensuite la salle : téléphones allumés, voix qui montent, émotion palpable, presque fragile, certains fans visiblement bouleversés. Six minutes suspendues, un instant de grâce.

La machine se relance avec “Flight of the Bumblebee”, puis “Get The Funk Out”, où Gary Cherone exhorte la salle à se faire entendre encore plus fort. La batterie de Kevin Figueiredo claque, la basse de Pat Badger rugit, et l’Accor Arena répond avec enthousiasme. Le set se conclut sur un medley Ozzy Osbourne“I Don’t Know”, “Bark At The Moon”, “Crazy Train” — énergique, efficace, un clin d’œil aux racines du groupe. Extreme quitte la scène sous une ovation. Une première partie de luxe, un vrai show américain, un groupe qu’on aimerait voir plus souvent en France.

 

 

Def Leppard : le retour des rois

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Def Leppard par Greg H

 

Une demi-heure plus tard, les lumières s’éteignent à nouveau. La scénographie se dévoile : écrans géants, animations flamboyantes, couleurs saturées, une esthétique léchée, pensée pour frapper fort. Def Leppard apparaît, silhouette monumentale découpée par les lights, et ouvre avec “Rejoice”, nouveau single dispensable mais visuellement impressionnant. Puis tout bascule avec “Animal” : la salle explose, les bras se lèvent, les voix montent, Paris retrouve son souffle.

Joe Elliott ne s’est pas contenté de chanter : il a traversé l’Arena comme un pèlerin en terrain conquis. Dès “Animal”, il descend dans la fosse, se fraye un chemin entre les premiers rangs, serre des mains, pose une main sur une épaule, chante à quelques centimètres de visages incrédules. Il continue à chanter pendant qu’il avance, micro tendu vers les fans, sourire immense, comme s’il voulait vérifier que Paris se souvenait encore de chaque mot.

Sur “Love Bites”, il quitte l’avancée scénique pour longer la barrière latérale, saluant les gradins, tapant dans les mains tendues, prenant le temps de regarder les gens dans les yeux. Un moment rare, presque intime, dans une salle pourtant gigantesque.

Puis vient l’instant le plus fou : Joe fait littéralement le tour de l’Arena. Il grimpe quelques marches dans les tribunes, déclenche une hystérie totale, salue les spectateurs du haut, redescend, traverse la fosse en diagonale, rejoint l’avancée scénique en continuant à chanter sans perdre une note. Les caméras le suivent, les écrans géants explosent de visages émerveillés, et l’Arena devient un seul corps, un seul souffle.

Sur “Rock of Ages”, il s’arrête au milieu de la foule, lève les bras, et laisse Paris chanter à sa place. Il rit, secoue la tête, et lâche : « Paris… vous êtes incroyables. » Phil Collen et Vivian Campbell, complices, précis, étincelants, transforment l’avancée scénique en mini-arène improvisée, leurs guitares parfaitement huilées sculptant l’air comme des lames.

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Def Leppard par Greg H

 

Et puis vient l’un des moments les plus forts de la soirée, celui que les fans attendent comme un rituel : le solo de Rick Allen. L’Accor Arena retient son souffle. Seul derrière son kit hybride, silhouette immobile mais présence immense, Rick construit son solo comme une montée en tension, une pulsation qui enfle, se déploie, se fracture, puis se reconstruit. Chaque frappe est un manifeste. Chaque roulement est une victoire. On ne regarde pas seulement un batteur jouer : on regarde un survivant transformer une tragédie en puissance brute, un musicien qui a réinventé son instrument, son corps, sa manière d’être au monde. Le public le sait, le sent, le vit. Les gradins se lèvent. Les cris montent. On voit des visages bouleversés, des mains sur la bouche, des téléphones qui filment mais tremblent. Rick Allen ne fait pas un solo : il raconte son histoire sans un mot, et Paris écoute. Quand les guitares reviennent, quand le groupe se reforme autour de lui, l’ovation est telle qu’elle couvre les premières mesures. Un moment de grâce, un rappel que le rock n’est pas seulement une affaire de riffs, mais de résilience, de courage, de renaissance.

La setlist déroule alors ses montagnes russes émotionnelles. “Let’s Get Rocked” illumine les écrans d’animations splendides, “Personal Jesus” surprend par son groove réinventé, “Bringin’ On The Heartbreak” suspend le temps avant de basculer dans l’instrumental apocalyptique de “Switch 625”, sommet absolu du concert. “Just Like ’73” apporte une touche sucrée, “Rock On” se montre plus enlevé que l’original, tandis que “White Lightning”, rare mais dispensable, offre une respiration avant la tempête.

Et cette tempête arrive avec “Slang”. Le morceau démarre dans un groove hypnotique, version longue, et soudain Nuno Bettencourt revient sur scène. La salle explose. Le titre se transforme en jam incandescent, avec interludes James Brown et Bowie, trois guitaristes qui se répondent, se défient, s’amusent. Un moment totalement spontané, totalement rock, où Paris devient un océan en fusion.

La suite relance la machine : “Promises” en version a cappella, fragile et lumineuse, “Armageddon It” porté par une animation exceptionnelle, “Love Bites” en communion totale, “Rock of Ages” introduit par un hibou 3D, et “Photograph”, malgré un dérapage vocal couvert par les chœurs, embrase encore la salle. Le rappel aligne “When Love and Hate Collide”, convenu mais beau, puis “Hysteria”, frisson collectif, avant que “Pour Some Sugar On Me” ne fasse chavirer Bercy dans une explosion finale.

Def Leppard quitte la scène comme des héros, promettant de ne pas attendre trente ans avant de revenir.

 

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Def Leppard par Greg H

 

Début juillet, Paris étouffait sous la chaleur, mais l’Accor Arena respirait un autre type de fièvre : celle des grandes soirées rock, celles où les légendes reviennent comme si elles n’étaient jamais parties. Extreme a marqué les esprits. Def Leppard a conquis Paris. Et Paris, ce soir-là, a vécu une soirée de vraies rockstars.

Crédits photos Greg H

@extreme_band

@defleppard